Forte du précédent victorieux contre l’Ouganda, la République Démocratique du Congo passe à l’offensive judiciaire pour solder trente ans d’impunité et régler définitivement ses comptes avec le Rwanda. Conduite par le Ministre d’État, Ministre de la Justice et Garde des Sceaux, Guillaume Ngefa, la délégation congolaise a franchi ce mardi à La Haye une première étape cruciale devant la Cour internationale de Justice (CIJ). Déterminé à ne plus rien céder sur le terrain diplomatique comme juridique, Kinshasa entend désormais contraindre Kigali à répondre de ses actes devant la plus haute instance judiciaire des Nations Unies.
L’histoire judiciaire est en marche. Plus de trente ans après le début des violences qui ensanglantent l’Est de la République Démocratique du Congo, Kinshasa a franchi un cap décisif en portant son différend avec le Rwanda devant la Cour internationale de Justice (CIJ). Mardi, la première séance préliminaire s’est tenue à La Haye, marquant le début d’une procédure que le gouvernement congolais entend mener jusqu’au bout.
Après avoir obtenu gain de cause contre l’Ouganda, la RDC semble bien décidée à réparer les torts causés par son voisin rwandais. Une détermination affichée sans complexe par le Ministre d’État en charge de la Justice et Garde des Sceaux, Guillaume Ngefa, qui conduit personnellement la délégation congolaise dans ce combat judiciaire.
Le 26 juin 2026 restera gravé dans les annales judiciaires congolaises. Ce jour-là, Kinshasa a déposé sa requête contre Kigali devant la plus haute juridiction des Nations Unies. L’objectif est clair : faire reconnaître la responsabilité du Rwanda dans les violences qui ravagent l’Est du pays depuis trois décennies.
Des massacres de populations civiles aux pillages des ressources minières, en passant par le soutien aux groupes armés, la RDC accuse son voisin de violations graves du droit international. Des accusations que Kigali, comme par le passé, rejette catégoriquement.
Mais cette fois, le ton est différent. Ce n’est plus une simple confrontation diplomatique; c’est une bataille judiciaire qui s’engage sous les voûtes austères du Palais de la Paix.
Guillaume Ngefa en première ligne
Le visage de la détermination congolaise s’appelle Guillaume Ngefa. En sa qualité de co-agent de la RDC auprès de la CIJ, le Garde des Sceaux a conduit lui-même la délégation nationale à La Haye pour cette première manche procédurale.
Sur son compte X, il a tenu à rassurer l’opinion publique : « En ma qualité de Ministre de la Justice et Garde des Sceaux de la RDC, et de co-agent de la RDC auprès de la Cour internationale de Justice, j’ai conduit la délégation congolaise à la réunion des Parties au différend introduit par la RDC contre le Rwanda. »
Une présence de haut niveau qui témoigne de l’importance stratégique accordée à ce dossier par le président Félix Tshisekedi et son gouvernement.
Cette séance préliminaire n’a pas abordé le fond du dossier. Les échanges ont porté exclusivement sur les modalités et les délais de présentation des écritures des deux Parties, ainsi que sur certains aspects pratiques liés au déroulement de l’instance.
Un exercice technique, certes, mais qui conditionne toute la suite de la procédure. La Cour rendra prochainement une ordonnance pour fixer le calendrier des prochaines étapes, «dans l’exercice de sa fonction judiciaire et conformément au principe de la bonne administration de la justice».
Pour Kinshasa, l’enjeu est immense : il s’agit de poser les bases d’un procès équitable, où les preuves seront examinées sans passion, mais avec la rigueur que requiert une telle instance.
Derrière les aspects procéduraux, c’est bien le poids de l’histoire qui pèse sur ce dossier. Depuis les années 1990, l’Est de la RDC est le théâtre d’une violence chronique, ponctuée par l’irruption de groupes armés aux soutiens souvent troubles.
Kinshasa pointe du doigt le Rwanda, accusé d’entretenir ces foyers d’insécurité pour exploiter les richesses minières de la région. Or, Kigali a toujours nié toute implication directe, opposant un mur de dénégations à chaque accusation.
Mais cette fois, la RDC espère que les preuves réunies par ses équipes juridiques permettront de briser cette défense et d’établir la vérité judiciaire.
L’après-Ouganda : un précédent encourageant
La RDC n’en est pas à son premier essai devant la CIJ. Dans une affaire précédente, Kinshasa avait obtenu gain de cause contre l’Ouganda, condamné pour les violences commises en Ituri. Une victoire qui avait renforcé la conviction congolaise que le droit international peut servir de levier pour contraindre les États à rendre des comptes.
Fort de ce précédent, le Gouvernement Suminwa aborde cette nouvelle procédure avec un optimisme mesuré. «Nous avons confiance en la justice internationale», glisse un proche du dossier, «mais nous savons que la route sera longue et semée d’embûches».
Pour les millions de Congolais de l’Est, cette affaire va bien au-delà d’une simple controverse juridique. C’est une quête de reconnaissance, une demande de réparation pour les vies brisées, les villages détruits, les familles décimées.
Dans les villes de Goma, Bukavu ou Bunia, on suit avec attention les échos de cette première séance. L’espoir est palpable : celui de voir enfin la lumière sur des décennies d’ombres.
Un premier pas vers la justice
Cette première séance préliminaire à La Haye marque donc le début d’un long processus judiciaire. Mais déjà, elle symbolise un tournant dans la diplomatie congolaise : celle de la justice comme arme de paix et de réconciliation.
Alors que la Cour préparera ses ordonnances dans les semaines à venir, Kinshasa retient son souffle. La bataille pour la vérité ne fait que commencer. Mais pour la RDC, une chose est sûre : cette fois, elle ira jusqu’au bout.
Dans les prochains mois, la CIJ devrait rendre prochainement une ordonnance fixant les délais pour le dépôt des mémoires des parties. La procédure, qui pourrait s’étendre sur plusieurs années, promet d’être suivie de près par la communauté internationale et les populations de la région des Grands Lacs.
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