Signé en grande pompe à Washington en décembre 2025, l’accord de partenariat stratégique entre la République Démocratique du Congo et les États-Unis devait incarner une nouvelle ère pour la région des Grands Lacs, plaçant la souveraineté congolaise et l’exploitation loyale de ses ressources au cœur des intérêts américains. Pourtant, à peine sept mois après sa signature, ce texte ambitieux est en train de s’effondrer, victime d’un cocktail explosif de rivalités géopolitiques et d’un système de prédation mis en place depuis des décennies. Alors que Washington tente de se réapproprier le dossier congolais en court-circuitant les canaux diplomatiques traditionnels, la mise en œuvre de l’accord se heurte à un mur : l’opposition farouche des réseaux mafieux évincés et de leurs relais régionaux. En première ligne, le régime de Paul Kagame, soutenu par des lobbies occidentaux, défie ouvertement la Maison Blanche. Par le pillage systématique des minerais stratégiques (3T, or) dans les provinces de l’Est et l’exploitation illégale des ressources du Lac Albert, le Rwanda et l’Ouganda assoient leur mainmise économique sur un hinterland congolais qu’ils convoitent territorialement. Décryptage avec le politologue Freddy Mulumba Kabuayi wa Bondo.
Signé le 4 décembre 2025 à Washington, capitale fédérale des Etats-Unis, dans le lot des Accords de Washington, l’Accord de partenariat stratégique entre la RDC et les Etats-Unis rencontre des difficultés pour sa mise en œuvre.
Dans un article publié dans le magazine américain Foreign Affairs du 2 juillet 2026 sous un titre révélateur « Pourquoi l’accord de Trump sur le Congo est en train de s’effondrer », les auteurs reconnaissent le sabotage des réseaux maffieux écartés par Donald Trump des Accords paix de Washington et, par conséquent, leurs intérêts dans la région sont en danger. « En s’aliénant inutilement ses partenaires traditionnels, notamment les pays européens, l’Afrique du Sud et les Nations Unies, Washington a rendu encore plus difficile la coordination des politiques qui s’est avérée utile pour faire progresser les processus de paix par le passé », reprend l’article.
Soutenu par ces réseaux, le président rwandais Paul Kagame défie le président Donald Trump en violant les Accords de Washington, tout en se moquant des sanctions américaines du Département de Trésor contre ses généraux de l’armée et ses sociétés qui pillent et tuent les Congolais.
Depuis plus de 30 ans, la région des Grands Lacs est devenue le théâtre d’une guerre d’influence entre les acteurs étatiques et non étatiques. D’un côté, les grandes puissances (États-Unis, Chine, Union européenne) se livrent à une compétition géopolitique globale, de l’autre, des acteurs régionaux (Rwanda et Ouganda) et des entités privées (sociétés des pays du Golfe et réseaux mondialistes) défendent leurs propres intérêts économiques enracinés dans la région.
Rwanda et Ouganda au centre des pillages
Le Rwanda et l’Ouganda sont les deux Etats piliers utilisés par les Etats-Unis sous administration Clinton pour reconfigurer l’Afrique des Grands Lacs. A ce niveau, leurs intérêts se rencontrent. Les deux voisins de la RDC nourrissent des ambitions territoriales et économiques sur les provinces orientales congolaises (Ituri, Nord-Kivu, Sud-Kivu, Maniema, Nord-Katanga), perçues comme un hinterland économique, voire comme des provinces à annexer dans le cadre d’un État fédéral de l’Afrique de l’Est. (Yoweri Kaguta Museveni, in 38 Reflections on Mwalimu Nyerere, Dar-es-Salam 2022).
Du côté de l’Américain de Bill Clinton, balkaniser la RDC et mettre la main sur les minerais stratégiques face à la monté de la Chine en puissance étaient les objectifs affichés.
Depuis plus de trente ans, Kigali et Kampala sont devenus des plaques tournantes des pillages des minerais congolais au profit du capitalisme prédateur international et des industries de haute technologie. Toutes les entreprises qui fabriquent des puces électroniques, des usines de fabrication de téléphones et des semi-conducteurs s’approvisionnent en minerais de 3T pillés en RDC à partir du Rwanda. Cette situation est tolérée par les puissances occidentales – la Chine comprise – parce que Pékin évite de perturber la chaine d’approvisionnement en 3T qui alimente les usines de fabrication de puces et autres objets technologiques dans le monde.
C’est donc sans surprise que rapport des experts des Nations Unies, publiés en 2023, « encourage le gouvernement congolais à travailler avec les parties prenantes concernées afin de rétablir sans délai l’intégrité de la chaine d’approvisionnement en étain, tantale et tungstène, notamment à Rubaya, dans la province du Nord Kivu ».
