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Matata Ponyo en «exil forcé » : le LGD, son parti politique, dénonce une justice « instrumentalisée »

Le LGD & Alliés a brisé deux mois de silence ce samedi pour révéler l’ « exil forcé » de son leader, l’ancien Premier ministre Matata Ponyo, condamné par la Cour constitutionnelle dans l’affaire Bukanga-Lonzo. Lors d’un point de presse, samedi à Kinshasa, les alliés de Matata ont dénoncé un « procès politique » et une justice « instrumentalisée », symptômes, selon eux, d’une dérive autoritaire qui mine l’État de droit. Alors que les tensions politiques s’exacerbent, le LGD tire aussi à boulets rouges sur les accords de Washington et de Doha, qu’il juge « déconnectés des réalités congolaises », tout en exigeant une réponse urgente face au massacre de Komanda. Une sortie médiatique qui met le pouvoir face à ses contradictions, entre répression de l’opposition et incapacité à endiguer la crise sécuritaire.

Après deux mois de silence, le parti Leadership et Gouvernance pour le Développement (LGD & Alliés) a rompu le mutisme ce samedi 2 août lors d’une conférence de presse à Kinshasa. Son secrétaire général, Franklin Tshiamala Manyiku, y a confirmé l’exil de son président national, l’ancien Premier ministre Matata Ponyo Mapon, condamné par la Cour constitutionnelle. Une décision de la Cour constitutionnelle qualifiée de «procès politique » et symptomatique, selon le parti politique, d’un «effondrement de l’État de droit » en République Démocratique du Congo.

Selon lui, l’ancien Premier ministre est bien vivant et sous protection, mais forcé à quitter la RDC à la suite de violations de ses droits constitutionnels.

Un exil politique sous contrainte

«Contraint de fuir une justice aux ordres », Matata Ponyo vit désormais hors du pays, a déclaré Tshiamala, dénonçant un système judiciaire « tribalisé, politisé et corrompu ». Le LGD voit dans cette condamnation une manœuvre pour éliminer un opposant gênant, dans un contexte où « les droits fondamentaux sont bafoués au profit de calculs politiques ».

Poursuivi dans plusieurs dossiers, l’ex-Premier ministre incarnerait, selon ses partisans, la cible d’une «chasse aux sorcières » visant à museler toute opposition crédible. «Ces accusations sont dénuées de fondement juridique et violent clairement la Constitution », a insisté le secrétaire général du LGD, pointant du doigt des motivations «tribales et politiques ».

Le parti a également fustigé les récentes initiatives diplomatiques du pouvoir, jugeant l’Accord de Washington et la Déclaration de Doha «imposés et déconnectés des réalités congolaises ». «Ces textes, négociés sous pression étrangère, ignorent les racines de la crise et risquent d’accélérer la balkanisation du pays », a averti Tshiamala, appelant à un «ressaisissement national ».

Sur le front sécuritaire, le LGD a dénoncé l’inaction face au massacre de Komanda (Ituri), perpétré par les ADF. «Le Gouvernement échoue chroniquement à protéger les populations. Nous exigeons des actes, pas des discours», a-t-il martelé, réclamant une réponse militaire robuste et une coopération internationale renforcée.

Soutien au dialogue, mais sous conditions

Si le LGD appuie le processus de dialogue initié par la CENCO et l’Église du Christ au Congo (ECC), il conditionne son succès à une «refondation totale du contrat social ». « Ce ne doit pas être un marchandage de postes, mais l’occasion de réformer nos institutions et de rétablir un pacte national inclusif », a expliqué Tshiamala, plaidant pour l’implication de toutes les forces vives du pays.

Malgré son éloignement forcé de la RDC, Matata Ponyo «reste engagé dans le combat pour une RDC démocratique », a assuré son parti politique, promettant un retour «en temps opportun». Le LGD en a profité pour lancer un appel solennel au respect des droits humains et à l’indépendance de la justice, seuls garants, selon lui, d’une sortie de crise durable.

Pour rappel, la Cour constitutionnelle, dans une affaire liée au projet agro-industriel Bukanga-Lonzo, a condamné Matata Ponyo le 20 mai 2025 à 10 ans de travaux forcés, assortis d’une inéligibilité pour cinq ans, ainsi qu’à la confiscation de ses biens au prorata des montants détournés, estimés à plus de 156 millions USD dans le dossier principal et 89 millions USD supplémentaires avec le partenaire sud-africain Christo Grobler. La Cour avait aussi ordonné son arrestation immédiate.

Sa défense a toujours dénoncé un arrêt inconstitutionnel, pointant un revirement jurisprudentiel contraire à une décision antérieure où la Cour s’était déclarée incompétente pour juger un ancien Premier ministre. Ce revirement fait l’objet de critiques par les juristes, qui considèrent que la justice s’est érigée en instrument politique plutôt qu’en gardienne de l’équité judiciaire.

Cette sortie médiatique du LGD intervient dans un climat politique tendu, où la répression des opposants et l’instabilité sécuritaire alimentent les critiques contre le pouvoir. La question de l’exil de Matata Ponyo pourrait cristalliser les tensions à l’approche des échéances électorales.

Benny Lutaladio