À peine 24 heures après la naissance de la coalition d’opposition C64, créée pour défendre l’ordre constitutionnel, l’UDPS a répliqué en lançant la C4, plateforme militante pour un changement de la Constitution. Ce bras de fer entre les deux camps jette une ombre épaisse sur les élections générales de 2028, que le Président Félix Tshisekedi lui-même a qualifiées d’«hypothétiques » en raison de l’occupation d’une partie du territoire. Ajoutant à la tension, le Chef de l’État n’a pas exclu la possibilité d’un troisième mandat, « si le peuple le demande ». L’opposition promet une mobilisation massive. La guerre politique est bel et bien lancée, et la tenue du scrutin de 2028 plus qu’incertaine.
Le compte à rebours vers 2028 s’ouvre dans un climat de confrontation politique de plus en plus explosif en République Démocratique du Congo. À mesure que s’approche la fin constitutionnelle du second mandat du Président de la République, Félix Tshisekedi, le débat sur le changement de Constitution et l’éventualité d’un glissement électoral prend désormais la forme d’un affrontement frontal entre coalitions politiques rivales.
À peine vingt-quatre heures après la création de la plateforme C64 de l’opposition, présentée comme un front de défense de l’ordre constitutionnel, l’UDPS/Tshisekedi a contre-attaqué avec la naissance de la C4, la « Coalition des Congolais pour le Changement de la Constitution ». Une réplique immédiate qui marque l’ouverture officielle d’une bataille politique dont l’enjeu réel dépasse largement le simple débat constitutionnel : il s’agit désormais du contrôle même du calendrier politique de 2028.
Deux blocs face à face
La déclaration fondatrice de la C4, lue au siège de l’UDPS et signée par Augustin Kabuya Tshilumba, a donné le ton d’une confrontation sans concession.
En revendiquant l’héritage politique de Tshisekedi wa Mulumba Étienne, l’UDPS tente de donner une légitimité historique à son projet de changement constitutionnel. Pour le parti présidentiel, la Constitution actuelle demeure une loi fondamentale « rédigée par les belligérants », une formule longtemps utilisée dans les rangs de l’UDPS pour critiquer les équilibres issus des accords politiques de transition.
La C4 entend ainsi fédérer partis politiques, mouvements associatifs, organisations de la société civile et confessions religieuses autour d’une vaste campagne de sensibilisation nationale en faveur d’une nouvelle Constitution.
En face, la C64 de l’opposition se prépare à transformer la défense de la Constitution du 18 février 2006 en principal cheval de bataille contre le pouvoir. Pour ses animateurs, toute tentative de révision constitutionnelle apparaît désormais comme une stratégie déguisée visant à ouvrir la voie à un maintien prolongé de Félix Tshisekedi au pouvoir.
L’ombre d’un glissement électoral
Mais, derrière la guerre des coalitions se profile surtout une inquiétude grandissante : les élections générales de 2028 auront-elles réellement lieu dans les délais constitutionnels ?
Le doute s’est considérablement renforcé après les déclarations de Félix Tshisekedi lors de sa conférence de presse du 6 mai 2028. Le Chef de l’État avait alors clairement laissé entendre qu’il n’envisageait pas la tenue des élections tant qu’une partie du territoire national resterait occupée par des groupes armés.
Une position lourde de conséquences dans un pays où les conflits sécuritaires dans l’Est servent régulièrement de toile de fond aux tensions politiques nationales.
À cela s’est ajoutée une autre phrase qui continue d’alimenter les spéculations politiques : interrogé sur l’hypothèse d’un troisième mandat, Félix Tshisekedi avait répondu sans ambiguïté : « Si le peuple me le demande, je l’accepterai ».
Pour l’opposition, ces propos constituent désormais la preuve que le débat constitutionnel cache un agenda politique plus large : celui d’une possible prolongation du pouvoir au-delà des limites prévues par la Constitution actuelle.
Le pays semble ainsi entrer dans une phase de campagne politique permanente, deux ans avant l’échéance électorale théorique.
D’un côté, le camp présidentiel tente de structurer un vaste mouvement populaire autour du changement constitutionnel. De l’autre, l’opposition prépare déjà une mobilisation de rue pour barrer la route à toute réforme susceptible de modifier les règles du jeu politique.
Le risque est désormais celui d’une polarisation extrême du débat national, où chaque camp considère l’autre non plus comme un adversaire démocratique, mais comme une menace existentielle pour l’avenir institutionnel du pays. Cette radicalisation progressive pourrait rapidement déplacer le débat du terrain politique vers celui de la confrontation populaire.
Le spectre des crises passées
Pour de nombreux observateurs, les signaux actuels rappellent dangereusement les tensions qui avaient marqué la fin du second mandat de Joseph Kabila entre 2015 et 2018.
À l’époque déjà, les discussions autour du calendrier électoral, de la révision constitutionnelle et du maintien au pouvoir avaient profondément fracturé le pays, provoquant manifestations, répressions et blocages institutionnels.
Aujourd’hui, plusieurs ingrédients semblent à nouveau réunis : débat explosif sur la Constitution ; soupçons de glissement électoral ; tensions sécuritaires persistantes dans l’Est ; radicalisation de l’opposition ; mobilisation politique précoce du pouvoir. À cela s’ajoute une donnée nouvelle : l’apparition de coalitions politiques structurées qui préparent déjà un affrontement politique de longue durée autour de 2028.
Ce qui frappe surtout dans cette nouvelle séquence politique, c’est que la Constitution elle-même est devenue le principal terrain de confrontation.
Pour l’opposition, défendre la Constitution revient à défendre l’alternance démocratique et la limitation des mandats présidentiels.
Pour le camp présidentiel, la révision constitutionnelle est présentée comme une nécessité historique et politique destinée à corriger les faiblesses d’un texte jugé inadapté aux réalités actuelles du pays.
Entre ces deux visions irréconciliables, la marge de compromis paraît de plus en plus étroite.
Au final, la création quasi simultanée de la C64 et de la C4 montre que le débat politique congolais est déjà entré dans une logique de pré-crise électorale.
Plus que les élections elles-mêmes, c’est désormais la possibilité même de leur tenue dans les délais constitutionnels qui devient incertaine.
Le bras de fer entre pouvoir et opposition ne fait que commencer. Mais une chose paraît déjà acquise : les deux prochaines années s’annoncent parmi les plus tendues politiquement depuis l’alternance de 2019.
Hugo Tamusa

