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M. le Président de la République, Mme la Première Ministre, « reprenez le contrôle du capital. L’économie nationale ne peut rester otage » (Cri d’alarme de Mutombo M. Henri)

Dans une interpellation sans filtre adressée au Président de la République et à la Première Ministre, l’acteur politique et chercheur en fiscalité Henri Mutombo Mikenyi tire la sonnette d’alarme sur la dépossession structurelle du système bancaire congolais. Alors que les grandes banques commerciales collectant l’épargne nationale sont détenues par des capitaux étrangers, il dénonce un « deux poids, deux mesures » qui pénalise les ménages et PME congolais avec des taux d’intérêt dépassant 25 %, tandis que les opérateurs étrangers bénéficient de conditions préférentielles. Sa proposition est claire : mobiliser 200 millions de dollars via les entreprises publiques pour créer une Banque Nationale de Développement et de Commerce, détenue à 100 % par l’État congolais et gérée par des cadres nationaux. Un plaidoyer pour une appropriation du levier bancaire, condition sine qua non, selon lui, d’une véritable souveraineté économique et d’une industrialisation maîtrisée. Tribune.

L’économie d’un Etat souverain ne se mesure pas seulement au PIB. Elle se mesure à qui détient le levier du crédit, de l’épargne et de la circulation monétaire.

Aujourd’hui en RDC, ce levier n’est pas entre les mains des Congolais.

  1. Le constat: une dépossession structurelle

Notre système bancaire est structurellement extraverti. Les grandes banques commerciales qui collectent l’épargne nationale sont toutes détenues et dirigées par des capitaux libanais, indiens, nigérians, camerounais et d’autres groupes africains.

La Conséquence macroéconomique directe est que la politique monétaire de la BCC se transmet mal à l’économie réelle congolaise. Le taux directeur est à 13,5% depuis avril 2026. Mais le taux débiteur pratiqué aux ménages et PME congolais dépasse 25% à 30%.

Parallèlement, les opérateurs économiques étrangers bénéficient de lignes de crédit concessionnelles, de taux préférentiels souvent à un chiffre, et de délais de grâce de 24 à 60 mois. Deux poids, deux mesures.

Pourquoi? Parce qu’on ne veut pas que les congolais reprennent la main sur l’économie de leur pays. Le Coût du risque, faible bancarisation à 7%, mais surtout l’absence d’alignement d’intérêts. La banque dont le capital n’est pas national n’a aucune obligation patriotique de financer l’industrialisation congolaise.

  1. Le risque souverain: quand le secteur vital échappe

La masse monétaire qui transite par ces banques échappe en grande partie au circuit de réinvestissement national. Les profits sont rapatriés. Les décisions de crédit sont arbitrées hors de Kinshasa.

Pire: la transparence devient une faille. Les flux des marchés publics, les salaires des institutions, y compris les plus sensibles, les paiements pour les acquisitions d’armement passent par ces mêmes réseaux bancaires étrangers. Il n’y a plus de secret d’Etat quand le back-office n’est pas national. Un groupe bancaire peut, s’il le veut, paralyser la paie de l’Etat, geler des comptes, ou exporter brutalement des devises.

On ne refuse à personne de faire du business en RDC. Mais un pays ne délègue jamais à des non-nationaux le contrôle de son système de paiement et de son allocation du crédit. C’est le principe de toute souveraineté économique et financière.

  1. La solution: une banque commerciale nationale à capital public

Il est temps de corriger cette anomalie historique. Tous les pays émergents l’ont fait:

La Chine, l’Inde, le Nigeria, le Maroc. Etc. L’appropriation du système bancaire est la première étape de toute politique d’industrialisation et de créations des richesses structurantes.

Proposition concrète: Ordonner la mobilisation de 10 millions USD par entreprise publique. Avec 20 entreprises publiques, nous atteignons 200 millions USD de capital social. Ce montant respecte les normes prudentielles Bâle III et le capital minimum requis par la BCC pour une banque de taille systémique.

Objectif: créer une Banque Nationale de Développement et de Commerce, détenue à 100% par l’Etat congolais et gérée par des cadres congolais compétents, sérieux sous contrôle de l’IGF et de la BCC.

Effet attendu: Baisse du coût du crédit: cibler un taux débiteur moyen de 12% à 15% pour les PME et l’agriculture, contre 25-30% actuels, grâce à un moindre coût de collecte et une mission d’intérêt général.

Canalisation de l’épargne: Avec un taux créditeur compétitif de 6% à 8%, nous pouvons viser une bancarisation à 25% en 5 ans. Chaque point de bancarisation supplémentaire injecte des milliards de CDF dans le circuit formel et finance la croissance.

  1. Effet multiplicateur: selon les normes FMI, 1 USD de crédit productif génère 1,6 USD de croissance. Une banque nationale orientée vers les secteurs porteurs peut ajouter +2 à +3 points de croissance au PIB hors mines.
  2. La Souveraineté: La sécurisation des données financières de l’Etat, contrôle des flux stratégiques, et fin de la dépendance.

L’heure de l’appropriation a enfin sonné. Un pays qui ne contrôle pas sa banque, ne contrôle pas son économie. Un pays qui ne contrôle pas son économie, ne contrôle pas son destin.

La RDC ne peut pas continuer à financer sa croissance avec l’épargne des Congolais, gérée pour enrichir des centres de décision à Beyrouth, Mumbaï ou Lagos.

Monsieur le Président, donnez l’instruction. Que la Première Ministre mobilise les DG.

Le capital, on le lève, la banque on la crée et la richesse, on la garde ici. Le temps des intermédiaires doit terminer pour que le temps des propriétaires commence.

Henry MUTOMBO MIKENYI

Acteur politique. Écrivain et chercheur en fiscalité.

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