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Et Kabila parla !

L’ancien président Joseph Kabila a rompu son long silence vendredi dernier. Un discours teinté d’amertume, presque d’une blessure d’amour, comme s’il s’adressait à un peuple qui lui aurait tourné le dos trop vite. L’homme qui a dirigé la RDC pendant près de deux décennies, souvent critiqué pour sa gouvernance et son bilan mitigé, semble aujourd’hui rongé par le regret. Non pas celui d’avoir mal servi le pays, mais plutôt celui d’avoir cédé le pouvoir trop facilement en 2019, après un accord avec le Président Félix Tshisekedi.

Kabila se présente aujourd’hui en sauveur, promettant de redonner l’honneur perdu à la République. Mais cette posture suscite plus de scepticisme que d’enthousiasme. Comment, en effet, croire en une offre politique nouvelle de la part d’un homme qui, pendant 18 ans, n’a pas réussi à apporter le sourire qu’il évoque aujourd’hui avec tant de nostalgie ? Comment peut-il prétendre incarner une solution alors que son règne a été marqué par des crises politiques, des accusations de corruption et une gestion opaque des ressources naturelles du pays ?

Son discours manque cruellement de crédibilité. D’un côté, il déplore l’alternance démocratique de 2018, comme si elle avait été une trahison plutôt qu’un processus constitutionnel. De l’autre, il affirme vouloir se battre pour la République, sans préciser comment il compte s’y prendre. Veut-il revenir au pouvoir ? Former une opposition plus vigoureuse ? Ou simplement marquer son influence sur l’échiquier politique congolais ?

La question qui se pose est simple : Joseph Kabila a-t-il vraiment changé, ou cherche-t-il simplement à réécrire l’histoire à son avantage ? Les Congolais, qui ont subi les années de son règne, ont-ils oublié les promesses non tenues, les libertés étouffées, et les espoirs déçus ?

Aujourd’hui, la RDC est engagée dans une nouvelle dynamique, avec ses défauts certes, mais aussi avec une alternance qui, malgré ses imperfections, a permis une certaine ouverture politique. Kabila peut-il réellement rebondir, comme il le prétend, ou son discours n’est-il que le dernier sursaut d’un homme qui refuse de voir son héritage s’effacer ?

Une chose est sûre : le peuple congolais mérite mieux que des promesses creuses et des retours en arrière. Si Kabila veut vraiment servir son pays, il devrait peut-être commencer par reconnaître ses erreurs passées au lieu de se présenter en sauveur autoproclamé. La véritable rédemption politique ne se construit pas sur des regrets, mais sur des actes. Et pour l’instant, le bilan reste à écrire.

Joseph Kabila a parlé, mais il n’a pas convaincu. Son discours sonne comme une tentative de réhabilitation plus que comme un véritable projet pour la RDC. Les Congolais, eux, attendront des preuves avant de croire à un quelconque retour salvateur.

L’histoire jugera, mais la mémoire, elle, n’oublie pas.

Econews