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De Machiavel à Platon : le modèle de gouvernance pour sortir la RDC de la crise (Tribune de Didier Bokungu Ndjoli)

Comment arriver à bien gouverner dans un environnement (gangrené par l’incivisme, la corruption généralisée, les trahisons politiques, les rébellions, les guerres d’agressions extérieures, ….) comme celui de la République Démocratique du Congo, en utilisant les doctrines de machiavel et de Platon. En même temps, implémenter la démocratie et ne pas tomber dans la tyrannie. Analyse.

La lecture progressive de cette analyse pourrait susciter un sentiment de controverse. Toutefois, il faudrait noter que c’est tout simplement une analyse des faits, un résultat des brainstormings interactifs pour comprendre la situation du Congo et le sortir de sa léthargie.

Aujourd’hui sur le web et dans la sphère d’open source intelligence, parmi les noms des pays les plus recherchés, figure celui de la République Démocratique du Congo.

Les retours auprès des internautes des moteurs russes, américains ou chinois ont un constat commun, le contraste saisissant entre les ressources potentielles du Pays et la pauvreté ambiante  relative, doublée de la faiblesse de l’Etat.

La République Démocratique du Congo est un environnement complexe et délétère marqué par l’incivisme, la corruption, les trahisons politiques, les rébellions et les guerres d’agressions extérieures. Mais ce qui est aussi frappant, c’est la constance du comportement de l’homme congolais. L’homme congolais, dans ce contexte, représente le congolais lambda, la maman maraîchère, le chauffeur de bus, le professeur d’université, le commerçant, le militaire, l’opérateur politique, etc….

En algèbre, une constante est un nombre qui ne change pas, contrairement à une variable dont la valeur peut varier.

Les années passent, les générations passent, mais l’homme congolais reproduit et perpétue le même comportement vicié. La souffrance de la RDC n’est pas due à l’environnement, mais à l’homme qui façonne cet environnement.

Pour les analystes stratégiques comportementaux, pour changer les choses en RD Congo dans le sens positif, il faut d’abord agir sur l’homme. Il faudrait modifier ce comportement vicié constant.

En physique-chimie, pour influer sur la valeur d’une constante, généralement l’on doit modifier les conditions expérimentales qui permettent de déterminer ou de mesurer cette constante. Concrètement, l’on remarque que si l’on change la température, la pression ou la concentration des réactifs, la valeur de la constante change inévitablement.

Pour l’homme congolais, l’on se doit de faire la même chose.

Le même congolais vicié sur le territoire de la RDC, une fois en Allemagne, en Belgique, en France, à Dubaï ou aux USA, son comportement devient positif comme par enchantement.

Conséquence, l’on se doit aussi d’agir sur la structure, représentée par l’État. Or l’État est une construction abstraite sans les hommes qui l’animent.

Pour ce qui nous concerne, l’État Congolais est animé par les hommes politiques congolais. Les dirigeants politiques, en l’occurrence, le leader politique a un grand rôle à jouer.

Pour les analystes stratégiques, pour arriver à bien gouverner un pays comme la RDC, il faut combiner la force du lion, la ruse du renard et une certaine quête du bien public. Cela pousse à utiliser les outils prônés par Machiavel et Platon.

Machiavel, grand théoricien de la politique, de l’histoire et de la guerre est très connu des milieux politiques congolais mais pas Platon, philosophe antique de la Grèce classique, élève de Socrate, n’est pas très connu. Son œuvre est composée presque exclusivement de dialogues.

QUE DOIT FAIRE LE LEADER POLITIQUE CONGOLAIS ?

Ce que Machiavel enseigne pour gouverner en temps de crise. Le Leader est assimilé au Prince. Pour Machiavel, il doit agir avec un réalisme politique pur, utile dans les contextes instables. Mais ne propose pas une tyrannie.

Le Prince doit être à la fois «lion et renard ». Le Lion représente la force et la capacité à neutraliser les menaces (groupes armés, corruption, traîtres, antivaleurs). Comme Renard, le Prince doit faire usage de la ruse. Celle-ci lui permettra de déjouer les complots, manipuler les alliances et s’adapter aux circonstances changeantes.

