Projet de Budget 2027 : Adolphe Muzito boucle les arbitrages et affine les priorités gouvernementales

IMG 20260903 WA0175

Les consultations ministérielles consacrées à l’élaboration du projet de loi de finances 2027 ont livré leurs premiers enseignements. Après trois jours d’échanges et d’arbitrages avec les ministères sectoriels, le Vice-Premier Ministre (VPM) en charge du Budget, Adolphe Muzito, a clôturé, le vendredi 4 septembre 2026 dans son cabinet, cette importante étape du processus budgétaire. Au coeur des discussions : la nécessité de mieux aligner les crédits sur les priorités nationales, les réformes engagées et les ambitions affichées par le Gouvernement.

L’exercice aura été intense. Durant trois jours, le VPM Adolphe Muzito, assisté du Vice-ministre du Budget, Elysée Bokumwana, a passé en revue les prévisions budgétaires des différents portefeuilles ministériels.

Objectif : écouter les besoins exprimés par les ministères, examiner les écarts entre les prévisions et les ressources disponibles, mais surtout procéder aux arbitrages nécessaires avant la finalisation de l’avant-projet de loi de finances pour l’exercice 2027.

Au fil des séances, chaque ministère a ainsi défendu ses priorités, ses contraintes et les moyens jugés indispensables à la mise en œuvre de ses politiques publiques.

TOURISME : MAZENGA PLAIDE POUR UNE HAUSSE DES CREDITS

Le Ministre du Tourisme, Didier Mazenga, s’est dit satisfait des échanges, tout en plaidant pour une amélioration de l’enveloppe allouée à son secteur. Pour lui, le tourisme dispose encore d’un important potentiel inexploité et nécessite des investissements capables de relancer plusieurs

projets actuellement en attente.

« Il était question que le budget qui a été retenu pour mon secteur, le ministère du Tourisme, soit présenté officiellement et que nous avons accepté, mais avec amélioration, c’est-à-dire de revoir ce budget à la hausse du fait que le ministère du Tourisme est un secteur qui a besoin de pouvoir travailler pour innover, réhabiliter et beaucoup de projets sont en veilleuse», a-t-il expliqué.

Didier Mazenga a également évoqué un apport financier annoncé des Émirats arabes unis, qu’il souhaite voir intégré dans les prévisions budgétaires de 2027 :

« En dehors de ça, j’ai donné une bonne nouvelle au budget avec l’apport des Émirats arabes unis. Nous avons reçu les dons de 1,8 milliard de dollars que j’ai demandé qu’on puisse intégrer dans le budget 2027 ».

MINES : MISER SUR LA LUTTE CONTRE LA FRAUDE

Du côté du ministère des Mines, l’accent n’a pas seulement été mis sur les dépenses. Louis Watum a présenté une stratégie destinée à renforcer les capacités de l’administration minière et, par ricochet, à améliorer les recettes de l’État.

Le Ministre entend notamment renforcer les moyens de l’Inspection générale des mines afin de multiplier les missions de contrôle sur le terrain :

« Nous avons présenté une stratégie qui mise beaucoup sur le renforcement des capacités de notre administration minière, un équipement supplémentaire de l’Inspection générale des mines pour les missions sur terrain et pour réduire la fraude minière qui sévit et ce qui pourrait ramener davantage de recettes ».

COMMERCE EXTERIEUR : PRIORITE A LA MODERNISATION DES FRONTIERES

Le Ministre du Commerce extérieur, Julien Paluku, a également défendu les besoins de son secteur. Il s’est réjoui de l’évolution à la hausse des crédits consacrés à son ministère, estimant que cette progression devrait permettre de soutenir davantage les réformes engagées.

« Nous nous réjouissons qu’au niveau du Commerce extérieur, les crédits sont en train d’accroître, parce qu’il y a cinq ans, nous avions des crédits d’alors de moins de 10 millions de dollars. Mais maintenant, nous avons peut-être triplé, quadruplé le budget du Commerce extérieur», a-t-il déclaré.

Parmi les priorités présentées figure la modernisation des frontières, une réforme que le ministre considère comme stratégique pour le pays :

« Nous nous sommes focalisés sur une réforme qui tient le Président de la République à coeur, à savoir celle de la modernisation de nos frontières ».

