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Les FARDC acculent les rebelles du M23 : pilonnage aux drones de la cité occupée de Rubaya

La fragile trêve du 18 février 2026, arrachée sous médiation de l’Angola, aura volé en éclats. Sur le front brûlant du Nord-Kivu, les Forces armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) ont lancé des frappes ciblées par drones contre la cité minière stratégique de Rubaya, bastion des rebelles de l’AFC/M23. En toile de fond, le contrôle de l’une des plus importantes mines de coltan au monde, dont dépend jusqu’à 30 % de l’approvisionnement mondial, ravive une guerre d’influence où s’entremêlent enjeux sécuritaires, rivalités régionales et convoitises minières, malgré les efforts diplomatiques des États-Unis pour contenir l’escalade entre Kinshasa et Kigali.

Le cessez-le-feu décrété le 18 février 2026 par l’Angola n’aura été qu’un vœu pieux. À peine proclamée, la trêve a volé en éclats sur les collines verdoyantes de l’Est de la République Démocratique du Congo. Selon des sources sécuritaires relayées par l’AFP, les FARDC sont passées à l’offensive avec une intensité nouvelle, utilisant la puissance de frappe de drones pour pilonner les positions rebelles autour de la cité minière de Rubaya.

Dans la nuit de mardi à mercredi, une frappe de drone a touché des soldats du M23, semant la terreur parmi la population locale. «Dans le centre de Rubaya, les gens sont terrifiés. Je suis allé voir l’endroit où le drone a frappé, mais l’accès m’a été refusé», a confié à l’AFP un habitant sous couvert d’anonymat.

Ce réveil militaire de l’armée congolaise n’est pas un hasard. Rubaya n’est pas une ville comme les autres. Ses sous-sols regorgent de coltan, un minerai essentiel à la fabrication de nos smartphones et ordinateurs portables. La mine, qui représente à elle seule 15 à 30 % de l’approvisionnement mondial, est aux mains du M23 depuis avril 2024. Selon des experts de l’ONU, les rebelles y ont installé une administration parallèle, exploitant et régulant le commerce de cette «pierre précieuse» high-tech.

Depuis sa résurgence en 2021, le M23 s’est emparé de vastes étendues de l’Est de la RDC, riche en ressources, et a pris le contrôle de la mine de Rubaya dans la province du Nord-Kivu en avril 2024 avec l’aide du Rwanda.

Son avancée a intensifié le conflit qui ravage depuis plus de trois décennies l’Est de la RDC, où des dizaines de groupes armés rivaux et de puissances étrangères se disputent depuis longtemps le contrôle des riches gisements de minerais précieux de la région.

En décembre, le M23 a lancé une offensive sur la ville stratégique d’Uvira, située dans la province du Sud-Kivu, près de la frontière avec le Burundi. Cette attaque a été condamnée par les États-Unis, qui ont négocié un accord de paix fragile entre la RDC et le Rwanda. L’Angola, autre médiateur, avait proposé un cessez-le-feu qui devait entrer en vigueur le 18 février 2026, mais celui-ci n’a guère contribué à mettre fin aux hostilités.

Mercredi, des milices locales soutenues par des soldats congolais ont mené des attaques sur plusieurs points de la ligne de front dans le Nord-Kivu, en particulier à Masisi, où se trouve Rubaya, selon des sources locales et sécuritaires. Selon des experts des Nations Unies, le M23 a mis en place une administration parallèle à l’État congolais pour réguler l’exploitation de la mine de Rubaya depuis sa capture.

Intensification de combats sur plusieurs fronts

Sur le terrain, les combats font rage sur plusieurs fronts. Dans le territoire de Masisi, où se situe Rubaya, les Wazalendo, ces milices patriotiques alliées aux FARDC, tentent de grignoter du terrain. Après avoir reconquis les villages de Kazinga et Ndete mardi soir, elles affrontent désormais une contre-offensive rebelle à Mahanga et Kasenyi.

Ces affrontements mettent en lumière l’échec patent des récentes tentatives de médiation. L’accord de paix fragile négocié par les États-Unis entre Kinshasa et Kigali, ainsi que la proposition de cessez-le-feu angolaise, ont été balayés par la reprise des hostilités.

Le M23, qui n’a cessé de s’étendre depuis sa résurgence en 2021, contrôle désormais de vastes portions du Nord-Kivu et menace la province voisine du Sud-Kivu. En décembre dernier, une offensive sur la ville stratégique d’Uvira avait déjà fait voler en éclats les espoirs de paix.

Alors que l’armée congolaise semble déterminée à reprendre l’initiative, la question reste posée : cette nouvelle offensive aux drones, aussi spectaculaire soit-elle, suffira-t-elle à déloger une rébellion bien ancrée et soutenue par des troupes extérieures, ou plongera-t-elle la région dans un nouveau cycle de violences meurtrières ?

Francis N.