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Expulsés des Etats-Unis : arrivée à Kinshasa d’un lot de 15 migrants aux nationalités douteuses

Une interview télévisée, un plateau chic, une question anodine en apparence. Et soudain, le malaise. De retour des assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale à Washington, la Première ministre, Judith Suminwa Tuluka, a fait escale à Paris. L’occasion pour TV5 Monde de l’interroger sur l’actualité brûlante du pays. Mais le journaliste a posé la question qui fâche : «Madame la Première ministre, quelle est la nationalité des 15 migrants que la RDC a accepté de recevoir, expulsés des États-Unis ? »

Silence, hésitations, puis des réponses fuyantes. La cheffe du Gouvernement congolais a perdu son sang-froid, balbutiant des explications contradictoires. Bilan : personne ne sait, à ce jour, si ces quinze personnes sont congolaises, étrangères, apatrides, ou même simplement identifiées. Une mise au jour brutale d’un précédent diplomatique inquiétant : la RDC a ouvert ses portes à des expulsés américains sans exiger au préalable la moindre preuve de leur nationalité.

LE GRAND FLOU : DES MIGRANTS «EN TRANSIT» VERS NULLE PART

Selon les déclarations mêmes de Judith Suminwa, ces 15 individus ne seraient que «de passage» en RDC, en attendant une «destination finale»… elle aussi inconnue. Un trou noir juridique et administratif.

Accepte-t-on des personnes sur son sol sans savoir qui elles sont, d’où elles viennent, ni où elles vont? Le gouvernement congolais semble avoir signé un chèque en blanc aux autorités américaines, sans contrepartie ni transparence.

Pour l’opinion publique congolaise, c’est la stupéfaction. Comment un État souverain, déjà fragilisé par des décennies de crises sécuritaires et migratoires internes, peut-il se permettre d’accueillir des étrangers dont même le chef du gouvernement ignore la nationalité ?

L’affaire révèle en réalité un dilemme bien plus profond, dans lequel la RDC est prise au piège.

D’un côté, le devoir de coopération avec les États-Unis. Washington est un partenaire stratégique – militaire, économique et diplomatique. Refuser d’accueillir des expulsés, même sans garanties, pourrait être perçu comme un affront, et risquerait de compromettre des financements ou des appuis sécuritaires (notamment dans l’Est du pays). Le gouvernement congolais, fragile et en quête de légitimité internationale, n’a probablement pas osé dire non.

De l’autre côté, il y a l’impératif de souveraineté et de dignité nationale. Accepter des personnes sans connaître leur nationalité, c’est renoncer à contrôler ses frontières. C’est aussi prendre le risque d’introduire sur le territoire des individus potentiellement dangereux, sans aucun suivi. C’est, enfin, envoyer un signal désastreux aux citoyens congolais : l’État est prêt à plier devant les grandes puissances, quitte à bafouer ses propres lois.

Mais il y a aussi le volet humanitaire : ces 15 personnes sont-elles de véritables migrants, des demandeurs d’asile déboutés, des criminels expulsés ? Personne ne le sait. En les acceptant sans conditions, la RDC endosse une responsabilité aveugle. Et si parmi eux se trouvaient des victimes de traite humaine ? Ou au contraire, des individus fichés pour terrorisme ? L’absence d’information est en soi une faute.

AU-DELA DE SUMINWA

Mais le problème dépasse la personne de Judith Suminwa. C’est tout l’appareil d’État qui semble pris de court. Aucun ministère (Affaires étrangères, Intérieur, Justice) n’a été capable de fournir une fiche signalétique sur ces 15 migrants. La RDC fonctionne-t-elle encore comme un État de droit ? Ou bien les décisions se prennent-elles dans l’urgence, au fil des pressions diplomatiques ?

L’affaire des 15 migrants sans nationalité apparente est plus qu’un simple cafouillage médiatique. C’est le révélateur des faiblesses structurelles d’un État qui, par manque de moyens ou de volonté, abdique face aux grandes puissances. La RDC mérite mieux que ce flou juridique. Ses citoyens méritent un gouvernement qui sait dire «non» quand la dignité nationale est en jeu.

En attendant, les quinze fantômes de Kinshasa restent une énigme. Et une question demeure, lancinante : combien d’autres «lots» vont suivre, sans que personne ne sache jamais qui ils sont ?

Francis N.

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