LE DEUIL PERPÉTUEL

C’est parti, ce lundi 27 juin, pour trois jours du deuil national décrété en RDC à compter de l’heure du départ de l’aéroport de Lubumbashi de la relique du héros national Patrice-Emery Lumumba, à destination de Kinshasa. Trois jours des ultimes hommages à l’ancien premier ministre et ses deux camarades d’infortune, Maurice Mpolo et Joseph Okito, après le séjour sur le lieu de leur supplice à Shilatembo (Haut-Katanga).
Après les cérémonies ancestrales en terre natale d’Onalua (Sankuru), la famille Lumumba peut considérer qu’elle a désormais fait son deuil.
Avec elle, la conscience nationale de ceux qui ont connu la vie tumultueuse du leader du MNC, aujourd’hui plus que sexagénaires, voudrait bien en dire autant. Mais la réalité laisse dubitatif un peuple congolais qui semble voué à un deuil perpétuel. Lui qui, depuis un quart de siècle, se pose en victime résignée de la mauvaise gouvernance d’une classe politique dénuée d’une conscience républicaine, alimentant des guerres internes et les appétits des pays voisins accourus à la curée sur une terre devenue le ventre mou du continent.
Soixante et un ans après l’ignoble exécution de Lumumba et ses compagnons, et un renouvellement chaotique de la classe politique, peu d’acteurs étatiques – sinon aucun – peuvent se déclarer dignes, en toute honnêteté, d’être des héritiers des idéaux de nationalisme et d’intégrité prônés par le natif d’Onalua. Ils sont nombreux qui ne méritent pas de se tenir devant le cercueil de celui qui a donné sa vie pour un Congo qu’il voulait réellement indépendant. Un peuple délivré non seulement des affres du néo-colonialisme des puissances occidentales qui ne sont jamais réellement parties du sol congolais, mais aussi d’une prédation intérieure institutionnalisée.
Le deuil au quotidien du Congolais lambda se perpétuera, tant que la corruption, l’impunité, le culte de la personnalité resteront ancrés dans une société rendue fataliste par une succession de jours sombres, un tunnel dont le bout reste inenvisageable. C’est une tache indélébile sur la mémoire de Lumumba qui, s’il lui était donné de revenir à la vie, n’hésiterait pas à nettoyer, fouet dans une main et un balai dans l’autre, ces écuries d’Augias qu’est devenu son pays.
Faut-il pour autant désespérer de l’avenir du pays et de son peuple ? Rien n’est irréversible dans l’histoire des peuples. Si tant est que les Congolais sont un peuple comme les autres.

Econews