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Envolée des prix du carburant dans la zone Sud : la facture de guerre des miniers s’envole 

Face à l’explosion des cours mondiaux du brut, le Gouvernement a procédé, ce lundi 16 mars 2026, à un ajustement drastique des tarifs pétroliers pour la zone d’approvisionnement Sud. Réuni sous l’égide du Comité de Suivi des Prix des Produits Pétroliers (CSPPP), cet arbitrage technique impose désormais aux sociétés minières et à leurs sous-traitants une «vérité des prix» sans concession : le litre de gasoil bondit de 1,70 USD à 2,43 USD, tandis que l’essence grimpe à 2,08 USD. Cette révision, dictée par le conflit Iran-États-Unis ayant propulsé le baril à plus de 100 USD, confirme la fin des subventions étatiques pour les opérateurs industriels, isolant ainsi le marché minier des tarifs protégés du secteur domestique.

Alors que le conflit Iran-États-Unis fait flamber les cours du brut, le gouvernement de la RDC a répercuté l’intégralité de la hausse sur les sociétés minières du Sud. Une décision logique sur le plan technique, mais lourde de conséquences pour un secteur déjà sous pression. Pendant ce temps, le consommateur ordinaire, lui, reste sous perfusion budgétaire. Récit d’un ajustement à deux vitesses.

La salle de réunion était comble, ce lundi 16 mars 2026, au siège du ministère de l’Economie. Autour de la table, le Vice-Premier Ministre en charge de l’Economie, la Primature, les Finances, la Banque Centrale du Congo, des douaniers, et les poids lourds du secteur pétrolier : TotalEnergies, Engen, United Petroleum, le groupe SIL. L’ordre du jour était brûlant, à tous les sens du terme. Il s’agissait de trancher une question épineuse : qui doit payer la facture de la nouvelle flambée des prix du pétrole?

La réponse du Comité de Suivi des Prix des Produits Pétroliers (CSPPP) est tombée, claire et nette : ce sera l’industrie minière.

Le baril s’envole, la note s’alourdit

En à peine trois mois, le marché mondial de l’or noir a été secoué par un véritable séisme géopolitique. Les frappes dans le détroit d’Ormuz, les menaces iraniennes sur le trafic maritime, la réponse américaine : l’escalade entre Téhéran et Washington a fait l’effet d’une bombe sur les cours. Le baril, qui s’échangeait à 62,5 dollars en janvier, a franchi allègrement la barre des 100 dollars pour atteindre 103,5 dollars ces derniers jours.

Pour un pays comme le Congo, importateur net de produits raffinés malgré sa production de brut, cette flambée est un choc économique immédiat. Mais le gouvernement a choisi de ne pas l’amortir pour tout le monde. La nouvelle grille tarifaire adoptée lundi en est la traduction mathématique : le litre de gasoil, carburant vital pour les engins miniers et les camions de transport, bondit de 43 %, passant de 1,70 USD à 2,43 USD ; l’essence, utilisée pour les véhicules légers et certains équipements, augmente de 30 %, atteignant 2,08 USD le litre.

En apparence, c’est un simple ajustement comptable. En réalité, c’est l’application stricte d’une doctrine économique adoptée en juillet 2025 : la fin de la subvention pétrolière pour les industries extractives.

La fin de l’âge d’or tarifaire pour les miniers

Jusqu’à l’année dernière, les sociétés minières bénéficiaient, comme les ménages congolais, du bouclier financier de l’État. Chaque litre de carburant importé était subventionné, ce qui permettait de maintenir des prix artificiellement bas. Mais face à la pression sur les finances publiques et aux injonctions du FMI, Kinshasa a opéré une rupture.

Désormais, les miniers et leurs sous-traitants s’approvisionnent « à la vérité des prix ». Une formule qui sonne comme un aveu : le prix « vrai » est celui du marché international, violent et imprévisible, et non celui, lissé et politique, de la pompe domestique.

