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Inquiétante remontée du dollar américain sur le marché des changes : la parité franchit la barre de 2.300 FC 

La remontée du dollar sur le marché des changes congolais n’est plus un simple frémissement conjoncturel, mais un signal d’alerte qui met à l’épreuve la crédibilité de l’autorité monétaire. En franchissant la barre symbolique de 2.300 francs congolais à l’ouverture du marché interbancaire ce mardi 21 avril 2026, la parité consacre un basculement aux conséquences potentiellement lourdes pour la stabilité économique et le pouvoir d’achat. Face à cette poussée, la Banque centrale du Congo est désormais attendue au tournant : il lui revient d’actionner sans tarder les leviers de sa politique monétaire afin d’enrayer la glissade du franc congolais et de restaurer la confiance sur le marché. Car au-delà de la fluctuation encore contenue, c’est la capacité de la Banque centrale du Congo à défendre la monnaie nationale et à prévenir toute spirale spéculative qui est aujourd’hui scrutée avec insistance.

Longtemps maintenue dans un couloir de fluctuation compris entre 2.200 et 2.300 FC pour un dollar américain, la parité du franc congolais face au billet vert a cédé du terrain. En ce mardi 21 avril 2026, le marché interbancaire affichait un taux de 2.308,7405 FC pour un dollar américain, selon les données disponibles.

Si l’ampleur du dépassement reste encore modeste — quelques unités seulement au-dessus du seuil fatidique —, sa portée symbolique, elle, est considérable. Dans l’imaginaire collectif des acteurs économiques, le passage de cette barre est souvent interprété comme un signe d’essoufflement de la monnaie nationale et un possible déclencheur de comportements spéculatifs.

Dès lors, une question centrale s’impose : la Banque centrale du Congo (BCC) dispose-t-elle encore des marges de manœuvre nécessaires pour défendre efficacement le franc congolais ?

Une accalmie de courte durée 

Ces derniers mois, la relative stabilité du taux de change avait été saluée comme le fruit d’une politique monétaire plus rigoureuse, combinant injections de devises, réajustement des taux directeurs et moralisation du marché des changes. Pourtant, la récente remontée du dollar suggère que des pressions sous-jacentes persistent : tensions saisonnières sur la demande de devises, décalage entre l’offre et la demande de liquidités en dollars, ou encore anticipations négatives des opérateurs.

Face à cette situation, l’absence d’une réaction rapide et visible de la BCC pourrait être perçue comme un relâchement — réel ou supposé — de sa vigilance. Or, dans un contexte où la crédibilité de l’institution monétaire est un rempart essentiel contre l’inflation importée et la dollarisation rampante de l’économie, l’inaction n’est pas une option.

Pour ramener le calme sur le marché des changes et reconduire le dollar sous le seuil des 2.300 FC, plusieurs leviers restent à la disposition de la BCC, notamment : le renforcement des interventions sur le marché des changes – en injectant davantage de devises via les adjudications publiques, l’institution peut répondre immédiatement à la demande excédentaire de dollars ; un signal fort sur le taux directeur : une remontée du taux directeur permettrait de réduire la pression sur la monnaie en renchérissant le crédit en francs congolais, rendant plus coûteuses les positions spéculatives.

Sans oublier la coordination avec la politique budgétaire au travers d’une gestion plus stricte des dépenses publiques en devises et un meilleur étalement des appels d’offres en dollars pourraient limiter les tensions saisonnières, en plus d’une communication proactive. Car, face à un marché souvent nerveux, des déclarations claires et régulières du Gouverneur de la BCC sur les orientations monétaires peuvent contribuer à ancrer les anticipations des acteurs.

Enjeu de souveraineté économique

Au-delà de la technique monétaire, c’est bien la crédibilité de l’État congolais dans la gestion de sa propre monnaie qui est en jeu. Une dépréciation prolongée du franc alimente l’inflation, pénalise le pouvoir d’achat des ménages et fragilise l’investissement. À l’inverse, une défense résolue de la monnaie nationale envoie un message de maîtrise et de rigueur aux partenaires financiers internationaux.

La barre des 2.300 FC franchie, le temps n’est plus aux hésitations. Les opérateurs, les consommateurs et les investisseurs attendent désormais de la Banque centrale du Congo qu’elle assume pleinement son rôle de régulateur et de gardienne de la stabilité monétaire. L’heure est à l’action. Parole au Gouverneur André Wameso !

Francis N.