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Succès américain ou aveu d’échec africain

L’Afrique vient une fois de plus de subir une humiliation diplomatique. Alors que la crise persistante entre la République Démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda envenimait la région des Grands Lacs, ce n’est ni l’Union africaine (UA) ni les mécanismes régionaux de médiation qui ont trouvé la solution. Non, c’est Washington, avec l’appui de Doha, qui a joué les bons offices pour amener Kinshasa et Kigali à parapher un pré-accord ce mercredi, en vue d’une signature officielle prévue le 27 juin.

Cette séquence est révélatrice d’un mal bien plus profond : l’incapacité chronique de l’Afrique à régler ses propres conflits. Luanda et Nairobi avaient pourtant tenté, sous l’égide de la Communauté d’Afrique de l’Est (CAE) et de l’UA, de jouer les médiateurs. En vain. Les sommets se sont succédé, les déclarations d’intention ont fleuri, mais aucune avancée concrète n’a été enregistrée. Pendant ce temps, la guerre froide entre les deux pays continuait d’alimenter l’instabilité dans l’Est de la RDC, avec son cortège de souffrances pour les populations civiles.

Et voilà qu’en quelques semaines, les États-Unis, parviennent, via leurs canaux diplomatiques et leurs relais qataris, à obtenir ce que l’Afrique n’a pas su réaliser en des années. Certes, il faut se réjouir de toute avancée vers la paix. Mais comment ne pas s’interroger sur cette dépendance persistante vis-à-vis des puissances extérieures ?

L’Union africaine, qui se veut le fer de lance de la résolution des crises sur le continent, se retrouve une nouvelle fois reléguée au second plan. Pire, elle donne l’image d’une organisation incapable de transcender les divisions internes et les calculs géopolitiques de ses membres. Comment expliquer qu’une institution dotée d’un Conseil de paix et de sécurité, de mécanismes de médiation et d’un budget conséquent, se montre aussi inefficace face à des crises majeures ?

La réponse est amère : l’Afrique manque encore d’une véritable culture de la solidarité continentale. Les États privilégient trop souvent leurs intérêts nationaux immédiats au détriment d’une vision collective. Les rivalités entre pays, les jeux d’influence et le manque de volonté politique paralysent toute action cohérente. Résultat : dès qu’une crise éclate, c’est vers l’ONU, l’Union européenne ou les États-Unis que l’on se tourne.

Si le pré-accord en cours de finalisation entre Kinshasa et Kigali aboutit à une détente durable, ce sera une bonne nouvelle pour les millions de Congolais et de Rwandais pris en étau dans ce conflit. Mais ce succès diplomatique, s’il se confirme, ne doit pas masquer une réalité plus sombre : l’Afrique reste un nain politique sur la scène internationale, incapable de s’imposer comme acteur autonome de sa propre stabilité.

Il est temps que les dirigeants africains tirent les leçons de cet échec. Au lieu de multiplier les sommets sans lendemain, l’UA doit se doter de moyens concrets d’action, renforcer ses capacités de médiation et imposer une diplomatie continentale unie. Sinon, le continent continuera d’être le terrain de jeu des grandes puissances, qui y imposeront leurs solutions – et, inévitablement, leurs intérêts.

Econews