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La paix en sursis

Encore une réunion, encore des promesses, encore une illusion diplomatique. À Washington, sous l’œil des États-Unis et de leur émissaire Massad Boulos, la RDC et le Rwanda ont rejoué un scénario désormais trop familier : celui d’engagements solennels qui, une fois signés, s’évaporent sur le terrain. Derrière les formules policées, une vérité dérangeante s’impose : l’Accord de Washington ressemble de plus en plus à un piège sans fin.

Sur le papier, l’équation paraît simple. À Kigali, le retrait des troupes du territoire congolais ; à Kinshasa, la traque des FDLR. Une symétrie séduisante en apparence, mais profondément déséquilibrée dans les faits. Car si le retrait des forces rwandaises est une obligation claire, mesurable et vérifiable, la traque des FDLR, elle, relève d’un objectif mouvant, insaisissable, presque mythifié.

C’est là que réside toute l’ambiguïté — et peut-être toute la duplicité — du processus. Depuis des années, la présence des FDLR sert de justification récurrente à l’intervention rwandaise en RDC. Un argument sécuritaire devenu levier stratégique. En acceptant d’en faire une condition centrale, Kinshasa prend le risque de s’enfermer dans une mission sans fin : traquer une nébuleuse, aux contours flous, dans un territoire vaste, instable et déjà saturé de groupes armés.

Faut-il pour autant exonérer la RDC de ses responsabilités ? Non. L’Est du pays reste un foyer d’insécurité chronique, et l’existence de groupes armés étrangers constitue un problème réel. Mais faire de leur éradication un préalable ou un pendant au retrait rwandais revient à inverser la charge du problème. C’est demander à l’État congolais de résoudre une équation sécuritaire complexe tout en subissant une pression militaire extérieure.

Quant aux États-Unis, en parrains de cet accord, leur position interroge. En appelant les deux parties à « respecter leurs engagements », Washington adopte une posture d’arbitre équilibré. Mais cette neutralité affichée masque mal une réalité plus inconfortable : en mettant sur le même plan deux obligations de nature différente, elle contribue à entretenir le flou — et donc l’impasse.

Résultat : un cercle vicieux parfaitement huilé. Kigali promet de se retirer… sous condition. Kinshasa promet d’agir… sans garantie. Et pendant ce temps, sur le terrain, les lignes ne bougent pas, ou si peu.

L’Accord de Washington devait ouvrir une voie vers la désescalade. Il risque, au contraire, de prolonger l’impasse en la maquillant en progrès diplomatique. À force de tourner en rond, la paix finit par ressembler à un mirage — et la diplomatie, à un théâtre où chacun joue sa partition sans jamais changer le scénario.

Econews