Après le consensus de Luanda : P. Muyaya : «Le défi, c’est de s’assurer que ce qui a été convenu soit appliqué»

Le Rwanda et son président, Paul Kagame, sont pratiquement dos au mur. Sur le plan diplomatique, Kigali accumule des revers qui ont enlevé tout contenu à son discours de victimisation par lequel il justifie son soutien aux terroristes de M23. Mercredi à Luanda (Angola), à l’initiative du président angolais João Lourenço, un accord a été signé, assorti d’un chronogramme précis et d’un échéancier bien calé pour contraindre le M23 à adhérer au processus de paix.
Déjà, ce vendredi à 18h, heure de l’Est de la République Démocratique du Congo, les terroristes de M23 doivent mettre fin à leurs attaques contre les positons des FARDC (Forces armées de la RDC) et de la Monusco. Au plus tard dimanche, soit deux jours après cet ultimatum, le M23 doit se retirer des localités qu’il a conquises pendant son avancée, avant le retour dans une semaine des déplacés de guerre dans les zones libérées. C’est le consensus qui s’est dégagé à Luanda, dans un document engageant autant l’initiative régionale de l’EAC (Communauté des Etats de l’Afrique de l’Est) que l’Union africaine, agissant via la CIRGL (Conférence internationale de la région des Grands Lacs).
Jeudi soir, dans un briefing spécial, le vice-Premier ministre (VPM) en charge des Affaires étrangères, Christophe Lutundula, et le porte-parole du Gouvernement, Patrick Muyaya, étaient devant la presse pour élucider tous les contours du consensus de Luanda.
Même si tout s’est passé sans le président Paul Kagame, représenté, pour la circonstance, par son ministre des Affaires étrangères, Vincent Biruta, à Kinshasa, on reste optimiste, convaincu qu’un pas important vient d’être franchi pour le retour de la paix dans le territoire de Rutshuru.
Que se passera-t-il alors si le M23 ne s’exécute pas à partir de ce vendredi ? Le VPM Lutundula s’est montré serein. Le consensus de Luanda, dit-il, est assorti des contraintes si bien qu’en cas de résistance, la Force régionale de l’EAC est là pour contraindre les uns et les autres.
«Ce qui reste à faire, c’est la mise en œuvre pour matérialiser ce consensus », note-t-il. Selon lui, la rencontre de Luanda a la particularité de déblayer le terrain pour donner une chance aux pourparlers de Nairobi. « C’est la première fois que le processus de Luanda et Nairobi dégage une perspective commune sur ce qu’il faut faire », rappelle-t-il.
De l’avis du VPM Lutundula, l’aboutissement du consensus de Luanda dépend de la bonne foi des parties signataires : «Il y a aussi la garantie de bonne fin : est-ce que ce qui a été dit sera appliqué ?».

«Sans naïveté ni faiblesse»
Quoi qu’il en soit, le VPM Lutundula a fait remarquer que Kinshasa a adhéré de bonne foi au consensus de Luanda. «Cet accord, nous l’avons signé sans naïveté ni faiblesse. Si le Rwanda ne s’y inscrit pas, la communauté internationale prendra acte que le Rwanda ne veut pas la paix. Quoi qu’il en soit, nous devons rester vigilant », a-t-il précisé, soulignant qu’ «à Luanda, il y a une garantie sécuritaire et militaire qui rejoint le processus de Nairobi».
Dans tous les cas, le porte-parole du Gouvernement a tenu à dissiper quelques malentendus autour de la Force régionale : «La Force régionale ne remplace pas les FARDC. Elle vient juste appuyer les forces loyalistes », tranche Patrick Muyaya. Au VPM Lutundula de renchérir : «En rapport avec la Force régionale, ce qui compte, ce sont les règles de jeu (…) En Afrique, on n’a plus besoin de Chef d’Etat conquérant ».
A tout prendre, le porte-parole du Gouvernement considère que «le Rwanda est en train de s’isoler sur le plan diplomatique». Avant de rappeler avec insistance : «Le défi, c’est de s’assurer que ce qui a été convenu soit appliqué».
Quant au rapport avec la France où une certaine opinion presse Kinshasa de quitter la Francophonie, le VPM Lutundula, tout comme le porte-parole du Gouvernement, ont balayé d’un revers cette hypothèse.
«Le retrait de la Francophonie n’est pas à l’ordre du jour. Notre appartenance à la Francophonie est constitutionnelle », a fait observer Christophe Lutundula. Toutefois, il note qu’ « Il est de l’intérêt des dirigeants de la France de prendre en compte ce ras-le bol. Notre souhait est que la France soit plus active dans la crise congolaise qui rime avec la fin de l’agression du Rwanda ».
Preuve que les lignes bougent, la France va porter au Conseil de sécurité des Nations Unies la résolution sur la levée de l’embargo sur les armes qui pèse sur la RDC.

Econews