Journée sombre

Journée sombre et de mort ce mercredi 29 août à Goma. A l’appel d’une sulfureuse organisation religieuse, des Gomatraciens sont descendus dans la rue pour exiger le départ de la Monusco et de la force régionale de l’EAC. La répression, atroce, a fait près de dix morts et des dizaines de blessés, selon les chiffres officiels. Des morts de trop au sein d’une communauté traumatisée depuis trois décennies de guerres et de fuites sur les routes de l’exil. Un nombre de victimes battu en brèche par des informations contradictoires qui rapportent un bilan autrement plus élevé.
La question que tout citoyen serait amené à se poser est celle de savoir les raisons pour lesquelles l’armée et la police auraient délibérément tiré sur une foule désarmée. La présence alléguée parmi les manifestants de miliciens dits Wazalengo explique difficilement la violence de la répression.
L’histoire récente renseigne sur la tuerie des adeptes de la secte de Bundu dia Kongo aux derniers jours du régime de Joseph Kabila dans la province du Kongo Central. En remontant dans l’histoire, le massacre des étudiants de l’Université de Lubumbashi le 10 mai 1990 a laissé des traces profondes sur l’évolution politique de l’ex-Zaïre en transition, aboutissant à un embargo qui a plongé le pays dans la plus grave de ses crises économico-sociales post-indépendance.
Le massacre de Goma, puisque c’en est un, vient interpeller le gouvernement. Ni les menaces à ne point communiquer, ni la propension à minimiser le nombre de morts ne sont de nature à passer l’éponge sur la facilité avec laquelle les forces de défense et de sécurité jouent de la gâchette à chaque éruption de la volonté populaire à exprimer une protestation somme toute légitime.
Une chose au moins est sûre : les partenaires extérieurs dont les Etats africains sont au fait des dérives et des tueries, qu’elles viennent des milices, rébellions et autres forces d’auto-défense et, invariablement, les conséquences sont immanquables. L’attachement aux droits de l’homme et l’évitement systématique des crimes contre l’humanité restent suspendus sur la tête des régimes totalitaires, singulièrement à l’approche des cycles électoraux.
Le massacre de Goma est, à n’en point douter, un massacre de trop. Seul le chef de l’Etat pourrait trouver la voie qui essuierait les larmes d’une population délaissée. Quant à compter sur les enquêtes supposément initiées, personne n’est dupe.

Econews