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L’heure de la responsabilité continentale

La décision prise vendredi par les dirigeants africains de fusionner les initiatives de paix pour l’Est de la RDC sous l’égide de l’Union africaine marque un tournant décisif. Pour la première fois depuis des années, le continent s’organise pour porter une réponse unifiée à une crise qui, trop longtemps, a été gérée dans la fragmentation et sous l’influence d’acteurs extérieurs. Cette initiative, impulsée par William Ruto et Emmerson Mnangagwa, représente bien plus qu’une simple coordination régionale : c’est un signal fort de la volonté africaine de reprendre en main son destin.

Le constat dressé par le président kenyan est sans appel : la situation dans l’Est de la RDC n’est pas seulement une tragédie congolaise, mais une menace pour toute la région des Grands Lacs. Entre déplacements massifs de populations, massacres à répétition et exploitation illégale des ressources, ce conflit nourrit une instabilité dont les ramifications s’étendent bien au-delà des frontières de la RDC et du Rwanda.

L’urgence d’une solution africaine s’impose donc, non seulement par souci d’efficacité, mais aussi par nécessité géopolitique.

Jusqu’ici, les processus de paix se multipliaient sans réelle synergie : l’initiative de Nairobi, le dialogue de Luanda, les médiations qatariennes et américaines… Si ces efforts ont permis des avancées ponctuelles – comme la récente déclaration de principe du M23 sur un cessez-le-feu –, l’absence de coordination affaiblissait leur portée. La création d’un cadre unifié sous la bannière de l’UA change la donne. En centralisant les efforts, l’Afrique évite désormais les doublons et les contradictions qui ont souvent miné ses interventions passées.

Reste que cette belle dynamique se heurtera à des obstacles redoutables. D’abord, la question du financement : une mission de paix efficace nécessitera des moyens considérables, alors que les contributeurs traditionnels (USA, UE) semblent en retrait. Ensuite, la méfiance persistante entre Kinshasa et Kigali, alimentée par des accusations mutuelles de soutien aux groupes armés, pourrait gripper le processus. Enfin, il faudra convaincre les multiples factions rebelles – dont les intérêts divergent souvent – de s’engager sincèrement dans la voie du dialogue.

Cette initiative arrive à point nommé. Alors que les États-Unis et le Qatar ont joué un rôle utile en facilitant des accords récents, une paix durable ne pourra venir que d’une solution endogène. L’Afrique a désormais l’opportunité de prouver qu’elle peut résoudre ses crises sans dépendre exclusivement des bons offices occidentaux ou moyen-orientaux.

Le chemin sera long, semé de revers possibles, mais la démarche est la bonne. Comme l’a souligné William Ruto, il s’agit d’un « tournant ». À condition que les dirigeants africains y consacrent les ressources et la volonté politique nécessaires, ce cadre unifié pourrait enfin ouvrir la voie à la stabilisation d’une région meurtrie par trois décennies de violence. L’espoir est permis, mais la vigilance reste de mise.

ECONEWS