Face à une vague de contestations qu’il n’a pas réussi à contenir, le Gouvernement a fini par battre en retraite. Après le cri d’alarme lancé par Frédéric Panda, rapidement relayé par un tollé dans les milieux de l’innovation, des affaires et de la société civile, l’Exécutif a suspendu l’arrêté controversé instaurant une nouvelle fiscalité sur le numérique. Une décision qui sonne comme un désaveu d’un texte jugé précipité et contradictoire avec les ambitions affichées de faire de la RDC une terre d’innovation, malgré les tentatives des ministères des Finances et de l’Économie numérique de minimiser la polémique en invoquant de simples « mauvaises interprétations ». L’intervention de Martin Fayulu, dénonçant une mesure susceptible d’étouffer les startups congolaises, aura encore accentué la pression, contraignant finalement le Gouvernement à faire marche arrière.
Sous la pression des acteurs du numérique et une vive levée de boucliers, le ministère des Finances a cédé. L’arrêté interministériel du 20 juillet dernier, qui prévoyait de nouvelles taxes sur le secteur digital, a été suspendu samedi 1er août. Une victoire pour les startups et les défenseurs de l’innovation, mais un revers retentissant pour l’exécutif.
C’est une décision qui a mis moins de deux semaines à vaciller. L’arrêté interministériel n° 015 du 20 juillet 2026, censé fixer de nouvelles taxes sur le secteur numérique, n’aura finalement pas survécu à la bronca qu’il a déclenchée. Samedi 1er août au soir, la cellule de communication du ministère des Finances a annoncé la surséance du texte.
Un aveu de faiblesse ? Peut-être. Mais surtout la reconnaissance que les sirènes de l’innovation ne se taisent pas si facilement.
Une tribune qui a tout changé
Ce sont d’abord les acteurs écosystème qui ont tiré la sonnette d’alarme. Parmi eux, Frédéric Panda, figure engagée du numérique congolais, a sonné le tocsin. Puis, la polémique a enflé. Un tollé général s’est emparé des réseaux sociaux, des incubateurs, des jeunes pousses et même de la scène politique.
Le coup de grâce est venu de Martin Fayulu. Dans une tribune cinglante, l’opposant a dénoncé un arrêté « contraire à l’esprit du Startup Act » et dangereux pour l’innovation locale. Son diagnostic : ce texte risquait d’étouffer les jeunes pousses et de contredire les avancées du Code du numérique. Un argument qui a trouvé un large écho.
Face à l’onde de choc, les ministères des Finances et de l’Économie numérique ont tenté d’éteindre l’incendie. Dans leur communiqué, ils assurent que l’arrêté ne visait pas les startups, déjà protégées par l’ordonnance-loi de 2022 et le Code du numérique. Ils évoquent des « mauvaises interprétations » et une « récupération tendancieuse » du dossier.
Mais le mal était fait. Le sentiment général reste celui d’une tentative de taxation mal ficelée, désavouée par la rue numérique et la classe politique.
Ce recul est aussi un signal : l’écosystème digital congolais n’est plus un acteur passif. Il sait se faire entendre. Il sait peser. Et il a montré que la créativité et l’innovation ne se décrètent pas, elles se protègent.
Un cadre fiscal qui inquiète
Qu’est-ce qui fâchait ? En effet, l’’arrêté instaurait une série de frais liés aux autorisations, agréments, renouvellements et exploitations de divers services numériques. Sont concernées les plateformes numériques, les services de communication, les sites de diffusion de contenus, les applications et les services d’hébergement. Bien que la presse écrite traditionnelle ne soit pas explicitement visée, les médias opérant exclusivement sur Internet pourraient être directement touchés, dès lors qu’ils exploitent un site d’information ou une plateforme de diffusion de contenus entrant dans le champ d’application du texte.
Pour de nombreux responsables de médias, les montants prévus – auxquels s’ajoutent des coûts de renouvellement et des pénalités pouvant atteindre 100 % des droits dus en cas de récidive – constituent une charge financière rédhibitoire. Dans un contexte où les revenus publicitaires restent limités, ils redoutent que certaines rédactions soient contraintes de réduire leurs activités, voire de cesser leurs opérations.
Face à la bronca, le ministère de l’Économie numérique a publié un communiqué, samedi 1er août, pour tenter de dissiper les malentendus. Il y affirmait que le texte ne remettait nullement en cause la politique gouvernementale de soutien à l’entrepreneuriat congolais. Les startups reconnues conformément au Code du numérique continueront de bénéficier des avantages fiscaux prévus par la législation, et des mesures d’application spécifiques seront bientôt publiées pour mieux encadrer leur régime juridique.
Mais cet appel au calme n’a pas suffi à rassurer les professionnels du secteur. « Un nouvel arrêté qui risque d’étouffer la presse en ligne », a ainsi réagi Freddy Panda, l’un des opérateurs du secteur, résumant l’inquiétude générale. Pour lui et d’autres observateurs, l’application de ce texte pourrait, en l’absence d’un régime spécifique tenant compte des réalités économiques de la presse numérique, freiner le développement du journalisme en ligne en République Démocratique du Congo.
Un débat loin d’être clos
Officiellement, l’arrêté était censé poursuivre un triple objectif : mieux encadrer le secteur numérique, mobiliser davantage de recettes publiques et promouvoir un environnement numérique sécurisé. Le gouvernement entend ainsi mettre en œuvre les dispositions du Code du numérique et doter l’État d’un mécanisme de recettes adapté à l’évolution de l’économie numérique.
Pour l’instant, le Gouvernement s’est rétracté. C’est le plus important. Le débat est désormais ouvert entre la nécessité de réguler l’économie numérique et celle de préserver un environnement favorable à la liberté de la presse et au développement des médias numériques.
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