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Fissures internes, guerre d’égos et dérive autoritaire : Ça chauffe à l’UDPS ! Augustin Kabuya et Peter Kazadi se liguent contre André Mbata

A l’UDPS/Tshisekedi, le parti présidentiel, ce qui n’était au départ qu’un différend personnel aux allures anodines se mue désormais en une crise politique révélatrice des lignes de fracture au sein du parti. L’affrontement ouvert entre André Mbata et Peter Kazadi, rapidement amplifié par l’intervention musclée de Augustin Kabuya, expose au grand jour des rivalités de pouvoir, des querelles de légitimité et une lutte d’influence interne de plus en plus difficile à contenir. Sur fond de bataille stratégique autour de la province du Sankuru, cette escalade verbale et politique met en lumière un parti présidentiel traversé par des tensions profondes, où les ambitions individuelles semblent désormais primer sur la cohésion. En filigrane, c’est l’autorité de Félix Tshisekedi qui est interpellée, appelée à trancher pour éviter que ces fissures naissantes ne se transforment en véritable fracture au sommet de l’État.

Ce qui n’était qu’un murmure dans les couloirs du siège de Limete est devenu un séisme à ciel ouvert. L’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), parti présidentiel et matrice du pouvoir en République Démocratique du Congo, est en train de se déchirer sous les yeux de ses militants. En cause : une vendetta à trois voix entre André Mbata, secrétaire permanent de l’Union sacrée de la nation (USN), Peter Kazadi, haut cadre influent du parti, et Augustin Kabuya, secrétaire général et président intérimaire de l’UDPS. Une bataille qui n’est plus seulement personnelle, mais idéologique, révélatrice des fragilités béantes d’un parti qui se croyait invincible.

Tout est parti d’une querelle électorale, comme souvent au Congo. Dans la province du Sankuru, André Mbata a réussi l’impensable : imposer son propre candidat au poste de Gouverneur, défiant ouvertement le candidat officiel investi par l’UDPS/Tshisekedi. Un coup de force, perçu comme une trahison par la hiérarchie du parti. Depuis, la guerre des nerfs n’a cessé de s’intensifier.

Sur un groupe WhatsApp, les échanges entre Peter Kazadi et André Mbata ont atteint un degré de violence verbale rare, même dans les arènes politiques congolaises. Insultes, menaces voilées, règlements de comptes : le torchon brûle. Mais c’est l’intervention d’Augustin Kabuya qui a tout basculé. En lieu et place d’apaiser les esprits, le numéro un intérimaire du parti a choisi son camp : celui de Peter Kazadi. Pire, Kabuya a déterré la hache de guerre.

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KABUYA ENFONCE LE CLOU

Samedi dernier, devant une salle chauffée à blanc de militants fidèles, au siège historique de Limete, Kabuya a projeté sur écran géant des images d’une ancienne intervention d’André Mbata au siège de l’UNC, l’ancien parti de Vital Kamerhe. Le message était clair : «Mbata n’est pas des nôtres. C’est un combattant de la dernière heure, un opportuniste venu après la pluie. »

L’humiliation était publique. Kabuya, brandissant sa carte d’ancien militant historique, a rappelé qu’il avait «payé le prix du sang» pour l’accession de Félix Tshisekedi au pouvoir, contrairement à Mbata, présenté comme un rallié de circonstance. Une stratégie dangereuse : diviser le parti entre «anciens» et «nouveaux», entre «purs» et «transfuges», au moment même où l’UDPS a plus que jamais besoin d’unité pour faire face aux défis sécuritaires et économiques du pays.

Mais où est Félix Tshisekedi, haute autorité politique de l’USN et président de la République ? Son silence assourdissant commence à peser. Alors que les fissures s’élargissent au sein de son propre parti, que les cadres s’entredéchirent sur la place publique, et que la base ne comprend plus qui commande vraiment, l’absence d’un arbitrage présidentiel devient intenable.

BIENTOT UNE FATWA CONTRE MBATA

Certains militants, interrogés en marge du meeting, ne cachent pas leur désarroi : «On nous dit de défendre l’UDPS, mais nos propres dirigeants la détruisent de l’intérieur. » D’autres, plus cyniques, y voient une lutte de positionnement en vue de la succession future, à quelques années de l’échéance présidentielle.

Pendant ce temps, André Mbata n’a pas encore répondu officiellement à Augustin Kabuya. Mais ses soutiens, au sein de l’USN, grondent. L’affaire pourrait bien remonter jusqu’au sommet de l’État. Car derrière la lutte d’influence Kabuya-Kazadi contre Mbata, c’est en réalité la gouvernance même de la coalition présidentielle qui vacille.

L’UDPS, parti historique de l’opposition, martyr de la démocratie, est-il en train de sombrer dans les travers qu’il dénonçait hier ? Les « fissures » évoquées par nos sources ne sont plus des lignes fines à la surface. Ce sont des failles béantes, qui menacent de faire exploser la maison commune.

Et pendant que les caciques se battent, une question demeure : qui, au sein du pouvoir, osera dire stop avant que l’édifice ne s’effondre ?

À suivre…

Hugo Tamusa

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