
À Pweto, dans la province du Haut-Katanga, la RDC et la Zambie ont choisi la voie du dialogue technique pour solder progressivement les différends frontaliers hérités de la période coloniale. Sous la conduite du professeur émérite Célestin Nguyandila Malengana, les experts des deux pays travaillent à la démarcation de plusieurs tronçons sensibles, conformément au traité de 1989. Une démarche salutaire qui traduit la volonté de Kinshasa de clarifier définitivement ses frontières, prévenir les conflits et consolider le bon voisinage avec ses voisins, en s’appuyant sur les instruments juridiques plutôt que sur les tensions de terrain.
Dans le silence feutré de la salle de conférences de Pweto, au cœur du Haut-Katanga, résonne un écho venu du XIXe siècle. Celui des traités coloniaux, des lignes tracées à la plume sur des cartes d’Afrique, sans jamais consulter les populations. C’est précisément pour corriger ces errements de l’Histoire que la Commission technique mixte entre la République Démocratique du Congo et la Zambie se réunit, du 29 au 31 août, sous le regard attentif du professeur émérite Célestin Nguyandila Malengana.
Pour ce diplomate chevronné, secrétaire permanent de la Commission permanente des frontières (CPF), l’enjeu dépasse largement la simple matérialisation d’une limite administrative. Il s’agit de réparer les fractures d’un passé douloureux, de transformer des lignes de division en symboles de coopération et de bon voisinage. « La frontière entre nos deux pays est le résultat du traité signé le 12 mai 1894 entre la Grande-Bretagne et Sa Majesté le roi des Belges Léopold II. Il est donc impérieux que les efforts fournis par la Commission mixte sur les 16 kilomètres du massif de Kipembe se poursuivent aujourd’hui », a rappelé le professeur Nguyandila, en ouverture des assises, jeudi à Pweto.
Une déclaration qui résonne comme un acte de foi dans le dialogue interétatique, alors que ces travaux avaient connu plusieurs reports. En saluant la réponse positive de la Zambie à l’invitation congolaise, le professeur Nguyandila a souligné la volonté commune des deux chefs d’État de tourner définitivement la page des incertitudes frontalières.
Un travail de bénédictin sur plus de 200 kilomètres
La tâche qui attend les experts réunis à Pweto est titanesque. La frontière entre la RDC et la Zambie s’étend sur 2.149 kilomètres, dont 1.462 terrestres et 678 liquides, entre les lacs Tanganyika et Moero. Un ruban discontinu, ponctué de rivières capricieuses – Lukinda, Choma, Musongwishi – et de massifs montagneux, dont celui de Kipembe, qui concentre les enjeux de ce troisième round de discussions.
Conformément au Traité du 18 septembre 1989, les travaux visent à achever la démarcation sur ce tronçon stratégique, en s’appuyant sur le principe de compensation réciproque et de répartition équitable des étendues par rapport à la ligne médiane. Une approche qui traduit la philosophie même de la diplomatie congolaise : privilégier la concertation et l’équité pour désamorcer les conflits potentiels.
140 kilomètres déjà balisés, une avancée saluée
Les assises de Pweto ne partent pas de zéro. Depuis 2021, la Commission technique mixte a déjà réussi à démarquer 140 kilomètres de cette frontière séculaire. Une avancée significative, fruit d’un travail minutieux mené par les équipes du professeur Nguyandila et leurs homologues zambiens.
« Ce que nous conduisons aujourd’hui vient du traité de la frontière signé le 12 mai 1894 entre les Belges, les Colombiens et les Britanniques », a rappelé le professeur, soulignant l’impérieuse nécessité de poursuivre les efforts pour aboutir à une démarcation exhaustive et définitive.

Au-delà des bornes, une vision de paix et de développement
Pour Mathieu Mulala Kangombe, directeur responsable de la Commission technique mixte de la CPF, ces travaux doivent jeter les bases d’une harmonisation durable des conflits frontaliers. Un enjeu crucial pour les populations vivant de part et d’autre de la ligne frontalière, souvent confrontées à des problèmes de délimitation affectant leurs terres agricoles, leurs pâturages ou leur accès aux ressources hydriques.
Loin d’être une simple formalité technique, la démarcation des frontières répond à une ambition stratégique majeure : renforcer la sécurité frontalière, lutter contre la porosité des frontières et promouvoir un bon voisinage propice au développement économique.
La Commission permanente des Frontières (CPF), créée par l’Ordonnance n°07/064 du 24 août 2007, est l’organisme étatique qui orchestre ces travaux de longue haleine. Placée sous la tutelle du Ministère de l’Intérieur, elle a pour mission de délimiter et borner l’ensemble des frontières congolaises avec ses neuf pays voisins.
À travers les commissions techniques mixtes bilatérales, elle œuvre sans relâche pour la gestion, la reconstitution et la sécurisation des espaces frontaliers communs, incarnant une vision résolument tournée vers la paix et la coopération régionale.
Un message d’espoir pour les populations de l’Est
En choisissant Pweto comme cadre de ces assises, le professeur Célestin Nguyandila envoie un message fort aux populations du Haut-Katanga et au-delà : la RDC est déterminée à transformer ses frontières, héritées de la colonisation, en passerelles de développement et de paix. Chaque borne plantée est un pas vers la réconciliation avec l’histoire, chaque kilomètre démarcation est une promesse de stabilité pour les générations futures.
L’espoir est désormais permis : les efforts conjugués des experts congolais et zambiens, sous la houlette infatigable du professeur Nguyandila, dessinent les contours d’un avenir où les frontières ne seront plus des sources de tensions, mais des symboles d’une fraternité retrouvée entre deux nations unies par le fleuve et l’histoire.
Econews


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