M23 ? Et si la solution n’est qu’à Washington !

En deux jours, les manifestations contre la Monusco ont ôté la vie à vingt êtres humains, citoyens congolais et éléments Monusco compris. A l’origine : la réapparition du M23 qui, selon un officiel rwandais cité par un officiel congolais, est parti de l’Ouganda pendant que des faits probants confirment l’implication du Rwanda…
Une chose est vraie : Bunagana n’est pas à la frontière congolaise avec le Rwanda mais avec l’Ouganda. Et depuis l’année passée, entre l’Ouganda et la RDC il y a d’abord mutualisation des forces pour traquer les rebelles ougandais ADF à la base de la plupart des tueries et pillages dont sont victimes les populations civiles congolaises à l’Est, ensuite un accord de construction des infrastructures routières en territoire congolais.
Une chose est aussi vraie : lorsqu’ils avaient été défaits en 2013 par les Fardc aidés en cela par la Brigade d’intervention de la Monusco (composée de troupes tanzaniennes, sud-africaines et malawites), les éléments du M23 s’étaient retrouvés les uns au Rwanda, les autres en Ouganda, tous placés sous protection de ces pays et même éloignés à plus de 150 km de la frontière avec la RDC. En d’autres termes, tout déplacement de ces éléments devrait être connu des autorités du Rwanda et/ou de l’Ouganda, quitte à elles à en informer le Mécanisme de vérification mis en place et, bien entendu, les autorités congolaises.

ACCORD DE LUSAKA, TOUJOURS ACCORD DE LUSAKA
A dire vrai, avec l’apparition successivement de la mutinerie Nkunda et Mutebusi en 2004, du groupe armé Cndp en 2009 et du groupe armé M23 en 2012, tous les protagonistes signataires de l’Accord de cessez-le-feu de Lusaka en 1999 sont conscients de s’être éloignés du schéma convenu et fixé par la partie «Maintien de la Paix » déterminée au chapitre 8.
Pour rappel – c’est très important de le noter – l’Accord de Lusaka comportait deux volets d’ordre politique et sécuritaire : « Dialogue national » entre belligérants identifiés, à savoir les composantes « Gouvernement, RCD et MLC » devant inviter « les principales organisations et formations de l’opposition politique représentative et reconnue, ainsi que les principaux représentants des forces vives de la nation» (chapitres 5-6) et « Maintien de la Paix et Rétablissement de la Paix» (chapitre 8).
Si elle peut se vanter et se réjouir d’avoir imposé le premier volet avec le Dialogue intercongolais duquel est issue le « 1+4 », elle ne peut nullement se féliciter d’en avoir fait autant pour le second.
Au contraire, elle va – comme qui dirait – à le dévoyer par divers artifices.
En effet, la Force internationale préconisée au chapitre 8 ne réussira jamais, depuis son déploiement en 2000 via l’Accord de siège ou Sofa, à désarmer et à neutraliser les groupes armés étrangers cités au Chapitre 9 : ex-FAR, l’ADF, le LRA, l’UNRF II, les milices Interahamwe, le FUNA, le FDD, le WNBF, le NALU, l’UNITA et toutes autres forces.

LE SORT DE LA RDC SE JOUE A WASHINGTON
Serait-ce l’échec (planifié ?) de la neutralisation de ces groupes, conséquence de l’échec (tout aussi planifié) du mixage et du brassage qui vont se révéler en définitive un piège à rats pour l’armée gouvernementale préparée à être filtrée et infiltrée ?
La réalité est qu’à cause de la non-neutralisation de ces groupes par la force internationale dénommée au départ Monuc puis débaptisée Monusco, les communautés tribales du Kivu et de l’Ituri ont commencé à constituer leurs propres groupes d’auto-défense devenus groupes armés, certains – malheureusement – ayant été dressés contre les autres, si bien qu’on a maintenant à faire avec une nébuleuse.
Combien sont-ils ? Réponse difficile à donner au moment où le Processus de Nairobi est en train de les identifier. On parle d’une cinquantaine de groupes. Dont le fameux M23.
Pourquoi alors Washington dans cet article ?
La réponse est dans la « révélation» faite par Dr Denis Mukwege pendant le séjour du couple royal belge en RDC du 7 au 13 juin 2022. A l’étape de Bukavu, le roi Philippe a entendu le Prix Nobel de la Paix déclarer ceci : «En 2012, quand ils ont attaqué pour la première fois, le président des USA, Barack Obama, avait appelé en public devant les journalistes le président rwandais pour lui demander d’arrêter. Et une semaine après, ce mouvement s’est replié au Rwanda. Cet appel nous a donné la paix pendant 10 ans. Et si le mouvement a repris 10 ans après, c’est qu’il a repris de quelque part. On ne peut plus continuer à spéculer, qui agresse qui. L’agression est claire. Il faut la nommer et la Belgique peut le faire». Et d’ajouter : « Après cette dénonciation par le président américain, il a décidé des sanctions. Et ces sanctions ont été emboîtées par certains pays européens et on a vu le résultat. Le résultat, c’est que ce mouvement s’est arrêté pendant 10 ans». (actualite.cd du 12 juin 2022 sous le titre : «Denis Mukwege convaincu du rôle important que peut jouer la Belgique ».
Ainsi, pendant que les Congolais savaient que la défection du M23 était le fait des FARDC, soutenues par la Brigade d’intervention, Dr Mukwege, lui, avait une autre information. On peut alors déduire qu’un même type de coup de fil va arrêter la nouvelle aventure.
Moralité : inutile de culpabiliser la RDC en présentant Modeste Bahati Lukwebo et l’Udps en cause première de la flambée de violences comme l’a suggestionné, dans sa dépêche du 25 juillet dernier l’AFP sous le titre « Des manifestations contre l’ONU à Goma tournent au pillage».
En effet, l’agencier français soutient que « Le 15 juillet à Goma, le président du Sénat congolais Modeste Bahati avait demandé, lors d’un meeting, à la Monusco de «plier bagages» après 22 ans d’une présence qui n’a pu imposer la paix dans la partie orientale de la RDC, déstabilisée depuis près de trois décennies» et «La manifestation avait été organisée à l’appel des organisations de la Société civile et du parti au pouvoir, Union pour la démocratie et le progrès social ».
La guerre de l’Est a appris aux Congolais cette vérité implacable : le sort de la RDC ne se joue ni à Bruxelles ou à Berlin, encore moins à New York.
Il se joue à Washington. Là où, lors de sa première visite à la Maison-Blanche, Joseph Kabila avait déclaré à Georges Bush : «Je viens remettre le Congo sur la table des décideurs ». Une façon de dire qu’on ne peut condamner ni ses prédécesseurs Kasa-Vubu, Mobutu et LD. Kabila, ni ses successeurs, à commencer par Félix Tshisekedi.
C’est de ce côté-là que le leadership national, toutes catégories confondues, devra orienter ses initiatives diplomatiques et sécuritaires.
Omer Nsongo die Lema (CP)

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