UN RETRAIT… PRÉMATURÉ ?

La nouvelle a fait l’effet d’une bombe à Kinshasa.

La force ougandaise venue en appui aux FARDC dans leur traque des rebelles ougandais des ADF devrait se retirer au 31 mai. Mais le général Muhoozi Kainerugaba, chef de l’armée de terre de l’UPDF et auteur de l’annonce, a laissé entendre que les chefs d’Etat congolais et ougandais, après concertation des états-majors des deux pays, pourraient décider de prolonger ce que Kinshasa appelle la mutualisation des forces, effective depuis fin novembre 2021. 

La déclaration du général ougandais –  par ailleurs fils aîné du président Museveni –  est jugée prématurée par le gouvernement congolais. Bien que dès le départ, il avait été convenu que les opérations conjointes devaient durer six mois.

 Sans être dans le secret des dieux, l’opinion s’interroge, et à juste titre. Qu’est-ce qui a motivé la décision de l’UPDF, alors que la lutte contre les ADF semble sur la bonne voie? En effet, les bases principales des ADF ont été pilonnées, puis  démantelées sur les versants des monts Ruwenzori, poussant les rebelles à se disperser et à prendre pied en Ituri. Il y a également lieu de reconnaître que depuis plusieurs mois, les tueries dans la région de Beni ont baissé en intensité. Le fameux Triangle de la mort appartient au passé, permettant une circulation quasi normale sur l’axe Mbau-Komanda. Dans ces conditions, le retrait annoncé des militaires de l’UPDF ne peut être appréhendé que par des raisons que le commun des mortels a du mal à cerner.

Sans conteste, il doit y avoir anguille sous roche. Les alliés de circonstance des FARDC ont-ils atteint  leur objectif secret, celui d’éloigner les ADF de la frontière ougandaise ? Ont-ils eu vent des complicités au sein des FARDC, dont certains officiers sont accusés d’entretenir des relations avec les chefs de guerre, livrant à ces derniers armes et munitions ? Ont-ils pris conscience des divergences stratégiques inconciliables, voire déçus entre armées aux idéologies profondément divergentes ? Les pourparlers de Nairobi  entre le gouvernement congolais et les groupes armés, dont le M23 et les ADF sont exclus, ont-ils eu un écho défavorable à Kampala ?

Tant il est d’une évidence bien établie que dans la configuration géopolitique des Grands Lacs,  la présence en terre congolaise de l’UPDF n’est pas étrangère à la résurgence du M23 dans le Nord-Kivu.

Econews