Dans le microcosme politique congolais, on le disait insubmersible. Fin stratège, maître dans l’art des alliances, Modeste Bahati Lukwebo a toujours su retomber sur ses pieds, tel un chat politique aux multiples vies. Mais ce mercredi 18 mars 2026, à 13h00, le deuxième Vice-Président du Sénat joue peut-être la plus dangereuse partie de sa carrière.
Visé par une pétition en béton armé, forte de 83 signatures, lâché par son propre groupe parlementaire et même par le bureau de la chambre haute du Parlement, l’autorité morale de l’AFDC-A semble soudainement bien seul face à ce qui s’apparente à une exécution politique en bonne et due forme.
Dans les couloirs du Palais du peuple, l’ambiance est électrique. Ce mardi 17 mars, un communiqué laconique mais lourd de sens, signé par le Rapporteur Nefertiti Ngudianza, a convoqué une séance plénière dont l’unique objet est l’installation d’une Commission spéciale. Une Commission dont la mission s’apparente à une commission guillotine : examiner la pétition qui réclame la tête de Modeste Bahati.
L’homme qui avait franchi le Rubicon
Pour comprendre comment le fin tacticien a pu se laisser piéger dans ses propres rets, il faut remonter au 10 mars. Ce jour-là, par voie d’un communiqué posté sur la toile, Modeste Bahati présente des excuses. Un aveu de faiblesse rare chez un animal politique aussi aguerri. Mais le mal était déjà fait.
Quelques jours plus tôt, dans un débat brûlant sur la révision constitutionnelle, Bahati avait commis l’irréparable. En appelant à une « discussion au sein de l’Union sacrée », il n’a pas simplement émis un avis. Aux yeux de ses adversaires, il a touché au dogme. Il a osé s’immiscer dans un débat que le Palais considère comme son domaine réservé. Pire, il a manqué de respect, sciemment ou non, à la « Haute autorité politique de l’Union sacrée » : le Président Félix Tshisekedi.
C’est là que le sénateur Dany Kabongo entre en scène. Véritable procureur autoproclamé de la majorité, il lance une fatwa politique contre le leader de l’AFDC-A. En quelques jours, sa pétition recueille, selon ses dires, environ 83 signatures. Un plébiscite négatif qui dépasse très largement le seuil requis et qui transforme une simple querelle de personnes en un réquisitoire collectif.
Le silence assourdissant des alliés
Mais le plus cinglant pour Modeste Bahati n’est peut-être pas l’attaque frontale de Dany Kabongo. En politique, les attaques adverses sont une routine. La véritable douleur, celle qui tue, vient de l’intérieur.
Et de l’intérieur, tout s’est effondré. Le bureau du Sénat, dont il est pourtant le numéro trois, lui a tourné le dos sans broncher. Son propre groupe parlementaire, l’AFDC-A, qu’il a bâti de ses mains et dont il est l’autorité morale, a choisi le silence, sinon la défection. Aucune motion de soutien, aucun barrage. Rien ! Le vide sidéral.
Ce lâchage en règle en dit long sur l’état des rapports de force au sein de l’Union sacrée. Il révèle une vérité que Bahati, pourtant fin analyste, avait peut-être sous-estimée : dans un système où le pouvoir se verticalise, toute parole dissonante, même venue d’un poids lourd, devient une trahison. Et la trahison se paie cash.
L’heure de vérité
Ce mercredi, donc, Modeste Bahati ne joue pas seulement son poste de 2ème Vice-Président. Il joue sa crédibilité, son aura, et peut-être la fin de son influence réelle. Bien sûr, l’homme a des ressources. On l’a vu renaître de ses cendres après la chute de la majorité Kabila, on l’a vu se repositionner avec agilité aux côtés de Tshisekedi. Mais cette fois, le contexte est différent.
La Commission spéciale qui sera installée n’aura qu’un seul objectif : dire si la faute politique est caractérisée et si elle mérite une sanction. Avec 83 pétitionnaires dans le dos et plus aucun soutien institutionnel devant lui, l’issue semble mathématique. La guillotine est en place, le couperet est affûté.
Est-ce que, dans un ultime tour de passe-passe, le « vieux lion » du Kivu trouvera une porte de sortie. Ou si ce mercredi 18 mars restera dans les annales comme le jour où le « Maradona » de la politique congolaise a découvert, trop tard, que la politique est un jeu de dupe où l’on finit toujours par être dupé. La réponse tombera dans l’après-midi. Et elle risque de faire mal.
Hugo Tamusa

