Pour contrer la menace russe et le M23 : Washington dépêche son secrétaire d’Etat en RDC et au Rwanda

Avec la guerre en Ukraine, c’est toute la géopolitique mondiale qui est en ébullition. Après la tournée du chef de la diplomatie russe en Afrique, qui a d’ailleurs coïncidé avec celle du président français dans certains pays francophones, Washington a pris la mesure de l’urgence de rétablir la paix dans la région des Grands Lacs où le M23, soutenu par le Rwanda, entretient la déstabilisation de la RDC. Pour les Etats-Unis, il faut éviter l’hypothèse que la RDC se jette sur les bras des Russes. Pour s’enquérir de la situation et, sans doute, ramener de l’ordre dans la région, le secrétaire d’Etat américain, Anthony Blinken, est annoncé en RDC et au Rwanda en août prochain. Le choix traduit bien la détermination des Etats-Unis de s’impliquer pour une paix durable dans l’Est de la RDC. Pourvu que la sincérité soit au rendez-vous !
Anthony Blinken, secrétaire d’Etat américain, arrive en République Démocratique du Congo. Ça se précise. Selon le magazine Jeune Afrique, le chef de la diplomatie des Etats-Unis est annoncé en RDC en août prochain. Un voyage dans la région des Grands Lacs qui va le conduire jusqu’au Rwanda. Un itinéraire qui n’est pas le fait du hasard, au regard de l’agression dont est victime la RDC de la part de son voisin, le Rwanda, par le groupe terroriste M23 interposé.
On se rappelle que le chef de la diplomatie russe vient de boucler une tournée en Afrique pour consolider les lignes. Concomitamment, le président français vient de boucler lui aussi une tournée en Afrique. Pour l’instant, seul Washington est resté en marge. Et l’hypothèse de voir la RDC basculer vers le bloc russe hante terriblement l’administration Biden, ravivée par des manifestations hostiles contre les troupes de la Monusco dans certaines villes de l’Est de la RDC.
Il faut battre le fer quand il est chaud. Et Washington l’a apparemment compris. C’est la mission qu’il a confiée à son secrétaire d’Etat.

Visite aux grands enjeux
Généralement, les secrétaires d’Etat américains passent quelques heures en RDC. Cette fois, M. Blinken veut y rester au moins 24 heures. C’est la preuve que la RDC est redevenue cette destination qui compte pour les États-Unis dans sa politique dans la région des Grands Lacs. L’itinéraire choisi par le secrétaire d’Etat Blinken n’est pas le fait du hasard. Il commence par la RDC et chute par Kigali.
Le secrétaire d’Etat est porteur d’un message de fermeté non seulement envers la RDC, mais surtout envers Kigali. A la RDC, il sera clairement expliqué qu’une escapade avec les Russes fera basculer le pays dans l’axe du mal. Ce que les USA ne souhaitent pas, ni ne voudraient voir la RDC passer dans le giron opposé.
Garder le contrôle de la RDC est ultra-stratégique pour Washington. Les derniers événements ont démontré que les USA ne sont pas prêts à perdre la RDC.
A Kigali, le message sera très ferme : il faut stopper le M23 dans sa démarche de déstabilisation du voisin aux pieds d’argile aujourd’hui. Les USA qui évoluent dans des projections ne voudraient pas voir le Rwanda être écrasé par le géant voisin lorsqu’il reprendra son leadership naturel dans la région des Grands Lacs africains. Il faut dès maintenant prévenir sur les conséquences des retours des flammes. Le sapeur-pompier Blinken se comportera donc aussi en chérif.

Prédictions
Jeune Afrique note que cette visite est consécutive au contexte international de la guerre russo-ukrainienne.
«Trois ans et demi après l’arrivée au pouvoir de Félix Tshisekedi, et alors que ce dernier a considérablement resserré les liens entre la RDC et les Etats-Unis, le secrétaire d’Etat américain Anthony Blinken doit se rendre pour la première fois à Kinshasa. Selon plusieurs sources, américaines et congolaises, le patron de la diplomatie américaine est attendu dans la première quinzaine du mois d’août. Si cette visite reste dépendante du contexte international, précise-t-on à Washington, en référence à la guerre en Ukraine, les dates des 9 et 10 août ont été évoqués. Ce déplacement devrait s’effectuer dans le cadre d’une tournée qui doit également mener Blinken au Rwanda», rapporte Jeune Afrique.
Entre la RDC et le Rwanda, Jeune Afrique indique qu’Antony Blinken devrait discuter de la question de la résurgence du M23, soutenu par le Rwanda, mais aussi évoquer la question de l’organisation des élections de 2023 dans le délai constitutionnel.

Pression du Sénat américain
On se rappelle que Robert Menendez, président du Comité des affaires étrangères du Sénat américain, avait, dans une lettre datée du 20 juillet et adressée au secrétaire d’État Antony Blinken, exprimé ses inquiétudes quant au bilan de Kigali en termes de droits humains, et à son soutien présumé à la rébellion du M23 en RDC. Robert Menendez demandait un examen complet de la politique des États-Unis envers le gouvernement de Paul Kagame qu’il accuse de graves violations des droits de l’homme.
Washington est un proche allié de Kigali depuis 28 ans, et l’un de ses principaux donateurs. En 2021, les États-Unis ont octroyé 147 millions de dollars US d’aide au Rwanda, et envisagent 145 millions pour 2023, rappelait Robert Menendez dans sa lettre. Il annonçait dans la foulée sa volonté de s’opposer à une aide de plusieurs millions de dollars US destinée aux casques bleus rwandais, craignant qu’un soutien à l’armée rwandaise, accusée d’être déployée en RDC et de soutenir la rébellion du M23 «ne laisse entendre que les États-Unis approuvent de telles actions ».
Interrogé à ce sujet, le porte-parole du département d’État américain, Ned Price, avait indiqué que son bureau suit de près la montée des tensions entre le Rwanda et la RDC et consulte régulièrement le Congrès au sujet de l’aide octroyée à Kigali.
Anthony Blinken en RDC passe véritablement pour un coup diplomatique de haute facture, à l’avantage du Président Félix Tshisekedi.

Econews

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