Matata et Bukanga-Lonzo : le procès de la honte

A la deuxième audience lundi du procès Matata, la Cour de cassation a renvoyé l’affaire à ce jeudi 14 juillet. Raison avancée : l’absence d’un interprète pour le Sud-africain Christo Grobler. En interne, la Cour de cassation est dans l’embarras, obligé d’amener à la potence un innocent pour des raisons essentiellement politiques Dans le fond comme dans la forme, l’affaire Bukanga-Lonzo est un procès de la honte.
Le procès Matata s’est ouvert le lundi dernier à la Cour de cassation. A la barre, l’homme à la cravate rouge. Celui que tout le monde attendait et qui a volé la vedette même à un ancien ministre des Finances, Kitebi Kibol Mvul, qui était aussi à la barre. Même le Sud-africain blanc, gestionnaire du Parc agro-industriel de Bukanga-Lonzo, Christo Grobler, n’a pas résisté à l’éclat de cet homme dont la silhouette respire la discipline et le caractère. C’est le poids de la réputation de l’ancien Premier ministre qui fait ombrage à ses co-accusés.
C’est normal. C’est le meilleur Premier ministre que le Congo-Kinshasa ait connu depuis l’indépendance après Lumumba qui n’a pas géré. L’homme a fait des performances socio-économiques exceptionnelles qu’il est adoré par la majorité de la population congolaise. A l’extérieur, sa réputation crève le plafond. Les institutions financières internationales comme le FMI et la Banque mondiale ne manquent pas de se référer à ses performances pour rappeler que tout est possible lorsque les dirigeants nationaux des pays africains le souhaitent ardemment et décident de prendre le taureau par les cornes. L’homme a fait de prouesses économiques sans programme économique appuyé par le FMI et sans aucun appui budgétaire. De quoi se poser la question quelle potion magique il a utilisé. Lui qui n’a jamais fait ses études à l’extérieur du pays. C’est un produit des universités locales.
C’est à cause de ses performances et de sa popularité interne que le pouvoir politique de l’Union sacrée veut à tout prix le mettre hors course à l’élection présidentielle de 2023. On blanchit tout le monde pour appuyer la candidature du Président Tshisekedi et on veut à tout prix éliminer les autres candidats potentiels ou déclarés. Avec la dégradation de la situation socio-économique actuelle de la RDC, la majeure partie de la population se rappelle du beau temps de monsieur Matata. L’homme de la macro-économie le qualifier une partie de la population.
Que faut-il faire de cet homme qui a refusé de rejoindre l’Union sacrée? L’abattre, répond le cercle restreint du pouvoir. Le problème est que le cheval choisi n’est pas le bon. L’homme n’a jamais détourné un dollar US de projet Bukanga-Lonzo. Message confirmé par le Sud-africain Christo Grobler qui reconnaît avoir reçu tous les fonds du projet et les avoir utilisés sans rien remettre à l’homme de la rigueur qu’il n’a jamais vu d’ailleurs. Dans ses confidences, on apprend que le sud-africain dit même que «si il y a trois responsables politiques honnêtes en RDC, Monsieur Matata est parmi eux ».
Pourquoi alors veut-on à tout prix abattre nos meilleurs fils ? Pourquoi ne pas utiliser l’expertise de cet homme alors que l’Afrique l’utilise ? Pourquoi choisi-t-on de l’humilier alors qu’il est respecté par la population congolaise et l’extérieur du pays ?

