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Énergie : face à l’urgence, Kinshasa se tourne vers Luanda pour sécuriser son approvisionnement en électricité

Face à un déficit énergétique chronique, Kinshasa se tourne vers Luanda. La RDC étudie sérieusement l’importation de courant angolais pour alimenter Kinshasa, le Kongo Central et les mines du Grand Katanga. Une délégation congolaise de haut niveau s’apprête à négocier l’opérationnalisation d’un accord déjà signé entre les deux pays. L’annonce a été faite mercredi par le Président de la République, Félix Tshisekedi, lors de sa conférence de presse à la Cité de l’Union africaine. L’Angola, qui dispose d’un surplus électrique de 2 GW, pourrait devenir un fournisseur clé pour la région.

Face à une crise énergétique persistante qui étouffe aussi bien les ménages que les activités économiques, la République démocratique du Congo semble désormais décidée à explorer toutes les pistes capables de réduire le déficit chronique en électricité qui pénalise le pays depuis plusieurs décennies. Malgré son immense potentiel hydroélectrique, considéré parmi les plus importants au monde, la RDC peine encore à assurer une desserte régulière en courant électrique à ses populations et à ses industries.

C’est dans ce contexte particulièrement préoccupant que le Gouvernement congolais envisage sérieusement l’importation de l’électricité à partir de l’Angola afin de renforcer l’alimentation énergétique de Kinshasa, du Kongo Central et des zones minières stratégiques du Grand Katanga.

L’annonce a été faite par le Président de la République, Félix Tshisekedi, lors de sa conférence de presse tenue mercredi 6 mai 2026 à la Cité de l’Union africaine, à Kinshasa. Le Chef de l’État a révélé qu’une importante délégation congolaise de haut niveau se prépare à se rendre à Luanda afin d’engager des discussions approfondies avec les autorités angolaises sur les modalités de cette coopération énergétique appelée à devenir stratégique pour les deux pays.

Une urgence énergétique devenue nationale

Depuis plusieurs années, les délestages répétés plongent régulièrement plusieurs quartiers de Kinshasa et des grandes villes du pays dans le noir. Cette situation affecte gravement les ménages, les hôpitaux, les établissements scolaires, les petites entreprises ainsi que les grandes unités industrielles.

Dans les provinces minières du Grand Katanga, où se concentre une grande partie de la production mondiale du cuivre et du cobalt, l’insuffisance de l’offre énergétique constitue un véritable frein à l’expansion des activités extractives et industrielles. Plusieurs opérateurs miniers sont souvent contraints de recourir à des groupes électrogènes coûteux pour maintenir leur production.

À Kinshasa, ville de plus de quinze millions d’habitants, la demande en électricité ne cesse de croître alors que les infrastructures existantes peinent à suivre le rythme. Les coupures intempestives sont devenues quasi quotidiennes dans plusieurs communes, accentuant les difficultés sociales et économiques des populations.

Dans ce contexte, l’importation de l’électricité apparaît désormais comme une solution pragmatique à court terme pour soulager le réseau national et sécuriser l’approvisionnement des zones les plus stratégiques.

L’Angola, nouvelle puissance énergétique régionale

Le choix de l’Angola n’est pas anodin. Depuis plusieurs années, Luanda a engagé d’importants investissements dans le secteur énergétique, notamment dans l’hydroélectricité et le solaire, avec l’ambition de devenir un fournisseur majeur d’électricité en Afrique australe et centrale.

Selon la Banque africaine de développement, l’Angola dispose actuellement d’environ 1,5 gigawatt d’énergie hydroélectrique propre non utilisée. Cette capacité devrait même atteindre près de 3,5 gigawatts d’ici 2027 grâce aux différents projets en cours de réalisation.

Parmi les initiatives phares figure notamment la construction par Sun Africa d’un parc solaire de 700 mégawatts financé par la Banque d’exportation et d’importation des États-Unis (US EximBank). Ce projet devrait considérablement renforcer les capacités énergétiques angolaises et permettre au pays de disposer d’un important surplus destiné à l’exportation.

