
Vingt États africains ont franchi mercredi à New York une étape majeure dans la lutte contre le recrutement et l’exploitation des enfants dans les conflits armés. Réunis au niveau des ministres des Affaires étrangères, ils ont inauguré la phase de signature de la Convention africaine sur le désarmement, la démobilisation et la réintégration des enfants soldats. Un instrument inédit qui entend faire émerger une réponse africaine aux drames africains.
L’Afrique veut désormais prendre en main son propre combat contre le fléau des enfants soldats. C’est le message fort qui ressort de la cérémonie organisée mercredi à New York, en marge de la semaine de haut niveau de la 81ᵉ session de l’Assemblée générale des Nations unies.
Une vingtaine d’États africains ont entamé, au niveau ministériel, la signature de la Convention africaine sur le désarmement, la démobilisation et la réintégration des enfants soldats. La cérémonie, organisée au siège de la Mission permanente du Royaume du Maroc auprès des Nations unies, a été présidée par le ministre marocain des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger, Nasser Bourita.
Au-delà de la portée juridique du texte, l’événement marque surtout une volonté politique : faire émerger une réponse continentale, pensée en Afrique et adaptée aux réalités africaines, face au recrutement des enfants dans les conflits armés.
L’Afrique veut produire ses propres normes
Pour Nasser Bourita, cette Convention constitue une démonstration de la capacité du continent à agir collectivement et à parler d’une seule voix. Le ministre marocain a notamment insisté sur la portée normative du nouvel instrument, estimant qu’il permet au continent de « créer ses propres normes au lieu de continuer à les importer ».
Une inflexion qui donne à cette Convention une portée dépassant la seule question des enfants soldats. Elle traduit également une volonté d’appropriation africaine des mécanismes de prévention et de résolution des crises qui affectent le continent.
Le texte constitue ainsi le premier instrument conventionnel africain prévoyant une coopération régionale spécifiquement consacrée à la prévention et à la lutte contre l’enrôlement des enfants dans les groupes armés, tout en intégrant leur prise en charge dans les processus de désarmement, de démobilisation et de réintégration.
De l’enfant combattant à l’enfant citoyen
L’ambition de la Convention ne s’arrête pas au désarmement. Car retirer une arme des mains d’un enfant ne suffit pas à effacer les traumatismes, les ruptures familiales et sociales ou les années perdues dans les groupes armés.
C’est précisément sur cette dimension que le nouvel instrument entend agir. Il prévoit un cadre de coopération permettant aux États africains de partager leurs expériences, leurs bonnes pratiques et leurs mécanismes de prise en charge afin de favoriser une réintégration durable des enfants dans leurs communautés.
L’objectif est de transformer le processus de DDR en véritable passerelle vers une nouvelle vie. Formation, accompagnement, réintégration familiale et communautaire : la logique consiste à éviter que les enfants sortis des groupes armés ne retombent dans les mêmes réseaux de violence ou ne soient marginalisés par leurs propres communautés.
La Convention se situe ainsi au croisement de deux impératifs : la paix et la sécurité, d’une part, et la protection de l’enfance, d’autre part.
Dans un continent confronté à plusieurs foyers de conflits armés, la question du recrutement des enfants dépasse largement les frontières nationales. Les groupes armés, les déplacements de populations et les crises transfrontalières peuvent faciliter le recrutement, le déplacement et l’exploitation des mineurs.
D’où l’importance d’un mécanisme régional permettant aux États de mieux coordonner leurs réponses. L’instrument veut précisément favoriser cette solidarité continentale en facilitant l’échange d’informations, d’expériences et de pratiques entre les pays confrontés à ce phénomène.
De Rabat à New York, un processus africain prend forme
La signature de la Convention constitue l’aboutissement d’un processus engagé à Rabat le 20 novembre 2025, lors de la Conférence ministérielle consacrée au désarmement, à la démobilisation et à la réintégration axés sur l’enfant.
Cette rencontre avait conduit à l’adoption de la Déclaration de Rabat, avant l’ouverture de consultations avec des experts africains spécialisés dans les processus de DDR et la collecte des contributions des États sur le projet de Convention.
Le texte présenté à New York est donc le produit d’un processus se voulant inclusif, nourri par les contributions des gouvernements africains, d’experts, de praticiens de terrain et de spécialistes des questions juridiques et politiques. Cette méthode vise à faire de la Convention un instrument enraciné dans les réalités du continent plutôt qu’un simple texte de principe.
L’ouverture de la phase de signature constitue certes une étape importante. Mais le véritable test se situera dans la mise en œuvre. Car entre l’adoption d’un instrument juridique et son application effective, le chemin peut être long. La réussite de cette initiative dépendra notamment de la volonté des États de traduire leurs engagements en politiques publiques, en programmes de prise en charge et en moyens concrets consacrés à la réintégration des enfants affectés par les conflits.
L’enjeu est désormais de faire de cette Convention autre chose qu’un engagement diplomatique de plus.
À New York, l’Afrique a affiché son ambition de parler d’une seule voix contre l’utilisation des enfants comme instruments de guerre. Reste maintenant à faire de cette volonté collective une protection effective pour ceux qui ont été arrachés à l’enfance par les conflits. Car désarmer un enfant, c’est arrêter la guerre dans ses mains. Le réintégrer, c’est empêcher qu’elle ne continue dans sa vie.
Econews


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