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Kinshasa abandonnée aux mains des criminels. Quand l’État doit enfin assumer ses responsabilités. (Par Jonas Tshiombela)

Alors que Kinshasa sombre dans une spirale de violence incontrôlée, l’État congolais est sommé de sortir de son silence complice. Dans une tribune cinglante, Jonas Tshiombela, coordonnateur de la Nouvelle société civile du Congo (NSCC), dresse le constat accablant d’une capitale abandonnée aux mains des criminels, où Kuluna, braquages et viols se multiplient dans une impunité totale. Au-delà du désastre sécuritaire, l’auteur fustige l’inaction coupable des institutions et lance un appel pressant aux autorités : assumer enfin leur devoir sacré de protéger les vies et les biens des citoyens. Une analyse sans concession et un cri d’alarme pour éviter l’effondrement. Analyse.

La capitale de la République Démocratique du Congo, censée être le cœur battant de la nation, est en train de sombrer dans une spirale inquiétante d’insécurité. Les braquages à main armée, les viols, les vols organisés par des gangs urbains communément appelés kuluna, et d’autres actes criminels se multiplient. Les citoyens vivent dans la peur permanente, tandis que les forces de l’ordre et la justice, pourtant garants de la sécurité et de la paix sociale, semblent désarmées et dépassées. La gravité de la situation ne réside pas seulement dans la montée de la criminalité, mais aussi dans le silence et l’inaction coupables des institutions publiques. Où sont les députés nationaux et provinciaux censés porter la voix du peuple et exiger des réponses ? Où est la volonté politique ferme de mettre fin à ce chaos?

L’impression générale est celle d’une population abandonnée à son triste sort, alors que l’État a pour devoir sacré de protéger les vies et les biens.

Les causes d’un désastre sécuritaire annoncé

La montée de l’insécurité dans la capitale n’est pas un hasard. Plusieurs facteurs structurels l’expliquent : la pauvreté et le chômage massif des jeunes, terreau fertile pour le recrutement dans les gangs urbains; la corruption et le manque d’éthique au sein de certaines forces de sécurité, qui préfèrent monnayer leur protection ou fermer les yeux sur les criminels qu’elles devraient combattre; l’absence d’équipements modernes et de formation adéquate de la police et de la justice, les laissant incapables de répondre efficacement aux défis urbains; l’impunité systématique, où les auteurs d’actes criminels sont rarement poursuivis ou condamnés de manière exemplaire, renforçant le sentiment que le crime paie.

Un appel pressant à l’État congolais et aux autorités provinciales

Il est inadmissible que Kinshasa, vitrine de la RDC, devienne une zone de non-droit. Les Gouvernements central et provincial ont l’obligation constitutionnelle et morale de réagir sans délai. Les députés nationaux et provinciaux ne peuvent plus se contenter de discours sans actes concrets; ils doivent interpeller les ministres compétents, exiger des plans sécuritaires précis et contrôler leur mise en œuvre. Le temps du silence complice et de l’indifférence est révolu. Chaque jour de retard coûte des vies et détruit un peu plus le lien de confiance entre l’État et la population.

DES PISTES D’AMELIORATION ADAPTEES AU CONTEXTE CONGOLAIS

Pour inverser cette tendance alarmante, plusieurs mesures urgentes et structurelles doivent être prises : renforcer et équiper la police : investir dans des équipements modernes, des véhicules, des moyens de communication et des dispositifs de surveillance adaptés aux grandes villes; réformer la formation et la gouvernance de la police : insister sur l’éthique, la discipline et le respect des droits humains tout en luttant contre la corruption interne; créer un programme de réinsertion des jeunes (lutter contre le chômage en favorisant l’apprentissage, l’entrepreneuriat et des projets socio-économiques ciblant les quartiers les plus touchés); instaurer une justice rapide et exemplaire : les criminels arrêtés doivent être jugés sans complaisance, et les complicités au sein de l’administration sévèrement sanctionnées; impliquer les communautés locales et la société civile : mettre en place des mécanismes de sécurité communautaire et des campagnes de sensibilisation citoyenne.

L’ÉTAT DOIT REPRENDRE LE CONTROLE 

Une capitale qui vit sous la terreur ne peut pas incarner l’autorité d’un État digne. La sécurité n’est pas un luxe, c’est une obligation. Le gouvernement central et provincial doivent entendre ce cri d’alarme et agir immédiatement. Il ne s’agit pas seulement de protéger Kinshasa, mais de sauver l’honneur et la crédibilité de toute la République. Les Congolais ne demandent pas l’impossible : ils exigent simplement que leurs dirigeants assurent la sécurité, condition préalable à toute paix sociale et à tout développement. L’histoire jugera sévèrement ceux qui, par leur silence ou leur inaction, auront laissé prospérer le chaos.

Jonas Tshiombela

Coordonnateur de la NSCC