Cette décision, si elle est financièrement saine pour l’État qui allège sa facture sociale, place les opérateurs miniers dans une position délicate. Car dans la zone Sud, qui concentre une part importante de l’activité extractive du pays (notamment autour de Pointe-Noire et dans le Kouilou), le carburant est le sang de l’économie. Chaque litre supplémentaire payé par les compagnies se répercutera inévitablement sur leurs coûts de production, et donc, à terme, sur leur compétitivité.

Sous-traitants : la variable d’ajustement silencieuse

Si les grandes compagnies comme les membres de la FEC/Sud ou TotalEnergies ont les reins assez solides pour encaisser le choc, qu’en sera-t-il des PME locales, des sous-traitants, des transporteurs indépendants qui vivent au rythme des contrats miniers?

Pour ces acteurs, l’augmentation du gasoil de 73 cents par litre n’est pas une ligne comptable abstraite. C’est la différence entre un voyage rentable et une perte sèche. C’est la menace de voir des camions cloués au garage, des chantiers ralentis, des marges de survie réduites à néant. Le gouvernement, en conviant la Fédération des entreprises du Congo (FEC) à la table des négociations, a sans doute tenté de les rassurer. Mais dans les faits, ces entreprises sont livrées à elles-mêmes, exposées en première ligne aux soubresauts d’un conflit qui se joue à des milliers de kilomètres.

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Le double discours de la subvention

Le contraste est saisissant avec le traitement réservé au marché domestique. Pour le commun des Congolais, qui remplit le réservoir de sa voiture ou de sa moto, rien ne change. L’État maintient sa subvention. Une nécessité sociale absolue dans un pays où le coût de la vie est déjà un combat quotidien, et où une flambée des prix à la pompe pourrait avoir des répercussions politiques immédiates.

Mais cette générosité sélective a un coût. En protégeant les ménages mais en exposant les miniers, le Gouvernement opère un arbitrage clair : le social est une ligne rouge, l’industrie est une variable d’ajustement. Une logique qui pourrait, à terme, créer un déséquilibre. Si l’énergie devient trop chère pour les miniers, l’investissement pourrait se tarir, et avec lui, les recettes fiscales et les emplois. Le cercle vertueux attendu pourrait alors se briser.

Une réunion au sommet pour un ajustement sous haute surveillance

La présence à cette réunion de représentants de la Présidence et de la Primature, aux côtés des ministères de l’Economie et des Finances, témoigne de l’importance stratégique de ce dossier. Il ne s’agissait pas seulement de fixer un prix. Il s’agissait d’envoyer un signal aux investisseurs, aux partenaires internationaux, et aux institutions financières : la RDC tient le cap de ses réformes, quoi qu’il en coûte.

La Banque Centrale du Congo (BCC), via son taux de change applicable « la veille du jour ouvrable de la mise à la consommation », jouera désormais un rôle clé de régulateur silencieux, garantissant que la « vérité des prix » ne soit pas déformée par des manipulations monétaires.

Le prix de la guerre, le coût de la paix sociale

En quelques heures, la réunion du CSPPP a fait bien plus que réviser une grille tarifaire. Elle a redessiné les lignes de fracture d’une économie sous tension. D’un côté, un secteur minier prié d’absorber le choc d’une guerre lointaine. De l’autre, une population maintenue sous cloche, mais dont la dépendance aux subventions pèse chaque jour un peu plus sur les caisses de l’État.

À 2,43 dollars le litre, le gasoil du Sud n’est plus un simple carburant. C’est le symbole d’un choix politique assumé, où la « vérité » n’est pas la même pour tous. Reste à savoir combien de temps les miniers pourront tourner à cette vitesse-là.

A tout prendre, pour protéger le pouvoir d’achat du Congolais moyen, le Gouvernement a décidé de faire porter le fardeau aux miniers de la zone Sud.

Econews