La honte
C’est une honte de voir le pouvoir bafouer la Constitution et les lois du pays, uniquement pour condamner coûte que coûte un citoyen qui a bien géré son pays ! La Cour constitutionnelle a déjà tranché : Monsieur Matata ne peut pas être jugé par n’importe quelle autre juridiction du pays, y compris la Cour de cassation. C’est la décision de la Cour constitutionnelle qui doit être appliquée immédiatement par toutes les autorités du pays.
Cette lecture est celle de tous les vrais juristes, sauf ceux de dimanche auxquels se réfère le Président du Sénat, Modeste Bahati.
Pourquoi doit-on encore envoyer ce dossier à une Cour inférieure, celle de Cassation ? Et puis, ce que tout le monde sait est que le Parquet général près la Cour de cassation s’était déjà déclaré incompétent !
Comment peut-on amener une haute Cour comme celle de cassation à se dédire en l’espace de quelques mois ? Et puis que fait-on de la lettre du Procureur de la Cour de cassation adressée au Président de la République et dans laquelle il est dit clairement que le dossier Matata doit être classé sans suite ? Où est l’indépendance de la justice lorsque un haut magistrat de la Cour de cassation comme Victor Mumba peut s’adresser au Président de la République pour décider sur le sort d’un ancien Premier ministre, de surcroît un candidat à la Présidence de la République ? Quelle crédibilité peut-on donner à la décision qui sera prononcée par le juge-président Mukendi qui serait contraire à la décision de son Procureur général Victor Mumba ?

On risque de tuer pour de bon la Cour de cassation !
A vrai dire, c’est un procès de la honte. C’est une honte pour la République. On veut à tout prix condamner un innocent alors qu’il y a des Congolais qui ont volé des fonds publics et qui n’ont pas d’immunités et qui circulent aisément dans le pays ! Et puis quelle crédibilité peut-on avoir sur la condamnation de Matata après la libération de Vital Kamerhe ?
Si on a libéré Kamerhe après tous les bruits faits pendant ce procès, dit de 100 jours, comment la population peut-elle croire à la condamnation d’un homme dont la rigueur et l’honnêteté dans la gestion de la chose publique a laissé des traces indélébiles ? Comment le pouvoir politique va-t-il faire oublier à la population la stabilité des prix intérieurs et du taux de change ? Comment le pouvoir politique va-t-il faire oublier le paiement régulier des salaires des fonctionnaires de l’Etat ? Non ! C’est ridicule !
Dans le fond, celui, en l’occurrence le Sud-africain Christo Grobler, qui aurait remis l’argent à Matata, a reconnu tout haut n’avoir jamais remis un dollar à l’ancien Premier ministre.
En principe, le dossier devrait être classé sans suite ne fut-ce que pour l’honneur à la justice congolaise et à Etienne Tshisekedi Wa Mulumba qui s’est battu pour l’Etat de droit !
Où est l’Etat de droit tant vanté lorsqu’on se met à persécuter le meilleur gestionnaire des finances publiques que le pays ait connu depuis plus de vingt ans ! Qui oublie que c’est grâce à lui que le pays a bénéficié de l’effacement de dix milliards USD de la dette extérieure dont bénéficie aussi le gouvernement actuel ? C’est grâce à lui que le pays a accédé au point d’achèvement de l’initiative d’effacement de la dette en faveur des pays pauvres très endettés. Qui oublie que c’est grâce à cet homme de la rigueur que les ministères ne sont plus locataires?
Bref, Matata a non seulement construit le meilleur bâtiment ministériel de la République (Bâtiment intelligent) de tout le temps, mais aussi réhabilité plusieurs bâtiments à la place Royale jadis abandonnés. Et la meilleure façon de remercier un digne fils du pays considéré par la jeunesse comme modèle à suivre est de le persécuter en violant la Constitution et les lois du pays.

Le dossier est vide
Selon les échos parvenus à Econews, un juge à la Cour de cassation, qui a requis l’anonymat, s’est même senti gêné en révélant à un diplomate : « Le dossier est vide sans aucune preuve de détournement. Qu’allons-nous faire ? Il y a aussi la conscience qui va nous juger, nous qui avons juré de ne dire que le droit ! Or le droit est en faveur de Matata »
A tout prendre, le pouvoir en place à Kinshasa ferait mieux de clôturer rapidement ce dossier qui fait la honte non seulement de notre justice, mais aussi de notre pays
Messieurs du pouvoir et de la justice, clôturez-nous cette pièce de théâtre de mauvais goût ! La population n’en veut plus.

Econews