942290D4 8C3A 4354 823A 2D9E2F3040EA jpeg

Deux ans après l’assassinat de Chérubin Okende, le silence de l’État suscite colère et incompréhension

Deux ans après la mort tragique de Chérubin Okende, ancien ministre et figure politique, le silence des autorités congolaises suscite indignation et colère. Alors que la justice avait évoqué un « suicide», sa famille et ses proches, soutenus par Moïse Katumbi, dénoncent un «crime d’État » et réclament vérité et justice. Dans une lettre poignante, la fille du défunt interpelle le Président Félix Tshisekedi, exigeant que la lumière soit enfin faite sur cet assassinat jamais élucidé. L’affaire, symbole des zones d’ombre de la République, devient un test crucial pour la crédibilité des institutions congolaises. 

L’affaire Chérubin Okende, ancien ministre des Transports et député national, brutalement assassiné il y a deux ans à Kinshasa, refait surface après une lettre poignante de sa fille adressée au président Félix Tshisekedi. Alors que les autorités judiciaires avaient évoqué un « suicide », la famille et les proches du défunt dénoncent une version inacceptable et réclament justice. Face au mutisme persistant des institutions, Moïse Katumbi, leader d’Ensemble pour la République, exprime son indignation et exige que la lumière soit faite sur ce qu’il qualifie de « crime d’État ».

Une lettre qui brise le silence

Deux ans après la découverte du corps sans vie de Chérubin Okende sur la route des Poids lourds, non loin des installations de Sep Congo, sa fille Frida a interpellé le chef de l’État dans une missive diffusée sur les réseaux sociaux. Elle y implore une enquête impartiale pour rétablir la vérité et rendre justice à la mémoire de son père.

«Je sollicite votre haute autorité pour que ce dossier fasse l’objet d’un regard nouveau, impartial et humain. Non pour rouvrir des blessures, mais pour qu’une lumière sincère soit enfin faite », écrit-elle, soulignant son espoir que le président agisse «dans le respect de notre Constitution et des valeurs qui fondent notre vivre-ensemble ».

Katumbi dénonce un «crime d’État »

Dans un message publié sur son compte X (ex-Twitter), Moïse Katumbi, président d’Ensemble pour la République – le parti dont Chérubin Okende était un haut cadre –, a relayé la détresse de la famille et fustigé l’inaction des autorités.

«Chérubin Okende nous a été enlevé il y a deux ans », commence-t-il, saluant la mémoire d’un «homme de conviction », engagé pour «la justice, la République et les valeurs de paix». Mais, insiste-t-il, «aucun hommage, aussi sincère soit-il, ne saurait se substituer à la vérité ».

Katumbi dénonce avec fermeté l’impunité entourant ce dossier : «Un crime d’État ne devrait pas se refermer sous le poids de l’oubli. Parce que l’honneur de la République est en jeu. […] Sans justice, aucune paix durable ne pourra s’enraciner dans le pays ».

Une affaire toujours non élucidée

Le 13 juillet 2023, Chérubin Okende était retrouvé mort à bord de son véhicule, une arme à la main. Le procureur général près la Cour de cassation avait rapidement conclu à un suicide, une thèse immédiatement contestée par ses proches, qui évoquent un assassinat politique. Depuis, l’enquête semble au point mort, malgré les demandes répétées de la famille et des organisations des droits de l’homme.

Pour ses soutiens, l’ancien ministre, figure critique du pouvoir en place, aurait été victime d’une exécution ciblée. L’absence de transparence et le manque de volonté politique pour rouvrir le dossier alimentent les suspicions d’une volonté d’étouffer l’affaire.

Cadre du parti politique d’Ensemble pour la République, Me Hervé Diakiese se rappelle aussi de cette triste journée du 13 juillet 2023 : «Il y a deux ans que le corps ensanglanté de Cherubin Okende a été abandonné dans son véhicule. Ce corps truffé de coups de balle post mortem a prouvé qu’il avait été torturé et tué, sans qu’un scénario plausible ne puisse couvrir ses assassins. La « justice » est venue pondre la plus stupide des versions, alléguant sans vergogne, le suicide de la victime ».

L’appel à la mobilisation

La lettre de Frida Okende et la réaction de Moïse Katumbi ont relancé le débat sur l’obligation de vérité et de justice. Les partisans d’Ensemble pour la République, ainsi que plusieurs organisations civiles, exigent la réouverture des investigations.

Alors que la RDC traverse une période politique tendue, ce dossier cristallise les tensions et pose la question de l’indépendance de la justice. Pour beaucoup, le traitement de l’affaire Okende sera un test décisif pour la crédibilité des institutions congolaises.

En l’absence de réaction officielle, la pression monte. La famille, les proches et les défenseurs des droits humains attendent désormais un geste fort du président Tshisekedi. Car, comme le rappelle Katumbi, «ses enfants, sa famille, ses proches ont droit à la vérité. La Nation aussi ».

Hugo Tamusa

31

32