En mission de travail à Bruxelles, cœur politique de l’Union européenne (UE), le Gouvernement congolais a clairement franchi un nouveau palier diplomatique dans son offensive contre Kigali. Face aux eurodéputés et aux responsables européens, Kinshasa ne cache plus son ambition : obtenir de l’Union européenne des sanctions fermes contre le Rwanda et tous les réseaux accusés d’alimenter la guerre dans l’Est de la République Démocratique du Congo.
Le Porte-parole du Gouvernement, Patrick Muyaya, accompagné du Ministre des Droits humains, Samuel Mbemba, a multiplié les échanges avec plusieurs responsables européens, notamment la présidente de l’Assemblée parlementaire paritaire Afrique-Union européenne et ses collègues parlementaires. Au centre des discussions : l’évolution du processus de paix, la détérioration sécuritaire dans l’Est de la RDC ainsi que les graves violations des droits humains imputées aux groupes armés soutenus par Kigali.
Mais au-delà des rencontres diplomatiques, c’est surtout le message porté par Kinshasa qui marque les esprits. Dans une déclaration publiée sur son compte X après ces entretiens, Patrick Muyaya a appelé l’Union européenne à suivre l’exemple des États-Unis en adoptant des mesures coercitives contre l’armée rwandaise et ses soutiens.
« L’Union européenne devrait emboîter le pas aux États-Unis en sanctionnant à son tour l’armée rwandaise et tous ses complices pour les crimes qu’ils continuent de perpétrer sur nos populations », a-t-il martelé.
Par cette sortie particulièrement ferme, Kinshasa veut accentuer la pression internationale sur Kigali, régulièrement accusé par les autorités congolaises et plusieurs rapports onusiens de soutenir la rébellion de l’AFC/M23 qui continue de semer la terreur dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
Le Gouvernement congolais estime désormais que les condamnations diplomatiques ne suffisent plus. Pour les autorités de la RDC, seule une politique de sanctions ciblées contre les responsables militaires, les soutiens financiers et les réseaux économiques impliqués dans l’exploitation illicite des minerais congolais peut contribuer à freiner l’instabilité persistante dans la région.
Dans cette dynamique, Patrick Muyaya a également insisté sur la responsabilité économique de certaines entreprises européennes soupçonnées de profiter indirectement des minerais extraits frauduleusement dans les zones sous contrôle des groupes armés.
Le Ministre a ainsi exhorté l’Union européenne à renforcer les mécanismes de traçabilité des minerais stratégiques et à soutenir davantage les efforts de justice internationale afin de mettre fin à l’impunité qui entoure les crimes commis dans l’Est de la RDC.
Cette offensive diplomatique de Kinshasa intervient dans un contexte où plusieurs capitales occidentales durcissent progressivement leur position face au Rwanda. Pour les autorités congolaises, l’heure n’est plus aux simples appels au dialogue, mais à des actions concrètes capables d’isoler les acteurs impliqués dans la déstabilisation de la RDC.
À Bruxelles, le message de Kinshasa est donc sans ambiguïté : la RDC attend désormais de l’Union européenne qu’elle transforme ses discours de solidarité en décisions politiques fortes contre Kigali et ses relais.
Hugo Tamusa