Curieusement, les mines de Rubaya sont occupées et exploitées par l’armée rwandaise. Voilà pourquoi « tout le monde voit les massacres à l’Est du Congo. Mais tout le monde se tait ». (Minerais de sang, le blanchiment des minerais 3T par le Rwanda et des entités privées. Rapport publié au mois d’avril 2024 à Washington DC.)
Dans un autre rapport accablant de Global Witness, intitulé « Qui achète le coltan de contrebande du Rwanda ? Le périple international du coltan de la RDC aux filières électroniques mondiales », publié en juin 2026, l’ONG britannique note qu’un système international est mis en place pour piller les minerais 3T à partir du Rwanda.
En plus du pillage des minerais, le Rwanda pompe le gaz méthane dans le Lac Kivu avec la complicité des sociétés occidentales, sans associer la RDC. Par ailleurs, ses ambitions ne se limitent pas aux minerais congolais et au gaz du lac Kivu, Kigali convoite également le territoire congolais dont il réclame l’appartenance à l’ancien royaume du Rwanda.
Dans son discours à Cotonou, au Benin, en avril 2023, Paul Kagame soutenait, cité par Michela Wrong que « les frontières tracées à l’époque coloniale ont divisé nos pays. Une grande partie du Rwanda s’est retrouvée à l’extérieur, dans l’Est du Congo, dans le Sud-ouest de l’Ouganda ». (Jusqu’où ira le Rwanda au Congo ? Foreign Affairs du 3 mars 2025.)
Quant à l’Ouganda, ses ambitions sur la partie de l’Est du Congo sont fixées sur les provinces de l’Ituri, les Bas et Haut Uélé qu’il considère comme sa sphère d’influence et son marché. Les minerais d’or exploités dans cette zone sont raffinés dans les fonderies à Kampala et exportés vers le marché international. Il en va de même pour le cacao et le café récoltés dans ces provinces qui sont estampillés « produit en Ouganda » et exportés vers les Etats-Unis, le Canada, l’Europe et l’Asie, en particulier la Chine. Les ports de Dar-es-Salaam (Tanzanie) et de Mombasa (Kenya) sont les portes principales de sortie de ce commerce illicite.
Le cas du pétrole du bassin de la rivière Semiliki et du Lac Albert aux frontières entre l’Ouganda et la RDC est emblématique. Le brut est exploité par l’Ouganda sans associer le Gouvernement de la République Démocratique du Congo alors que la grande partie de ces réserves se situe dans le lac Albert du côté congolais.
Avec les réserves évaluées à 6,5 milliards de barils, les Ssociétés Total Energie (française) et CNOOC (chinoise) sont associés à l’Etat ougandais pour son exploitation. La société EACOP (East African Crude Oil Pipeline), détenue majoritairement par TotalEnergie, aux côtés des États ougandais et tanzaniens et de la CNOOC, gère l’oléoduc de 1.443 Km chargé d’acheminer le brut vers la côte tanzanienne. Sur place en Ouganda, la société chinoise Sinopec construit l’usine de traitement de brute de 200.000 barils de pétrole par jour.
Dans ces pillages des richesses du Congo, l’Ouganda de Museveni et le Rwanda de Paul Kagame se sont partagé les rôles. Kigali est la plaque tournante de l’exportation des minerais 3T et de l’or pillés en RDC.
Tout un système maffieux est mis en place par le capitalisme international prédateur.
En effet, l’armée rwandaise et les rebelles de l’Alliance du Fleuve Congo et M23 occupent les zones minières dans les provinces des Nord et Sud Kivu.
Selon le rapport de Global Witness, « Qui achète le coltan de contrebande du Rwanda », des minerais exploités ou achetés par les sociétés rwandaises et l’armée rwandaise sont acheminés dans les usines de traitement au Rwanda. Les acheteurs du coltan du Rwanda sont principalement basés aux Emirats Arabes Unis, en Chine et au Luxembourg. Tous, à l’exception de la Chine, sont des lieux de transit où les négociants revendent le coltan à des fonderies et des raffineries situées ailleurs, souligne Global Witness.
