La République Démocratique du Congo entre dans une zone de fortes turbulences politiques. Alors que le pouvoir de Félix Tshisekedi laisse planer l’hypothèse d’une refonte de la Constitution du 18 février 2006, les premiers affrontements meurtriers, vendredi 12 juin à Kinshasa, entre forces de l’ordre et militants de l’opposition témoignent de la profondeur des fractures qui traversent déjà le pays. Entre accusations de répression, contestation de la légitimité d’une éventuelle révision constitutionnelle et montée des tensions dans la rue, le débat sur l’avenir de la Loi fondamentale fait basculer la RDC dans une période d’incertitudes où se joue, aux yeux de nombreux acteurs politiques, l’équilibre même de la démocratie congolaise à l’horizon 2028, année prévue pour la prochaine présidentielle.
Le décor est planté, et il est sombre. En choisissant d’ouvrir la boîte de Pandore de la révision constitutionnelle, le régime du Président de la République, Félix Tshisekedi, vient de plonger la République Démocratique du Congo dans une dangereuse zone de turbulences.
Vendredi 12 juin, à Kinshasa, le sang a coulé. Ce qui devait être un sit-in pacifique aux abords du Palais du peuple, à l’appel de la coalition de l’opposition C64, s’est fracassé contre le mur de la répression étatique. L’objectif de la rue était pourtant clair : ériger un rempart citoyen contre toute tentative de tripatouillage de la Loi fondamentale du 18 février 2006.
À deux ans de l’échéance cruciale de 2028, date marquant la fin du second et dernier mandat constitutionnel de Félix Tshisekedi, la RDC retient son souffle.
Pour l’opposition et la Société civile, il n’y a plus de place au doute : le pouvoir en place prépare les esprits à un coup de force démocratique. Face à ce dessein controversé, les forces vives du pays ont entamé leur veillée d’armes. La bataille politique a désormais quitté les salons feutrés pour s’installer là où s’écrit souvent l’histoire du Congo : dans la rue.
Ce premier crash-test du 12 juin aux abords du Parlement présage des mois de plomb et d’incertitude totale.
Pendant que le pouvoir minimise l’onde de choc en parlant de «blessures légères », le pays, lui, glisse lentement vers l’instabilité. «Nous ne sommes pas dans la rue pour provoquer le désordre, mais pour défendre la Constitution et préserver les principes de l’alternance démocratique », se défendent les leaders de la coalition C64.
UNE JOURNEE DE CHAOS
Dès l’aube, des centaines de Congolais, armés de leur seul courage et de pancartes exigeant le respect des dispositions intangibles de la Constitution, ont convergé vers le Palais du Peuple. Mais la réponse du régime ne s’est pas fait attendre. Pour étouffer la contestation, les forces de l’ordre ont transformé les parages du Palais du peuple en un théâtre de violences urbaines.
Les témoignages décrivent des scènes de panique généralisée : salves étouffantes de gaz lacrymogènes ; charges violentes à coups de matraques ; tirs à balles réelles signalés par plusieurs sources sur le terrain. La violence n’a épargné personne.
Des figures de proue de la résistance politique, à l’instar de Jean-Marc Kabund et Delly Sesanga, ont été directement touchées dans les échauffourées. Pour la coalition C64, menée notamment par Martin Fayulu, le constat est implacable : le régime Tshisekedi a franchi une ligne rouge en piétinant le droit constitutionnel de manifester pacifiquement.
LA GUERRE DES BILANS
Comme souvent face à la dérive brute, le décompte des victimes devient un enjeu de propagande. Le bilan humain est aujourd’hui lourdement contesté, illustrant la rupture totale de confiance entre les gouvernés et les gouvernants.
Si la plateforme de l’opposition (C64) évoque un bilan provisoire de deux (2) morts et de nombreux blessés graves, denonçant en même temps une « répression sanglante » et une intervention disproportionnée des forces de sécurité, l’Hôtel de Ville, de son decès, ne signale aucun décès, relevant juste des actes de vandalisme avec 20 blessés légers (15 policiers, 5 manifestants) et cinq (5) véhicules incendiés.
Martin Fayulu, leader d’ECIDé, exige d’ores et déjà une enquête indépendante et impartiale pour que la lumière soit faite sur ce qu’il qualifie de boucherie politique. De son côté, le Gouvernement s’enferme dans une rhétorique sécuritaire, préférant pointer du doigt les dégâts matériels plutôt que de s’interroger sur la légitimité de la colère populaire.
Dans une déclaration officielle, le Porte-parole du Gouvernement a fermement « condamné » les incidents du 12 juin 2026, annonçant l’ouverture d’une enquête pour établir les responsabilités.
L’AVENIR EN POINTILLES D’UNE NATION SOUS HAUTE TENSION
Ces affrontements ne sont que le premier symptôme d’un mal plus profond. En touchant aux verrous de la limitation et de la durée des mandats présidentiels – des acquis sacrés obtenus au prix de sacrifices et de luttes citoyennes historiques –, le régime Tshisekedi joue avec le feu.
Alors que la coalition C64 promet d’intensifier la résistance républicaine, le pouvoir s’arc-boute sur l’usage de la force publique. Une chose est certaine : le simple fait d’évoquer ce changement constitutionnel agit comme un accélérateur de tensions.
La RDC avance désormais à l’aveugle, sur un fil tendu au-dessus du gouffre de l’incertitude politique.
Econews

