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L’opacité qui inquiète

La République Démocratique du Congo s’apprête à sceller un accord minier stratégique avec les États-Unis, et pourtant, une ombre plane sur ces négociations : celle du secret. 

Alors que des voix s’élèvent pour dénoncer le manque de transparence, une question fondamentale se pose : pourquoi les Congolais, premiers concernés par l’exploitation de leurs ressources, en savent-ils si peu ?

La Société civile et 52 élus démocrates américains ont tiré la sonnette d’alarme. Dans une lettre adressée au président Donald Trump, ces derniers exigent que les discussions soient ouvertes et inclusives. Une demande légitime, tant l’histoire des contrats miniers en RDC a souvent été marquée par des déséquilibres au détriment des populations locales. Un acteur de la Société civile résume bien l’enjeu : « Les Congolais doivent savoir qui négocie, et ce que le pays gagne réellement dans ce partenariat ».

Le Gouvernement se veut rassurant. A l’UDPS, le parti au pouvoir, on affirme que le président Tshisekedi veille à ce que cet accord profite à tous, dans le respect des règles. Mais les promesses de transparence suffiront-elles à dissiper les craintes ? L’expérience passée incite à la prudence.

La RDC n’est pas étrangère aux accords déséquilibrés. Trop souvent, ses richesses ont été exploitées sans que le pays n’en retire une juste valeur. Aujourd’hui, la crainte est que ce partenariat ne reproduise ce schéma, transformant une fois de plus le Congo en simple pourvoyeur de matières premières, sans transformation locale ni bénéfices durables pour sa population.

Un expert en gouvernance souligne un paradoxe : si la Société civile s’inquiète de l’opacité, elle devrait aussi interpeller directement Kinshasa. « Pour une fois, les négociations ne fuient pas. Mais cela ne doit pas empêcher un débat public », souligne-t-il. En effet, le vrai problème n’est pas seulement ce qui est caché, mais ce qui n’est pas discuté.

Si le Gouvernement congolais affirme que « le Congo sera le premier gagnant », encore faut-il que cette promesse soit vérifiable. L’heure n’est plus aux accords opaques, négociés dans l’ombre de diplomates et d’investisseurs. Elle est à la responsabilité, à la redevabilité, et surtout, à la confiance retrouvée entre l’État et ses citoyens.

La RDC mérite mieux que des contrats signés dans la précipitation et le flou. Si ce partenariat avec les États-Unis doit être une opportunité, qu’il soit débattu, amendé si nécessaire, et surtout, qu’il serve enfin les intérêts des Congolais. Car le Congo n’est pas à vendre – il est à bâtir.

Econews