Le Ministre des Finances, Doudou Fwamba, a conquis la presse par sa pédagogie et sa transparence après l’émission historique « Mbote » d’un eurobond de 1,25 milliard USFD. Reste désormais à relever le défi majeur : utiliser rationnellement ces fonds pour des projets structurants, avant l’échéance des premiers remboursements en 2032.
Le 9 avril 2026 restera une date charnière pour la République Démocratique du Congo. Ce jour-là, le pays a réussi son entrée sur le marché financier international en émettant son tout premier eurobond, baptisé « Mbote », d’un montant de 1,25 milliard USD. Une opération audacieuse portée par le Ministre des Finances, Doudou Fwamba Likunde Li-Botayi, qui a ensuite choisi de se soumettre à l’épreuve de la redevabilité.
Lundi, au Centre financier de Kinshasa, le patron des finances publiques a livré un véritable grand oral devant la presse. Pari réussi : franc-parler, diaporama pédagogique, réponses sans esquive. Il a dissipé les malentendus, rassuré sur la maîtrise de la dette extérieure (ratio dette/PIB maintenu à 18,1 %) et rendu hommage au Président de la République, Félix Tshisekedi, dont la vision a balisé cette voie.
« Nous ne célébrons pas 1,25 milliard USD, nous célébrons la crédibilité retrouvée de la RDC », a martelé Doudou Fwamba. Une déclaration qui résume l’essentiel : au-delà du montant, c’est la confiance des investisseurs dans les réformes engagées qui est saluée.

Des ressources fléchées vers sept projets structurants
Le Ministre a détaillé l’affectation des fonds : modernisation des infrastructures, énergie, mobilité urbaine, appui au développement économique. Sept projets structurants, choisis pour leur impact direct sur la population. Il a également souligné que les conditions obtenues par la RDC – notamment le taux d’emprunt – sont compétitives, voire meilleures que celles de certains pays africains comme l’Angola.
Pourtant, l’euphorie de la réussite ne doit pas masquer l’essentiel : l’avenir. Et sur ce point, Doudou Fwamba a fait preuve d’une lucidité rare. Il a reconnu, sans détour, les défis colossaux qui attendent le Gouvernement.
Les trois grands défis d’une gestion vertueuse
Premier défi : l’utilisation rationnelle des fonds. Le ministre l’a répété : ces 1,25 milliard USD ne doivent pas être dilués dans des dépenses courantes ou des projets fantômes. Ils doivent impérativement alimenter des investissements productifs, générateurs de croissance et d’emplois. La tentation sera grande, dans un pays aux besoins immenses, de détourner ces ressources vers d’autres urgences. La rigueur devra être absolue.
Deuxième défi : la transparence et le contrôle. Le gouvernement s’est engagé à une gestion « rigoureuse, transparente et orientée vers l’impact ». Cela suppose un suivi citoyen, des audits réguliers et une traçabilité sans faille. Le ministre devra résister aux pressions clientélistes et imposer une discipline budgétaire exemplaire.
Troisième défi, et non des moindres : l’horizon des remboursements. La RDC dispose d’une fenêtre de tir jusqu’en 2032 avant les premières échéances, qui s’étaleront jusqu’en 2037. Cela laisse six ans pour que les projets structurants génèrent des retours sur investissement suffisants – recettes fiscales, gains de productivité, croissance du PIB – afin d’honorer la dette sans asphyxier le budget national.

Un Ministre lucide et un pari à tenir
Doudou Fwamba a joué sa partition avec brio. Il a ouvert une voie historique, redonné confiance aux marchés et posé un jalon essentiel pour le financement du développement. Mais il sait que l’histoire jugera moins l’émission que ce qui en sera fait.
« Nous avons joué notre partition », a-t-il dit. Reste à jouer la suivante, la plus difficile : celle de la gestion exemplaire. Si la RDC réussit ce pari, l’eurobond « Mbote » deviendra un modèle. Si elle échoue, il pourrait se transformer en boulet financier.
Le Ministre des Finances a prouvé qu’il savait convaincre. Il doit maintenant prouver qu’il sait piloter. La presse et le peuple congolais veilleront.
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