ENTREPRENEURIAT ET INDUSTRIE : LES GRANDS PROGRAMMES AU CENTRE DES DISCUSSIONS

Le Ministre de l’Entrepreneuriat et Développement des PME, Justin Kalumba, qui assure également l’intérim au ministère de l’Industrie, a pour sa part salué la conduite des travaux par le Vice-Premier ministre du Budget et son adjoint. Au coeur des échanges : le financement du programme présidentiel « Debout Jeunes Congolais », lancé par le Chef de l’État.

Justin Kalumba a rappelé que ce programme bénéficie déjà de certaines ressources dans le cadre de la loi de finances rectificative 2026 et qu’il devrait, conformément aux orientations arrêtées, bénéficier chaque année d’une enveloppe de 100 millions de dollars sur une période de six ans :

« C’était le point de focalisation de nos discussions ».

Pour le secteur industriel, le ministre a également insisté sur la nécessité de ne pas réduire l’industrialisation à la seule construction d’usines et d’infrastructures : «J’ai dit qu’il est important de commencer à réaliser que tout ce qui est visible est toujours précédé par ce qui est invisible ».

ENVIRONNEMENT : LES REMUNERATIONS ET LES REFORMES AU COEUR DES PRIORITES

La Ministre de l’Environnement, Développement durable et Nouvelle économie du climat, Marie Nyange, accompagnée de la Ministre déléguée à l’Économie du climat, a également présenté les principales priorités de son secteur.

Deux préoccupations majeures ont dominé les discussions : le financement des réformes en cours et l’augmentation de l’enveloppe consacrée à la rémunération du personnel.

La situation des agents constitue, selon la Ministre, une urgence :

« Plus de 80 % du personnel de notre ministère ne sont pas rémunérés ».

Marie Nyange a donc plaidé pour un renforcement des crédits destinés non seulement aux rémunérations, mais également aux autres rubriques indispensables à l’atteinte des objectifs du ministère.

JUSTICE : NGEFA VEUT DOUBLER L’ENVELOPPE BUDGETAIRE

Parmi les plaidoyers les plus significatifs figurent celui du Ministre d’Etat en charge de la Justice, Guillaume Ngefa. Face aux multiples défis auxquels est confrontée l’administration judiciaire, le patron de la Justice souhaite rompre avec une enveloppe qu’il juge insuffisante.

Le budget annuel du ministère, estimé jusque-là à environ 50 millions de dollars, devrait, selon lui, être porté à 100 millions de dollars :

« Nous avons voulu, cette année, avoir un budget pragmatique et réaliste de 100 millions de dollars, d’ailleurs qui correspond à notre population », a-t-il déclaré.

Guillaume Ngefa a notamment insisté sur plusieurs postes liés aux réformes judiciaires et à l’amélioration du climat des affaires.

Il a évoqué le fonctionnement des guichets uniques, mais également la situation des tribunaux de commerce et des tribunaux du travail, où certains acteurs judiciaires ne bénéficient toujours pas d’une prise en charge salariale adéquate : « Nous avons au niveau des tribunaux de commerce et aussi des tribunaux de travail, des juges conciliaires et des juges assesseurs, dont les salaires ne sont pas pris en compte. Donc, il faut absolument tenir compte de ça ».

PLAN : RENFORCER LA STATISTIQUE ET LA PLANIFICATION NATIONALE

Le ministère d’État au Plan a, lui aussi, exposé ses préoccupations lors de ces arbitrages. Il s’agissait notamment de relever certaines insuffisances et divergences constatées dans les prévisions budgétaires et de défendre les crédits nécessaires à la poursuite des réformes engagées.

«L’essentiel a été discuté», a indiqué le Ministre, précisant que les équipes techniques des deux ministères devraient poursuivre les travaux afin de peaufiner les derniers détails.

Parmi les priorités figure la relance et le renforcement de l’Institut national de la statistique. L’objectif est de disposer de données plus fiables pour améliorer les prévisions, la planification nationale et le suivi des politiques publiques :

« Nous sommes en grand chantier au niveau du ministère du Plan ».

Au terme de ces consultations, une étape importante du processus d’élaboration du projet de loi des finances 2027 vient ainsi d’être franchie.

Les arbitrages effectués entre le ministère du Budget et les différents portefeuilles doivent désormais permettre de consolider les différentes prévisions et de finaliser l’avant-projet de loi de finances. Celui-ci poursuivra ensuite le circuit institutionnel prévu avant d’être soumis au Parlement, autorité budgétaire, pour examen et adoption.

FRANCIS N.

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*