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FARDC et AFC/M23 renforcent leur position : Uvira, entre négociations de Doha et préparatifs de guerre

Pas de fumée blanche à Doha, au Qatar. En tout cas, pour l’instant. Tandis que les négociations entre la RDC et l’AFC/M23 se poursuivent sous pression américaine, la ville d’Uvira – dernière ville du Sud-Kivu sous contrôle de Kinshasa – se prépare sourdement à devenir l’épicentre d’une nouvelle tragédie. Sur le terrain, les deux camps renforcent leurs positions militaires autour de cette ville stratégique du Sud-Kivu. Les FARDC envoient des renforts depuis Kalemie, tandis que les rebelles affichent ouvertement leurs intentions offensives. Dans ce dangereux double jeu où la diplomatie côtoie les préparatifs de guerre, une question cruciale se pose : Uvira sera-t-elle le théâtre d’une bataille décisive ou le symbole d’une paix enfin possible ? Alors que Washington envisage, fin juillet, un sommet Tshisekedi-Kagame, la population, elle, retient son souffle, prise en étau entre espoirs de négociation et menaces d’affrontement.

Alors que Doha s’évertue à jouer les capitales de la paix, Uvira, elle, se prépare sourdement à devenir l’épicentre d’une nouvelle tragédie. Le contraste est saisissant : d’un côté, des diplomates américains pressent Kinshasa et le M23 de sceller un accord; de l’autre, militaires et rebelles renforcent leurs positions comme si la guerre, justement, était la seule issue possible. Cette schizophrénie politique, où l’on négocie le sourire aux lèvres, tout en aiguisant ses armes, résume à elle seule l’échec chronique des processus de paix en RDC.

UVIRA, DERNIER REMPART OU PROCHAINE BATAILLE ?

La ville d’Uvira cristallise désormais toutes les tensions. Stratégique, verrou du Sud-Kivu encore loyal à Kinshasa, elle est dans le viseur du M23, dont les préparatifs d’assaut sont à peine dissimulés. En face, les FARDC envoient des renforts en provenance du Tanganyika, comme pour répondre à une menace qu’elles savent imminente. Dans ce ballet macabre, une question s’impose : pourquoi déployer tant d’efforts militaires si l’on croit sincèrement à la solution diplomatique ?

Les négociations de Doha, sous pression américaine, peinent à masquer cette réalité : ni Kinshasa ni le M23 (et son parrain rwandais présumé) ne semblent prêts à lâcher du terrain. Les pourparlers ressemblent à une pantomime, où chaque camp gagne du temps pour mieux se préparer à l’affrontement. Les États-Unis, en pariant sur un sommet Tshisekedi-Kagame à Washington, rêvent d’une réconciliation spectaculaire. Mais sur le terrain, les kalachnikovs, elles, ne mentent jamais.

LE DOUBLE JEU DES ACTEURS

L’histoire se répète, hélas. Combien de cessez-le-feu signés, puis violés dans l’Est de la RDC? Combien de dialogues enterrés avant même d’avoir produit le moindre effet ? Aujourd’hui comme hier, les belligérants instrumentalisent la diplomatie tout en poursuivant leurs objectifs militaires. Le M23, malgré ses dénégations, étend son emprise. Les FARDC, malgré leur supériorité théorique, peinent à contenir l’avancée rebelle. Et la population, elle, paie le prix fort, prise en étau entre deux feux.

La communauté internationale, États-Unis en tête, semble croire qu’une poignée de main à Washington suffira à calmer les ardeurs. C’est ignorer la logique profonde de ce conflit : pour Kigali comme pour Kinshasa, l’Est congolais reste un enjeu géostratégique et économique trop important pour être abandonné sur la base d’un simple compromis politique.

PARER AU PLUS PRESSE

S’il est encore temps d’éviter la bataille d’Uvira, cela passe par des actes concrets, pas par des effets d’annonce. Trois impératifs s’imposent, notamment un cessez-le-feu vérifiable, sous supervision internationale crédible (pas seulement des observateurs passifs); la fin des soutiens extérieurs au M23, avec des sanctions réelles contre Kigali en cas de violation; un calendrier clair de désengagement, incluant le retrait des troupes étrangères et le déploiement d’une force neutre.

Sans cela, Uvira pourrait bien devenir le symbole d’un nouvel échec. Les Congolais méritent mieux que ce cycle infernal de violences et de fausses promesses. La paix ne se décrète pas dans les salons climatisés de Doha ou de Washington : elle se construit par des engagements contraignants et une volonté politique réelle. À défaut, Uvira rejoindra tristement la longue liste des villes martyres de l’Est congolais.

Econews