Libérer la pensée

Le Président de la République Démocratique du Congo, Félix-Antoine Tshisekedi

Dire aujourd’hui que la République est agressée relève de la plus prosaïque des lieux communs. Que le peuple s’aligne derrière le chef de l’Etat, commandant suprême des Forces armées et de la Police nationale et adhérer sans faille à son appel à la mobilisation générale; il n’y a rien de plus patriotique. Que des marches de colère (à la limite festives) contre l’agression rwandaise se multiplient à travers le pays, portées curieusement par des délégations de la primature, rien de nouveau sous le soleil.
Que le ministre de la Communication et Médias lance campagne sur campagne, c’est tout à son honneur.
Avec son homologue des Affaires étrangères, et chacun sur ses plates-bandes, Patrick Muyaya mène sa guerre médiatique avec maestria. Et personne ne lui en tient rigueur.
Bien entendu, il faut mentionner la constellation de partis politiques plus ou moins connus, qui se fendent régulièrement des appels à des militants introuvables, les invitant à soutenir sans réserve les FARDC et leur commandant en chef, avec des mises en garde appuyées contre le maître de Kigali. Au moins l’intention y est. Avec espoir que leurs dirigeants pourraient s’attirer une attention attendue de longue date de la Cité de l’Union africaine.
La défense de la patrie est certes d’une nécessité vitale par ces temps où cette dernière est en danger. Pour autant, la pensée devrait-elle être libérée, un point de vue plus ou moins contradictoire faisant de son auteur un agent infiltré du mouvement rebelle pro-rwandais ? On ne s’en rend peut-être pas com-pte, mais la dérive et bien réelle. La focalisation de toutes les attentions sur la marche de la guerre donne l’impression que l’Etat, dans son fonctionnement classique, s’est arrêté.
Tout semble être mis en œuvre pour détourner l’attention de l’opinion publique des grands dossiers qui, hier encore, défrayaient la chronique, et auxquelles une issue heureuse n’a été jamais été trouvée. Cela englobe les questions de détournements de deniers publics, des demandes réitérées de l’opposition sur des matières allant des réformes à la Commission électorale nationale indépendante aux arrêts contradictoires de la Cour constitutionnelle, voire des nominations controversées dans les entreprises publiques.
Guerre ou pas, l’Etat devrait poursuivre sa marche en avant. Et des opinions qui ne plaisent pas à tous les thuriféraires du régime peuvent, une fois décortiquées, s’avérer constructives.

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