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Dynamique des prix, taux de change et finances publiques à fin mars 2026 : une lecture de Congo Challenge 

Inflation en décélération apparente, taux de change sous pression, réserves de change en baisse et finances publiques marquées par l’opacité de certaines dépenses : le Mensuel de Congo Challenge pour mars 2026 dresse le portrait contrasté d’une économie congolaise qui semble stabilisée en surface, mais qui révèle des vulnérabilités structurelles préoccupantes. Relecture de Congo Challenge.

Alors que la Banque centrale du Congo (BCC) affiche sa confiance dans le respect de sa cible indicative d’inflation à 7 % en glissement annuel, les projections du think tank Congo Challenge pour le mois de mars 2026 invitent à une lecture plus nuancée. Certes, la hausse des prix reste modérée, mais plusieurs indicateurs – dépréciation du franc congolais, érosion des réserves de change, et opacité de certaines dépenses publiques – suggèrent que la stabilité macroéconomique demeure fragile. L’analyse de Congo Challenge, fondée sur les données hebdomadaires et mensuelles disponibles, met en garde contre un excès d’optimisme.

 

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Dynamique des prix

Les projections de Congo Challenge indiquent que la dynamique de l’inflation en mars 2026 se serait accélérée, bien que largement en deçà de la cible de la Banque Centrale du Congo (BCC), en glissement annuel. Comme l’indique le tableau ci-dessous, les prix continueraient d’augmenter très légèrement au fil des semaines, indiquant une légère accumulassions des prix à court terme.

En effet, pour ce qui est du taux d’inflation hebdomadaire, il table sur une inflation de 0,20% à la quatrième semaine du mois de mars 2026, soit une baisse de 57,14% comparée à celui enregistré à la clôture de février 2025 où ce taux s’était fixé à 0,13%. Ceci se traduit par une légère accumulation du rythme de formation des prix à court terme, probablement influencée par des ajustements saisonniers des prix des denrées et des services à forte pondération dans l’indice des prix notamment la hausse des prix de pétrole.

Quant au taux d’inflation cumulée, il se fixerait à 2,33% à la quatrième semaine de mars 2026 contre 1,61% un mois plutôt, soit une variation positive de 44,92%.

S’agissant de l’inflation en glissement annuel et annualisée, les projections de Congo Challenge indiquent qu’elle s’établirait à 2,24% à la fin mars 2026, restant ainsi bien en dessous de la cible indicative de 7 % de la BCC. Bien que les données affichent une forte pression inflationniste au mois de mars, la stabilité relative des prix reflète l’effet combiné de plusieurs facteurs : instabilité du taux de change (pass through), qui limite l’accumulation des pressions inflationnistes importées et soutient le pouvoir d’achat des ménages ; coordination entre la Banque Centrale du Congo et le gouvernement, traduite par un le respect du pacte de stabilité; absence de chocs de prix sur les produits importés, en particulier l’énergie et les denrées alimentaires, principaux vecteurs de volatilité des prix à la consommation.

Dans l’ensemble, les anticipations d’inflation à moyen terme demeurent bien ancrées, illustrant une baisse des tensions sur les coûts de l’énergie et des produits alimentaires.

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Taux de change et réserves de change

En mars 2026, le marché des changes a enregistré une évolution contrastée. Sur le marché interbancaire, le taux de change s’est légèrement déprécié, s’établissant à 2.284,36 CDF/USD à la quatrième semaine du mois contre 2.205,17 CDF/USD à fin février 2026, soit une dépréciation de 3,59%.

De même, sur le marché parallèle, le franc congolais s’est déprécié, avec un taux atteignant 2.303,75 CDF/USD contre 2.294,07 CDF/USD le mois précédent, soit une dépréciation de 0,42%. Par ailleurs, les réserves de change se sont établies à 7.272,92 millions USD, en baisse de 0,6%, portant la couverture des importations à 2,79 mois.

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Finances publiques

Les données fournies par la Banque Centrale du Congo dans son tableau de suivi des opérations financières de l’État, font état des recettes mensuelles s’élevant à 1.605,2 milliards de CDF, essentiellement mobilisé par les régies financières. Les dépenses quant à elles se sont chiffrées à 2.599,8 milliards pour ce mois.

Les recettes mensuelles de l’État ont été mobilisées de la manière suivante : la Direction Générale des Impôts (DGI) a contribué à hauteur de 631,7 milliards de CDF ; la Direction Générale des Douanes et Accises (DGDA) a mobilisé 578,5 milliards de CDF ; enfin, la Direction générale des recettes administratives et domaniales (DGRAD) a mobilisé des recettes de l’ordre de 395,0 milliards de CDF.

La structure des dépenses publiques en février 2026 met en évidence une prédominance des charges courantes, avec des rémunérations s’élevant à 1.086,3 milliards de CDF, traduisant la rigidité de la dépense publique. Toutefois, l’élément le plus préoccupant réside dans le niveau particulièrement élevé des autres dépenses (1.476,5 milliards de CDF), largement supérieur aux dépenses salariales. Cette catégorie résiduelle, par définition et peu détaillée, soulève des enjeux importants de transparence et de lisibilité budgétaire.

Comme le souligne le cadre de transparence des finances publiques du FMI, une ventilation insuffisante des dépenses limite la traçabilité des ressources et affaiblit les mécanismes de contrôle, rendant plus difficile l’évaluation de l’efficacité de la dépense publique.

Au-delà du niveau global des dépenses, c’est leur composition et leur degré de transparence qui conditionnent la qualité de la politique budgétaire. Malgré une charge d’intérêt relativement contenue (37,0 milliards de CDF), l’amélioration de la gouvernance budgétaire apparaît essentielle pour renforcer la discipline, la crédibilité et l’impact économique des finances publiques.

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Conclusion : une stabilité à consolider d’urgence

De l’avis d’EcoNews, Congo Challenge ne remet pas en cause la relative modération de l’inflation, mais il alerte sur les fragilités sous-jacentes : dépréciation monétaire, réserves en baisse, et opacité des finances publiques. Pour que la stabilité macroéconomique devienne durable, plusieurs chantiers s’imposent : renforcer la transparence budgétaire en détaillant la catégorie des « autres dépenses»; maintenir une coordination étroite entre la BCC et le Trésor pour éviter les tensions sur le marché de change ; préparer des mesures correctrices en cas de choc extérieur (prix du pétrole, tensions géopolitiques).

À défaut, la fragile accalmie actuelle pourrait s’inverser rapidement, exposant l’économie congolaise à une résurgence de l’inflation et à une pression accrue sur le franc congolais.

Avec Congo Challenge (Mensuel n°107, mars 2026)