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Lutte contre la corruption en RDC : l’APLC plaide pour l’implication des citoyens dans le contrôle et la redevabilité

La République Démocratique du Congo a franchi une nouvelle étape dans sa lutte contre la corruption, à travers l’organisation, vendredi au fleuve Congo Hôtel, d’un déjeuner de concertation parlementaire. Un événement à la fois pédagogique, stratégique et porteur d’espoir. Organisé par l’International Development Law Organization (IDLO), avec le financement de l’International Narcotics and Law Enforcement Office (INL), en collaboration avec l’Agence de Prévention et de Lutte contre la Corruption (APLC), la section RDC du Réseau des parlementaires africains contre la corruption (APNAC-RDC) et le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), ce forum de haut niveau a réuni sénateurs, députés nationaux, membres du Gouvernement, experts, acteurs de la Société civile et partenaires techniques et financiers.

Sous le thème évocateur « Quelle législation et quels parlementaires pour une stratégie anti-corruption efficace en RDC ? », cette journée d’échanges s’est voulue un moment d’introspection, d’évaluation et de projection dans le cadre de la mise en œuvre de la Stratégie nationale de lutte contre la corruption 2022–2026. Parmi les participants figuraient notamment l’ambassadrice des États-Unis en RDC, des parlementaires, des experts et plusieurs responsables politico-administratifs.

Un diagnostic lucide et sans complaisance

Organisé en trois panels, le forum a débuté par une analyse de la situation actuelle. Le Coordonnateur de l’APLC, Victor-Michel Lessay, a dressé un tableau sombre de la situation en RDC où la corruption, selon lui, est « systémique, enracinée et longtemps tolérée ». Il a rappelé que la précédente stratégie, soumise en 2010, est restée lettre morte par manque de volonté politique.

C’est dans ce contexte que l’APLC, en partenariat avec l’OSCEP, a relancé le processus ayant conduit à l’adoption de la nouvelle stratégie nationale en novembre 2022. Celle-ci repose sur trois axes : prévention, détection et répression. Elle s’inscrit dans la vision du Président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, qui fait de la bonne gouvernance l’un des piliers de son action publique.

Une dynamique législative engagée

Les discussions ont mis en lumière plusieurs avancées notables sur le plan juridique, notamment la promulgation de la loi n°22/068 du 27 décembre 2022 sur le blanchiment des capitaux, la création d’une unité interservices pour les enquêtes financières, ainsi que le décret n°25/15 sur la déclaration de patrimoine des agents publics.

L’autre fait marquant est l’adoption de l’avant-projet de loi portant création d’un Tribunal pénal économique et financier a été adopté en Conseil des ministres et est en cours d’examen au Parlement. Ce futur organe spécialisé devra renforcer la chaîne de prévention, de poursuite et de sanction des infractions liées à la corruption économique.

Des résultats encore modestes mais une volonté affirmée

Malgré les avancées normatives, les résultats concrets restent timides. Le manque de financement, l’insuffisance des ressources humaines qualifiées, les résistances internes et l’instabilité sociopolitique sont autant de freins relevés par l’APLC.

Cependant, les perspectives sont prometteuses, marquées essentiellement par la consolidation d’une culture de l’intégrité, la formation des acteurs institutionnels, la sensibilisation communautaire, la digitalisation de la gestion publique et implication accrue de la Société civile dans les mécanismes de redevabilité figurent parmi les objectifs à court et moyen termes.

Une mobilisation multipartite autour de recommandations fortes

Le forum s’est achevé par la présentation du rapport final, résumant 46 recommandations, dont huit principalement axées sur : mobiliser davantage de ressources financières pour renforcer la lutte contre la corruption ; redynamiser les institutions publiques impliquées dans cette lutte ; promouvoir l’éthique et l’intégrité via la méthode FESE (Famille, École, Société, État) ; renforcer l’engagement parlementaire sur les questions de gouvernance ; réformer la Cour des comptes pour élargir le champ des gestionnaires justiciables ; encourager l’APNAC-RDC à porter activement les projets de lois anti-corruption en plénière ; soutenir le plaidoyer de la société civile et des médias autour de ces textes ; mettre en place des outils digitaux pour décentraliser la collecte des recettes publiques et judiciaires.

Ces propositions s’inscrivent dans une logique d’appropriation nationale et de partenariat renforcé avec les alliés internationaux.

Le ton général de la rencontre a été à la fois lucide et résolument volontariste. Tous s’accordent à dire que la lutte contre la corruption ne saurait être un acte isolé, mais une démarche structurelle et continue, nécessitant l’implication de tous les citoyens.

Comme l’a souligné Victor-Michel Lessay, « la lutte contre la corruption ne doit pas être perçue comme un aveu de faiblesse, mais comme un sursaut patriotique. » Il a appelé à en faire une cause nationale, à l’image de la mobilisation collective observée face à la pandémie de COVID-19.

Un rendez-vous pour mesurer les résultats

La forte présence de partenaires internationaux, tels que l’Ambassadrice des États-Unis en RDC, les représentants du PNUD et de l’IDLO, a été saluée comme un signal fort de soutien à la réforme de la gouvernance en RDC.

Rendez-vous est pris pour le dernier trimestre 2026 pour un atelier d’évaluation des impacts de la stratégie en cours, en vue d’ajuster les actions pour davantage d’efficacité.

Entre avancées législatives, volonté politique et pression citoyenne, la RDC est engagée sur la voie d’un nouvel équilibre, fondé sur la transparence, la justice et la redevabilité.

Econews