Aujourd’hui, l’Angola disposerait déjà d’une offre excédentaire de plus de 2 gigawatts qu’il envisage de vendre à ses voisins, principalement la RDC et la Zambie, confrontés à des problèmes récurrents d’approvisionnement énergétique.

La ligne Inga-Shaba au cœur du projet

Selon les orientations évoquées par les autorités congolaises, l’électricité angolaise pourrait transiter par la ligne haute tension Inga-Shaba afin d’alimenter les provinces du Kongo Central, la ville de Kinshasa ainsi que les industries minières du Grand Katanga.

Cette perspective est perçue comme une opportunité importante pour stabiliser l’approvisionnement des centres industriels et réduire la pression sur le réseau national.

Pour plusieurs observateurs, cette coopération pourrait également contribuer à limiter les pertes économiques liées aux interruptions de courant qui affectent la productivité des entreprises et découragent certains investissements.

L’opérationnalisation de cette interconnexion énergétique devrait constituer l’un des principaux dossiers de la mission gouvernementale annoncée à Luanda.

Un accord déjà signé entre Kinshasa et Luanda

La volonté de coopération énergétique entre les deux pays ne date pas d’aujourd’hui. L’année dernière déjà, la RDC et l’Angola avaient signé un accord d’interconnexion électrique visant à renforcer les échanges énergétiques entre les deux États.

La mission congolaise annoncée par le Président Félix Tshisekedi devrait donc permettre d’accélérer la mise en œuvre concrète de cet accord, notamment sur les aspects techniques, financiers et logistiques liés à l’exportation de l’électricité angolaise vers la RDC.

Cette dynamique illustre par ailleurs le réchauffement spectaculaire des relations entre Kinshasa et Luanda ces dernières années. Les deux capitales multiplient désormais les initiatives communes dans les domaines sécuritaire, commercial, économique et énergétique.

Une contradiction qui interpelle

Cette situation soulève néanmoins une interrogation majeure : comment la RDC, souvent présentée comme un « scandale géologique » et dotée du plus grand potentiel hydroélectrique d’Afrique grâce au site d’Inga, peut-elle se retrouver contrainte d’importer de l’électricité auprès de ses voisins ?

Pour de nombreux experts, cette réalité met en lumière les limites structurelles du secteur énergétique congolais, marqué depuis des décennies par le sous-investissement, la vétusté des infrastructures, les pertes techniques considérables et le retard accumulé dans la modernisation du réseau national.

Alors que le potentiel énergétique du fleuve Congo pourrait théoriquement alimenter une grande partie du continent africain, une large majorité de Congolais vit encore sans accès régulier à l’électricité.

Le recours à l’importation de courant apparaît ainsi comme une mesure d’urgence destinée à répondre aux besoins immédiats du pays, en attendant l’aboutissement des grands projets nationaux de production et de distribution d’énergie.

Un enjeu stratégique pour l’économie congolaise

Au-delà de l’aspect technique, la question énergétique constitue aujourd’hui un enjeu central pour l’avenir économique de la RDC.

L’électricité est indispensable au développement industriel, à la transformation locale des minerais, à la création d’emplois ainsi qu’à l’amélioration des conditions de vie des populations. Sans une offre énergétique stable et suffisante, les ambitions de diversification économique et d’industrialisation portées par les autorités congolaises risquent de rester limitées.

Pour les opérateurs économiques, la stabilisation du réseau électrique représente également un signal important susceptible de renforcer l’attractivité du pays auprès des investisseurs étrangers.

L’ouverture vers l’Angola pourrait ainsi constituer une étape décisive dans la stratégie de sécurisation énergétique de la RDC, tout en renforçant l’intégration régionale entre les deux pays.

En attendant la concrétisation de ce partenariat, les regards restent tournés vers la mission gouvernementale annoncée à Luanda, dont les conclusions pourraient ouvrir une nouvelle page dans la coopération énergétique entre Kinshasa et l’Angola.

Francis N.

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