RDC : démission de l’élite intellectuelle ankylosée

Élite intellectuelle congolaise, quel est son rôle au sein de la société ? Cette question revient toujours dans des discussions engagées sur les réseaux sociaux, au cours des conférences… à propos de la situation politique, économique et sociale de la République Démocratique du Congo (RDC), qui est en fait déplorable et rend difficile son émergence. Et quand on observe cette crème intellectuelle, avec ses travers abjects, la déduction est vite faite : cette catégorie sociale est ankylosée.
À l’heure où il devient désormais évident que la RDC régresse, comment ne pas se poser la question du rôle de l’élite intellectuelle au sein de la société congolaise caractérisée, depuis ces deux dernières décennies, par un État défaillant ?
Mais de quelle élite intellectuelle s’agit-il ? Évidemment des lettrés, cette élite qui s’érige en souverain des idées et qui se considère comme détentrice du savoir, qualifiée pour poser, aborder les grands problèmes de la société congolaise. Ils sont écrivains, professeurs, chercheurs et experts : philosophes, sociologues, politologues, historiens, économistes, juristes, scientifiques…
Il suffit de lire leurs contributions aux discussions sur les réseaux sociaux, d’écouter leurs échanges lors d’une conférence ou à la radio, de regarder leurs débats à la télévision ou sur les chaînes You tube, l’on se rendra, vite, compte de la tragédie qui touche l’élite intellectuelle congolaise : elle est paralysée dans l’analyse. Dépourvue de sens moral et éthique, elle est incapable de jouer son rôle face à la perte des valeurs et des principes, et face à la violation de la loi, même lorsque cela porte atteinte aux symboles de la nation et aux institutions de la République.

ÉLITE ANKYLOSEE
Les Congolais sont aujourd’hui embarqués dans une crise qui ne cesse de prendre de l’ampleur au vu et au su de l’élite intellectuelle en panne de réflexion et d’analyse, incapable de dire la vérité au pouvoir politique. Une élite « ankylosée ». Si tel n’est pas le cas, pourquoi ne réagit-elle pas, avec force et vigueur, aux sujets actuels qui préoccupent les Congolais, notamment l’insécurité persistante dans l’Est, le projet de balkanisation du pays, le projet du rapport Mapping, la création d’un tribunal pénal international pour juger les auteurs de crimes perpétrés dans l’Est et les cas avérés de violations des droits de l’homme remontant à avant 2002, la qualité de l’enseignement, le chômage, la vie chère, le détournement de deniers publics, la faillite des entreprises, l’administration de l’État moribonde, le bien-être social de la population, la montée des comportements déviants, dont la mal gouvernance, la corruption, le tribalisme, le népotisme et l’injustice érigés en système ? Motus et bouche cousue.
Il ne fait aucun doute que l’élite intellectuelle congolaise reste assujettie au pouvoir politique- qui est à renouveler – et laisse ce dernier exercer son emprise sur la société. Pourtant, son rôle est de critiquer la gestion de la vie sociale en dénonçant le manque de démocratie et de liberté, l’injustice sociale, la transparence dans la gestion des affaires publiques, des obstacles qui entravent la bonne marche du pays…
Aujourd’hui, l’État congolais est faible, ou affaibli intentionnellement, par une classe politique faible, elle aussi, à tous les niveaux, et qui semble n’avoir aucune culture de l’État. Une classe politique incapable de mesurer le poids de la responsabilité qui lui est confiée et ne réalise à quel point elle porte préjudice aux valeurs et idéaux pour lesquels le peuple congolais s’est battu pour se libérer du joug colonial. Mais où est donc cette élite intellectuelle qui doit peser sur les orientations politico-socio-culturelles de l’ensemble de la collectivité, et œuvrer à la transformation sociale en appelant à un État plus national et plus centré sur la vie des citoyens ? Nulle part.
Ce n’est pas faire injure à l’élite intellectuelle congolaise que de dire qu’elle ne joue pas son rôle face à la classe politique, ni vis-à-vis du peuple et de la nation; qu’elle n’est pas à mesure de s’acquitter de ses tâches car elle est prise dans l’engrenage de l’opportunisme… Elle doit le savoir parce qu’elle a démissionné de son rôle qui est indissociable de l’idée d’engagement dans la sphère publique pour faire part de ses analyses sur les sujets les plus variés ou pour défendre des valeurs. De ce point de vue, cette caste ankylosée est en danger de disparaitre.
Les Congolais n’ont point besoin d’une élite intellectuelle amorphe, agonisante, et dont la cupidité se dispute à la fourberie. Ils ont besoin d’une crème intellectuelle à même de leur apporter des solutions pour se tirer du bourbier dans lequel ils se trouvent actuellement.
Le rôle d’un intellectuel n’est pas de produire des louanges (Djalelo) par la soumission contreproductive pour le pouvoir en contrepartie d’une distribution de la rente, mais d’émettre des idées constructives, selon sa propre vision du monde, par un discours de vérité pour faire avancer la société.
C’est «La trahison des Clercs» (Éditions Grasset), comme l’a écrit le philosophe et écrivain français, Julien Brenda, qui voyait dans les parcours des intellectuels une propension à trahir leurs idéaux pour les positions sociales auprès des princes du moment.
Sans prétention à l’exhaustivité, certains intellectuels congolais ont été cooptés et nommés à des positions de pouvoir, d’autorité et d’influence dans la classe dirigeante. Mais qu’ont-ils fait substantiellement pour développer le pays ? Rien! La mal gouvernance et les antivaleurs règnent en maitre absolu. D’autres deviennent, tout juste, des faire-valoir, des valets et des laquets politiques au service du pouvoir et de la classe gouvernante au mépris des préoccupations, des aspirations, et des desiderata populaires.

BESOIN D’UN NOUVEAU SOUFFLE
L’élite intellectuelle, par le capital culturel dont elle dispose, et par le fait qu’elle n’a pas de base économique qui aliène son indépendance d’esprit, constitue une catégorie de personnes ayant la faculté et le loisir de s’attacher aux orientations sociétales et à des valeurs. Ce qui lui permet de se poser en conscience de la société et de pouvoir exercer un regard critique sur elle et le pouvoir.
Il est profondément regrettable de constater à quel point l’élite intellectuelle congolaise manque à ses obligations ! L’éthique intellectuelle est bafouée, piétinée, plaquée depuis belle lurette. Ce gratin de la société est impliqué dans des polémiques primitives et des conflits insignifiants, s’abaissant plus bas que des béotiens. C’est ainsi qu’il a mis fin à tout modèle positif pouvant servir d’exemple pour les différentes franges de la population. Il a tout détruit et permis aux opportunistes, aux détenteurs de l’argent (facile) et du pouvoir d’occuper le terrain.
L’élite intellectuelle congolaise, qui ignore – avec délectation- la cause du peuple, a besoin d’un nouveau souffle. Elle doit se remettre en cause et s’organiser. Son niveau est médiocre et ne répond à aucune norme d’excellence.
Robert Kongo (CP)

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