Pari à haut risque

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Il aura fallu sept ans pour que les faux-semblants s’effondrent totalement et que la trajectoire d’un homme retrouve son lit naturel. L’alternance de janvier 2019, vantée à l’époque comme « pacifique et civilisée », n’a jamais été un acte de conviction, encore moins un don de soi. C’était une concession sous contrainte. 

Face à un rapport de forces qui lui échappait et sous le spectre d’un effondrement imminent, Joseph Kabila s’était résigné à plier sous le verdict des urnes au profit de Félix Tshisekedi, ravalant au passage l’échec cuisant de son dauphin désigné, Emmanuel Ramazani Shadary.

Mais l’ombre du pouvoir ne rassasie pas celui qui l’a exercé sans partage durant près de deux décennies. Hanté par la perte de son empire politique, l’ancien raïs a patiemment mûri son heure. Le 12 octobre 2026 marque ainsi la fin d’une longue comédie : en officialisant son leadership à la tête du Front pour la Refondation de la Nation (FRN), Joseph Kabila fait tomber le masque. Le « sénateur à vie » troque définitivement les attributs du sage de la République pour le treillis virtuel du chef de guerre.

L’annonce du FRN n’est pas un coup de dés, mais l’aboutissement d’une stratégie de recomposition politique et militaire méthodique. Sur le papier, cette nouvelle alliance scelle le mariage officiel entre la puissance de feu de l’AFC-M23, l’appareil politique du PPRD, et la plateforme « Sauvons la RDC », lancée par Kabila lui-même à Nairobi un an plus tôt.

Autour de lui se regroupe une opposition composite où se croisent figures de l’ancien régime et ambitieux déchus, en passant par une pléiade de figures en exil.

Désormais installé au cœur du Kivu, après d’incessantes navettes entre Kigali, Nairobi et Goma, l’ancien président a définitivement franchi le Rubicon.

Ce passage à découvert soulève un séisme diplomatique et sécuritaire majeur. La question centrale réside dans le niveau de parrainage régional dont bénéficie l’initiative :

En choisissant l’épreuve de force directe contre Félix Tshisekedi, Joseph Kabila replonge la RDC dans ses démons historiques : ceux des transitions institutionnelles manquées et des reconquêtes du pouvoir par la violence des armes.

En reniant le statut protecteur d’ancien chef d’État pour réembrasser le destin des maquis, Kabila prouve que le pouvoir, en RDC, s’abandonne rarement de bon gré.

La confrontation qui s’ouvre s’annonce sans merci, et son issue redessinera, une fois de plus, la carte politique et géopolitique de toute la région des Grands Lacs.

Econews

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