Le verdict tant attendu dans le procès de l’ancien président Joseph Kabila a été reporté sine die. Vendredi, la partie civile a surpris l’audience en demandant la réouverture des débats pour ajouter de «nouveaux éléments» à l’accusation, notamment sur sa nationalité et le financement du M23. Une manœuvre perçue comme une preuve de faiblesse par le camp Kabila.
C’est un coup de théâtre qui a suspendu l’issue du procès de Joseph Kabila devant la Haute Cour Militaire. Alors que le verdict était attendu le vendredi, 12 septembre 2025, Me Richard Bondo, l’un des avocats de la République et porte-parole de la partie civile, a demandé et obtenu la réouverture des débats pour compléter l’accusation, reportant l’affaire au 19 septembre.
La partie civile a annoncé son intention de présenter trois nouveaux témoins. Selon Me Bondo, ceux-ci viendront «retracer les personnalités et les comptes bancaires par lesquels transitent le financement du M23 par le prévenu Kabila ». Plus surprenant, l’avocat a également évoqué la volonté de prouver « la réalité du fait qu’un étranger a dirigé ce pays pendant 18 ans », laissant sous-entendre que la nationalité de l’ancien chef de l’État serait remise en cause.
Sur le plan juridique, les avocats de la République ont demandé la requalification des charges de «trahison » en «espionnage ». Ils ont également revu à la hausse leur demande de réparation, la portant de 24 à 30 milliards de dollars US.
Pour les partisans de Joseph Kabila, ce report in extremis est la preuve irréfutable de l’absence de preuves solides dans ce dossier.
Interrogé par RFI, Ferdinand Kambere, secrétaire permanent adjoint du PPRD, le parti de Joseph Kabila, n’a pas caché son sentiment : «Pour nous il n’y a jamais eu de procès. Les principes qui sous-tendent un procès équitable sont les mêmes partout au monde », tout en poursuivant : « Nous sommes devant un procès ou pour négocier ou obtenir ce qu’ils ont appelé levée des immunités de l’ancien président de la République sans que celui qui a sollicité, c’est-à-dire l’auditeur général, n’ait entendu sur un procès-verbal d’audition l’accusé. Les preuves sont des preuves ramassées sur les réseaux sociaux».
Un verdict reporté, une attente prolongée
La Haute Cour Militaire a accepté la demande de la partie civile, espérant que les nouveaux éléments promis éclairciront le dossier. L’audience a donc été renvoyée au 19 septembre 2025.
Joseph Kabila, qui risque la peine de mort par contumace pour « complicité avec le groupe M23 soutenu par le Rwanda », n’a jamais comparu ni été représenté par un avocat depuis l’ouverture de ce procès le 25 juillet dernier. Ce nouveau rebondissement prolonge une attente déjà longue et ajoute une couche de complexité à une affaire qui passionne et divise la nation.
Hugo Tamusa

