À l’occasion de la Journée internationale de lutte contre la corruption, l’Agence de Prévention et de Lutte contre la Corruption (APLC) a organisé, le 9 décembre 2025, un atelier national de réflexion à l’Académie des Beaux-Arts de Kinshasa. Placée sous le thème « S’unir avec la jeunesse contre la corruption : former l’intégrité de demain », cette rencontre a réuni plus d’une centaine de participants issus des institutions publiques, de la société civile, du monde académique, des partenaires internationaux et de la jeunesse engagée. L’objectif de cet atelier était de créer un cadre d’échanges constructifs pour renforcer la culture de l’intégrité et encourager la participation citoyenne des jeunes dans la lutte contre la corruption en République démocratique du Congo.
Conçu comme un espace interactif dédié au renforcement de l’intégrité citoyenne, l’atelier avait pour mission principale de sensibiliser et d’outiller la jeunesse congolaise face aux mécanismes et aux impacts de la corruption. Les participants ont pris part à des sessions d’analyse collective portant sur différentes dimensions du fléau : formes, modes opératoires, conséquences socio-économiques et institutionnelles. Ils ont également échangé autour des valeurs d’éthique, de transparence et de responsabilité publique, et ont discuté de l’importance du dialogue intergénérationnel, permettant aux jeunes de formuler leurs attentes et propositions.
L’atelier a adopté une méthodologie résolument participative, combinant exposés thématiques, échanges interactifs, jeux de questions-réponses et discussions ouvertes, afin de garantir une compréhension active des enjeux. Les travaux ont porté notamment sur l’impact de la corruption sur la jeunesse, avec un focus particulier sur les secteurs de l’éducation et de la citoyenneté. Les participants ont aussi exploré le rôle stratégique de l’éducation dans la lutte contre le blanchiment de capitaux, ainsi qu’un projet innovant visant l’intégration d’un module anti-blanchiment dans les programmes scolaires, du primaire à l’université. Des supports pédagogiques ont été distribués pour faciliter l’appropriation des dispositifs nationaux de prévention.

Temps fort de la journée : l’intervention du Coordonnateur de l’APLC
Moment attendu de l’événement, l’allocution du Coordonnateur de l’APLC, Michel Lessay, a marqué l’assistance par la clarté de son message et la fermeté de ses engagements. Il a d’abord rappelé la portée mondiale de cette journée instaurée par l’ONU en 2003, avant de souligner le rôle décisif de la jeunesse dans la construction d’un État intègre :
« Former l’intégrité de demain, c’est commencer dès aujourd’hui par des gestes simples, comme refuser toute forme de corruption à l’école, à l’université ou dans les services publics. La jeunesse détient la force de dire non », a martelé Michel Lessay.
Il a ensuite mis en avant les efforts entrepris au niveau national sous l’impulsion du Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, faisant de la lutte contre la corruption un pilier de son mandat. Il a également présenté plusieurs avancées significatives, notamment : la finalisation du projet de loi anticorruption actuellement en élaboration ; la mise en œuvre du décret sur la déclaration de patrimoine ; les enquêtes administratives et fiscales menées par l’APLC ; et le lancement de « Tofungola miso », application citoyenne de dénonciation des actes de corruption, symbole de la volonté d’impliquer directement la population dans une gouvernance plus transparente.
Dans un appel solennel, il a invité institutions, responsables publics, partenaires techniques, médias et citoyens à s’unir pour promouvoir la transparence, l’éthique et la redevabilité. Son intervention a été perçue comme un signal fort confirmant le rôle catalyseur de l’APLC dans la construction d’une gouvernance renouvelée, juste et intègre.
Le soutien du Royaume-Uni réaffirmé
La représentante de l’ambassadrice britannique a salué l’initiative, rappelant que la corruption constitue un frein majeur au développement :
« La corruption représente un coût financier énorme pour le pays. Elle détourne les ressources, alimente les conflits et compromet les Objectifs de développement durable. »
Elle a réaffirmé le soutien du Royaume-Uni au Programme de gouvernance du secteur extractif et annoncé la publication d’une nouvelle stratégie nationale anticorruption comprenant 123 engagements. Deux jeunes défenseurs des droits des personnes vivant avec handicap, sélectionnés par l’ambassade, ont également participé activement aux échanges.

Jeunesse et transformation sociale : un enjeu national
Dans son intervention, le Vice-ministre de l’Éducation nationale et de la Nouvelle Citoyenneté a rappelé la vulnérabilité de la jeunesse face à la corruption : idéaliste mais confrontée aux contradictions du système, influencée par un environnement dépourvu de modèles et exposée au risque de devenir une génération sacrifiée.
Il a insisté sur le rôle des éducateurs, leaders religieux, politiques et sociaux pour accompagner et protéger la jeunesse :
« La corruption n’est pas seulement une faute morale ou économique : c’est une violence générationnelle », a rappelé Théodore Kazadi Muayila, Vice-ministre de l’Éducation nationale et de la Nouvelle Citoyenneté.
Panels et échanges interactifs
Après les interventions des différents acteurs, l’atelier a poursuivi avec deux panels. Le premier a abordé l’impact de la corruption sur la jeunesse et le rôle des acteurs du secteur éducatif, avec les interventions du Vice-ministre et du DG de l’Académie des Beaux-Arts, représenté par CT Mushagalusha.
Le deuxième panel a traité de l’impact de la corruption sur les politiques de prévention et de lutte, avec des interventions du Coordonnateur du projet de lutte contre la corruption/PNUD et de la Coordonnatrice adjointe de l’APLC, Bénie-Laure Kamwenziku, sur le projet d’intégration d’un module de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme dans les programmes scolaires.
Résultats et perspectives : une dynamique prometteuse
À l’issue des travaux, plusieurs résultats concrets ont été obtenus : la mise en place d’un cadre dynamique de concertation entre institutions, partenaires et jeunes, le renforcement de la compréhension des impacts de la corruption, la réaffirmation des valeurs d’intégrité et d’éthique publique, ainsi que la formulation de recommandations participatives orientant les futures politiques anticorruption.
Un rapport final, un album photo, une vidéo récapitulative, les supports de présentation ainsi que la liste complète des participants seront publiés prochainement.
Conclusion : un engagement collectif pour une RDC intègre
Dans son mot de clôture, le Coordonnateur de l’APLC, Michel Lessay, a lancé un message sans équivoque :
« La lutte contre la corruption est possible, mais elle nécessite un engagement continu et collectif. »
Tighana MASIALA

