Le débat sur le changement de la Constitution vient de franchir un seuil critique. Ce qui n’était encore qu’une divergence politique est désormais en train de se transformer en une véritable confrontation entre deux forces qui ont longtemps influencé le destin de la République : l’Union sacrée de la nation et la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO).
Les masques tombent. Les mots se durcissent. Les accusations deviennent explosives. Et derrière cette passe d’armes, c’est le spectre d’une crise politique et sociale majeure qui commence à se dessiner.
Depuis plusieurs mois, les partisans de la révision constitutionnelle avancent à visage découvert. Sous couvert d’adaptation des institutions aux réalités actuelles, les caciques de l’Union sacrée multiplient les plaidoyers en faveur d’un nouveau texte fondamental. En face, la CENCO oppose une fin de non-recevoir catégorique. Pour les évêques, toucher à la Constitution dans un contexte marqué par la guerre à l’Est, les tensions sécuritaires et les incertitudes économiques relève d’une dangereuse distraction nationale.
Mais cette fois, le désaccord a pris une tournure beaucoup plus grave.
En qualifiant la position des évêques d’« acte de subversion » et en suggérant une prétendue proximité entre certains responsables de la CENCO, Joseph Kabila, Paul Kagame et le M23, l’Union sacrée a choisi l’affrontement frontal. Une stratégie risquée. Car en République Démocratique du Congo, l’Église catholique n’est pas un acteur politique ordinaire. Elle demeure l’une des institutions les plus influentes du pays, présente jusque dans les coins les plus reculés du territoire et bénéficiant d’une crédibilité que beaucoup d’acteurs politiques lui envient.
La réplique de la CENCO n’a d’ailleurs pas tardé.
En transformant le débat constitutionnel en guerre ouverte contre les évêques, le pouvoir prend le risque de fédérer contre lui des forces jusqu’ici dispersées. L’opposition politique, la société civile et une partie des confessions religieuses pourraient trouver dans cette querelle un terrain commun de mobilisation. Le référendum, présenté comme un simple exercice démocratique, pourrait alors devenir le catalyseur d’une crise de légitimité aux conséquences imprévisibles.
L’histoire politique congolaise enseigne pourtant une leçon simple : chaque fois que le pouvoir a choisi de défier frontalement l’Église catholique, la tension a fini par dépasser le cadre des institutions pour gagner la rue. Les épisodes des marches des chrétiens de 2018 demeurent encore dans toutes les mémoires.
Ouvrir un nouveau front contre la CENCO autour d’une réforme constitutionnelle controversée pourrait constituer l’étincelle de trop.
Le bras de fer ne fait que commencer. Mais une chose apparaît déjà certaine : autour du projet de changement de la Constitution, Kinshasa s’engage dans une zone de turbulences où les risques de fracture politique, institutionnelle et sociale n’ont jamais été aussi élevés.
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