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Les vérités crues de Bob Kabamba : «L’Ouganda pille beaucoup plus le Congo que le Rwanda »

C’est une déclaration qui détonne dans le paysage diplomatique congolais. Alors que les regards sont braqués sur le Rwanda, accusé de soutenir les rebelles du M23 et de piller les ressources de l’Est, Bob Kabamba Kazadi, professeur en science politique à l’Université de Liège, pointe un autre prédateur, bien plus discret mais tout aussi vorace.

Depuis la Belgique où il réside, cet universitaire d’origine congolaise affirme sans détour que l’Ouganda est bien plus nuisible à la RDC que le Rwanda de Paul Kagame. Une assertion qui, si elle était vérifiée, viendrait ébranler la stratégie de rapprochement menée par Kinshasa avec son voisin de l’Est.

L’histoire d’un pillage en toute impunité

Derrière les déclarations de Bob Kabamba se cache une vérité historique que la diplomatie congolaise peine à intégrer. Depuis les guerres du Congo dans les années 1990, l’Ouganda n’a cessé d’exploiter les richesses naturelles de la RDC avec une constance et une efficacité redoutables.

En 2005, la Cour internationale de Justice (CIJ) a reconnu la responsabilité de l’Ouganda pour les pillages et les crimes commis en RDC. Plus de deux décennies plus tard, en 2022, Kampala a finalement accepté de verser des réparations. Pourtant, le montant de ces réparations, bien inférieur aux préjudices réels, révèle la complexité des relations entre les deux pays.

La CIJ avait initialement évalué le préjudice à plusieurs milliards de dollars. Mais sous l’impulsion d’une diplomatie congolaise jugée conciliante, la facture a été drastiquement réduite. Un arrangement qui, pour les observateurs, illustre la volonté de Kinshasa de ménager Kampala.

Au cœur de ce paradoxe, le silence assourdissant de la RDC sur l’exécution de la sentence de la CIJ. L’indignation contre le Rwanda est omniprésente, mais les violations ougandaises sont systématiquement minorées. «L’asymétrie judiciaire », comme la qualifient certains analystes, est devenue une caractéristique de la politique étrangère congolaise.

Autre symbole de cette relation ambiguë : l’opération Shujaa, lancée en novembre 2021 pour traquer les rebelles des Forces démocratiques alliées (ADF) dans l’Est congolais.

L’accord bilatéral qui a permis le déploiement de l’armée ougandaise (UPDF) sur le sol congolais a été signé dans une opacité totale, sans véritable contrôle parlementaire. Une situation qui inquiète certains observateurs, qui y voient une institutionnalisation de la présence militaire ougandaise sans garanties réelles pour la souveraineté congolaise.

Des corridors commerciaux au service du pillage

Les projets d’infrastructures entre les deux pays, présentés comme des vecteurs d’intégration régionale, suscitent également des interrogations. Les routes reliant l’Ouganda à l’Est de la RDC (Beni, Butembo, Goma) sont perçues par certains experts comme de potentiels corridors logistiques pour exporter les minerais congolais vers Kampala.

L’Ouganda continue ainsi d’exporter de l’or, du diamant, du bois et du coltan qu’il ne produit pas, dans ce qui ressemble à un blanchiment légalisé par la complicité passive, voire active, de certains cercles politiques de Kinshasa.

Ce paradoxe était au cœur du sommet d’Entebbe du 11 mai 2026, où Félix Tshisekedi et Yoweri Museveni ont signé six mémorandums d’entente, annonçant une « nouvelle ère» dans les relations bilatérales.

Parmi les mesures phares: la fin annoncée des frais de visa, l’intensification de l’opération Shujaa, et surtout le lancement de projets d’exploitation commune du pétrole dans le Graben Albertin. Des projets qui, pour certains observateurs, risquent de renforcer la dépendance congolaise face à son voisin.

Des intérêts stratégiques convergents ?

La politique de rapprochement menée par Kinshasa avec Kampala s’inscrit dans un contexte régional complexe, où les intérêts économiques et sécuritaires se mêlent étroitement.

La compétition pour les minerais critiques, notamment le cobalt et le lithium, attire les convoitises internationales. Les États-Unis, qui cherchent à sécuriser leurs chaînes d’approvisionnement, ont conclu en décembre 2025 un accord de partenariat stratégique avec la RDC, tout en maintenant des relations étroites avec l’Ouganda et le Rwanda.

Dans ce jeu d’influence, l’Ouganda apparaît comme un allié incontournable pour Kinshasa, au détriment d’une lecture historique plus critique de son rôle dans la déstabilisation congolaise.

Malgré les déclarations officielles d’amitié et de coopération renforcée, la méfiance persiste. L’Ouganda est régulièrement accusé de soutenir indirectement des mouvements rebelles actifs sur le sol congolais. Les opérations militaires conjointes, loin de régler le problème sécuritaire de l’Est, pourraient avoir pour effet secondaire de légitimer l’ingérence ougandaise.

Alors que les regards de la communauté internationale sont fixés sur les tensions entre la RDC et le Rwanda, une question demeure : Kinshasa est-elle en train de fermer les yeux sur un prédateur encore plus dangereux, pour des raisons tactiques et économiques à court terme ? Les vérités crues de Bob Kabamba invitent à une réflexion que beaucoup préfèrent encore éviter.

Francis N.

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