Au cœur de Kinshasa comme dans ses antennes à travers le pays, l’Agence congolaise de presse (ACP) bourdonne à nouveau comme une ruche en pleine saison. Téléphones qui crépitent, claviers qui martèlent, écrans allumés en continu : l’information vit, circule et se façonne à chaque instant. Née en 1960 dans le sillage de l’indépendance, par la volonté de Patrice-Emery Lumumba, l’ACP a traversé les grandeurs et les tourments de l’histoire nationale, portant la voix d’une RDC conquérante et fière. Après avoir connu l’apogée, puis l’ombre du déclin, l’agence renaît aujourd’hui sous l’impulsion de son actuel directeur général, Bienvenu-Marie Bakumanya Bakwala, qui insuffle un vent de modernisation, de rigueur professionnelle et d’innovation technologique. Déterminée à reconquérir son rôle d’instrument stratégique et de miroir fidèle du destin congolais, l’ACP se réinvente, entre mémoire et avenir.
Tighana Masiala
Dans les couloirs comme dans les parkings, dans la salle de rédaction comme dans les bureaux administratifs, le climat a changé de fond en comble. Le bourdonnement est ininterrompu et ce n’est pas seulement en raison des téléphones qui sonnent sans répit, des briefings qui se suivent, des reporters qui courent dans tous les sens ou des permanents les yeux invariablement rivés sur leurs Smartphones dont les cliquetis ne s’arrêtent pas, ou sur les écrans d’ordinateurs et de téléviseurs intelligents sans cesse allumés.
L’Agence congolaise de presse (ACP) est aujourd’hui une ruche où de centaines de petites abeilles et de fourmis intelligentes s’agitent pour traquer, collecter, traiter et diffuser l’actualité en continu.
Au propre comme au figuré, le fil d’actualité est ici une réalité de plus en plus vivante. Il a un nom qui se décline en plusieurs identités convergentes : professionnalisme, pragmatisme, innovation.
Mais derrière cette identité assumée et contrôlée, il y a une histoire glorieuse, certes de peine, d’efforts et d’engagement. Une histoire du nationalisme d’une RDC conquérante et ambitieuse au cœur de l’Afrique.
L’ACP est assurément la fille aînée de la République démocratique du Congo indépendante. Le premier cri du nouveau bébé lancé au pays et au monde pour assouvir sa soif d’apprendre sur la marche du monde et d’offrir à ce dernier l’image de délivrance, de conquête et de puissance qu’il entend incarner.
Il est symptomatique que ce destin porte, dès le 12 août 1960, la signature du héros de l’indépendance nationale, le Premier ministre Patrice-Emery Lumumba, auteur de l’un des premiers actes de la souveraineté de la RDC. Tout un symbole, puissant dans son engagement comme dans sa portée.
65 ans après, on peut à juste titre s’arrêter pour s’interroger sur ce qui a été fait et ce qui reste à faire. Et constater qu’il n’a pas suffi à la nouvelle agence juste de porter le costume de l’agence coloniale Belga et de reprendre ses activités. Il lui a plutôt fallu se définir une nouvelle identité et une ambition plus nationaliste, en se déployant dans le temps et l’espace. C’est un parcours du combattant qui démarrait. Un parcours qui a, tour à tour, pris les couleurs d’un Etablissement public à caractère technique, administratif et commercial avec personnalité juridique en 1967.
Avant de se muer en entreprise publique en 1981. Imprudemment peut-être. Ce qui est en revanche sûr, c’est que ce parcours est intimement lié à l’évolution politique et administrative d’une RDC qui se cherche et s’assume sur le plan local, en Afrique et dans le monde.
Lorsque la voix du recours à l’authenticité retentit, elle est ainsi portée par une puissante Azap, Agence Zaïroise de Presse, redefinie dans ses missions et ses ressources par un léopard rugissant portant le nom de Mobutu Sese Seko alors à la tête du pays. L’Azap atteint des sommets et toise les grandes agences mondiales comme l’AFP, Reuters, Belga, UPI, Tass, etc. Elle ouvre avec fracas des bureaux somptueux à Bruxelles, Paris, Pékin, Luanda. Elle rivalise avec de grandes agences africaines telles que la maghrébine MAP ou l’angolaise Angop.