L’ONG donne la liste des huit fonderies du coltan dont six sont installées en Chine, une au Kazakhstan et une autre en Thaïlande. Il s’agit : 1. Ningxia Orient Tantalum Industry co. (OTIC), qui est une société détenue par l’Etat chinois et cotée à la bourse de Shenzhen. C’est une filiale de la société publique CNMC (Ningxia) Oriental Group co. Elle a une filiale au Rwanda ; 2. Jiujiang Jinxin Noferrous Metals co. Benefice d’un investissement des pouvoirs publics ; 3. Jiujiang Tanbre co. Propriété de deux entreprises chinoises détenues par l’Etat ; 4. Jiujiang Zhongao Tantalum et Niobium co. Basée dans la province du Jiangzi ; 5. Ximei Resources (Guangdong), à Guangzhou, autrefois connue sous le nom de Guangdong Zhiyuan New Material.co. Cotée à la bousre de Hong Kong ; 6. Hengyang King Xing Lifeng New Materials co. Province du Hunan ; 7. Ulba Metallurgical Plant au Kazakhstan ; 8. Taniobis Thailande. Autrefois H.C. Starck Tantalum and Niobium est détenue par la société japonaise JX Mining and Metals depuis 2018. Le siège est Allemagne et ses activités en Thaïlande.
Après les raffinages des minerais du coltan, les produits finis sont vendus aux cinq grands acteurs qui dominent le marché des condensateurs en tantale, notamment : Kemet (Taiwan), Kyocera AVX (américaine et japonaise), Vishay (américaine), Panasonic (japonaise) et Hongda Electronics Corp (chinoise).
La RDC dans la sphère d’influence des Etats-Unis d’Amérique
L’accord de partenariat stratégique, signé entre la RDC et les USA, place le pays de Lumumba dans la sphère d’influence américaine dans une compétition entre grandes puissances, dont la Chine. Cet accord met en exergue le respect de l’intégrité territoriale et la souveraineté de la RDC. De ce fait, les richesses congolaises, en particulier, les minerais stratégiques doivent profiter aux peuples américains et congolais. En plus, l’accord exige les réforme législative et constitutionnelle afin d’aligner son cadre juridique sur les dispositions pertinentes de l’accord.
Ces dispositions de l’accord contraignent les acteurs ayant des activités économiques dans la région des Grands Lacs de se conformer aux lois congolaises et américaines. Par conséquent, le projet du Rwanda et de l’Ouganda d’annexer les territoires congolais au futur Etat Fédéral de l’Afrique de l’Est est bloqué, la sphère d’influence de l’Union européenne dans la région est en difficulté, les industries basées en RDC, particulièrement chinoises (puissance rivale) qui constituent 80 % dans le secteur minier, sont dans le viseur des lois américaines. En corollaire, le grand projet de faire de Kigali une plaque tournante des affaires mondiales tel un « Singapour africain » tombe dans l’eau.
Vu sous cet angle, les violations répétées de cessez-le-feu et des Accords de Washington par le Rwanda trouvent leur sens. L’article publié le 2 juillet 2026 dans le magazine américain Foreign Affairs « Pourquoi l’Accord de Trump sur le Congo est en train de s’effondrer » révèle que le dossier congolais est sous contrôle de la Maison blanche. Le président D. Trump a court-circuité le processus traditionnel de la politique américaine envers l’Est du Congo, coordonnée par un processus interministériel piloté par le Conseil de sécurité nationale et impliquant le Bureau Afrique du Département d’Etat.
Dos au mur, le régime de Paul Kagame et ses parrains jouent leur survie. S’il retire ses troupes de territoires congolais, son régime s’effondre car il sera dans l’impossibilité de payer ses soldats faute de ressources minières congolaises qui alimentent son économie.
Face à cette situation, Paul Kagame a décidé de ne pas retirer ses troupes de la RDC malgré les sanctions américaines. Il joue sur plusieurs tableaux.
Selon les ambassadeurs occidentaux accrédités à Kigali, le Rwanda va probablement camper sur sa position et attendre le départ de Trump de la Maison Blanche ou qu’il se désintéresse du dossier. Le deuxième tableau est tel que Kigali attend qu’une nouvelle crise s’abatte sur Kinshasa : un coup d’Etat ou un chaos provoqué par les manifestations de l’opposition politique et les églises catholiques à cause du projet de la révision constitutionnelle qui accorderait le troisième mandat au président Félix-Antoine Tshisekedi.
Les appels sur le dialogue ne sont que des stratagèmes pour endormir les congolais.
En tout état de cause, comme les intérêts de la sécurité nationale américaine sont en contradiction avec ceux de lobbies américains soutenant Paul Kagame, le changement de régime est déjà en cours à Kigali.
L’exemple du président Mobutu du Zaïre devrait nous donner des leçons. Après 32 ans au service des Américains, il a été chassé du pouvoir le 17 mai 1997 par ses mêmes parrains américains.
Freddy Mulumba Kabuayi
Politologue