Au même moment, elle tisse sa toile sur le territoire national avec des bureaux dans tous les chefs-lieux des provinces et des territoires. C’est l’apogée : en plus de son rôle d’agencier national, l’Azap porte avec elle la mission de véhiculer l’image de la révolution du MPR, parti-Etat.
Pour affiner sa montée en puissance, l’Azap s’inscrit dans une coopération fructueuse avec les grandes agences mondiales. Son rôle central est tel qu’elle reste la première à annoncer les ordonnances courageuses du président-fondateur au sommet de sa gloire, les grandes orientations du Comité central ou les décisions historiques du Bureau politique du Mouvement populaire de la Révolution.
Le changement du régime en 1997 coïncide avec le déclin du rôle prépondérant de l’Agence congolaise de presse. Il est anticipé par le pluralisme politique décrété sept ans plus tôt, en 1990, en même temps qu’éclosent les tentatives de création d’agences privées comme l’Agence de presse africaine (APA), ainsi que les prémisses des réseaux sociaux et des self-medias. La confusion sur le terrain médiatique, combinée au recul de la régulation, installe une ère d’incertitude politique et socio-économique qui ne profite pas à l’épanouissement de l’agence nationale, au moment où le pays s’enferme dans les dogmes idéologiques, les contradictions politiques et les guerres d’agression et de prédation.
L’alternance intervenue en 2019 projette un nouvel éclairage sur le paysage démocratique, reclarifie les rôles sur le paysage médiatique et relance le débat sur la place et la mission de l’Agence congolaise de presse. Le gouvernement redécouvre avec un bonheur certain un outil presque délaissé de la cohésion nationale, et s’extasie de constater que ce dernier peut toujours aller à la conquête du pays profond et projeter une image de renouveau et de rayonnement en Afrique et dans le monde grâce à un instrument irremplaçable.
C’est l’ère de la renaissance qui voit le phénix renaître de ses cendres toujours chaudes, achever sa mue et reprendre son rôle dans le secteur des médias en tant qu’agence nationale en charge de la collecte, du traitement et de la diffusion de l’information, non seulement officielle, mais aussi générale couvrant tous les segments de la vie nationale et d’un monde investi dans la compétition de la mutation technologique, de la modernité et de la globalité.
Cette renaissance se définit avant tout en termes de professionnalisme. En même temps que l’opération-nalisation se caractérise par l’adoption des structures plus professionnelles et l’éjection des bois morts, le recrutement se base désormais sur la formation en journalisme et secteurs apparentés, mais aussi des spécialistes de différents domaines dédiés au décryptage d’une actualité toujours plus pointue.
Le curseur du management a été également placé, avec un volontarisme réaffirmé, sur le volet d’une formation basée sur des recyclages «in situ» réguliers et grâce à l’apport des professionnels de haute volée, des stages soutenus par une coopération plus courageuse avec des agences de renom comme l’Afp et l’Agence Maghrébine de presse, pour ne citer que celles-ci.
Enfin, il y a le volet de l’innovation. Elle implique un effort allant au-delà de la dépêche classique pour proposer la diversification des genres ainsi que l’utilisation des outils les plus pointus de la modernité, tels que le Smartphone, le Laptop, et même l’intelligence artificielle pour anticiper les événements et les discours, traduire les textes et interpréter les graphiques, traquer les fake news, corriger les erreurs.
L’Agence congolaise de presse est désormais armée pour réinventer ses rêves, combler ses ambitions, dépasser ses propres limites et construire son avenir comme celui de son personnel.
Instrument du gouvernement, l’ACP se tient résolument aux côtés de celui-ci pour affronter les défis actuels et ceux qui l’attendent.
L’histoire nous rappelle qu’elle fut un rêve de son fondateur, en 1960, avant de devenir un pilier des régimes qui ont suivi et une véritable vocation pour les professionnels qui l’ont gérée. L’ambition de la renaissance demande, du coup, à être entretenue et consolidée à l’aune des défis multiples qui se profilent devant la RDC. La volonté politique et les ressources sont indispensables pour lancer courageusement les multiples chantiers de la renaissance de la congolaise des informations et la propulser parmi les grandes agences mondiales.
Ce sera aussi cela l’image d’une RDC totalement en contrôle de son image et de son destin, comme de son rayonnement en Afrique et dans le monde.
Bienvenu-Marie Bakumanya Bakwala
Directeur Général