Pour la RDC, le leader doit utiliser la Justice de manière ciblée et exemplaire pour frapper quelques cas symboliques de corruption, de trahison, à haut niveau pour influer sur le comportement général. Il doit mettre sur pied un service de contre-espionnage pour prévenir les trahisons dans le Pays et amener l’émergence de la loyauté au Pays.

Le Prince doit maintenir le pouvoir pour réaliser des réformes. Le but justifie les moyens, mais seulement si le but est l’ordre et la stabilité, non l’intérêt personnel. Il faudrait donc réformer les institutions, après avoir consolidé le contrôle sur les leviers de l’Etat (Armée, Police, Finances, Administration publique).

La doctrine de Platon: gouverner selon le bien commun. Pour Platon, dans son œuvre « La République », il défend l’idée d’un gouvernement de « philosophes-rois ». Des dirigeants éclairés, guidés non par les passions mais par la connaissance du Bien.

La formation morale du dirigeant. Le Leader ne doit pas chercher à satisfaire ses désirs personnels, mais à éduquer le peuple et élever son âme. L’application concrète en RDC devra se faire en investissant massivement dans l’élite morale, pas seulement technocratique. Il faudrait aussi lancer un grand programme d’éducation civique nationale fondé sur l’idée du devoir citoyen.

La Justice comme harmonie des classes. Pour Platon, une cité juste est celle où chaque classe (producteurs, gardiens, dirigeants, enseignants) accomplit sa fonction avec vertu.

SYNTHÈSE MACHIAVEL/PLATON : RIGUEUR SANS TYRANNIE 

L’ordre comme préalable à la justice selon Machiavel. Il faut imposer la discipline dans l’Administration et les Forces de sécurité, utiliser la force, mais avec mesure, proportionnellement à la menace pour éradiquer  les poches d’anarchie.

Pour PLATON, le but ultime est de gouverner selon la vérité et la justice. Une fois l’ordre rétabli,  il faut institutionnaliser la transparence, la recevabilité et la participation populaire.

Un exemple concret du modèle de gouvernance machiaveloplatonicien  est celui de Lee Kuan Yew à la République de Singapour.

Il a fait de ce petit État de la Presqu’île de Malacca, 719 km2 seulement, sans ressources naturelles immenses, un géant économique asiatique. Singapour a plus de 6 millions d’habitants et un PIB de presque 755 milliards USD, selon CIA World Factbook 2023, en parité de pouvoir d’achat.

À titre de comparaison, celui de la RDC est de 154 milliards USD seulement. La République Démocratique du Congo, en termes de superficie, est 3.262 fois plus grande que Singapour. Même la Ville-Province de Kinshasa est presque 14 fois plus grande que la République de Singapour. Mais, cette dernière produit plus de cinq fois la richesse de la RDC toute entière.

M. Lee Kuan Yew, le dirigeant de Singapour de 1959 à 1990 a utilisé avec brio le modèle Machiavel/Platon.

Du modèle machiavélien, il a éliminé stratégiquement les opposants (pas les tuer), il a centralisé et concentré le pouvoir avec un contrôle strict sur la rigueur dans les finances du pays, la lutte sans merci contre la corruption, le contrôle serré de l’armée et une justice implacable. Du modèle platonicien, il a construit un État fondé sur une vision claire : la formation d’élite patriotique, priorité à l’éducation, obsession du bien commun et priorisation de la croissance économique du pays.

OUTILS CONCRETS POUR LA RDC

Lutte contre la corruption. Machiavel: répression ciblée et dissuasive. Platon : rééducation morale des fonctionnaires.

Instaurer l’ordre et la discipline. Machiavel : contrôle militaire et sécuritaire fort. Platon: restaurer Légitimation éthique du pouvoir politique.

Gagner l’adhésion du peuple. Machiavel : manipulation des symboles nationaux. Platon: dialogue, éducation civique.

Résister aux Rébellions et agressions extérieures. Machiavel : réforme de l’armée, monter un renseignement fort, nouer des alliances réalistes, mener une diplomatie rusée. Platon : affirmation d’une Souveraineté juste et ordonnée.

CONCLUSION

Gouverner la RDC dans un contexte de crise exige une rigueur stratégique inspirée de Machiavel, pour contenir chaos et restaurer l’autorité de l’Etat. Mais, cela ne suffit pas, cette affirmation de l’autorité doit viser un but élevé et juste, conformément à Platon, pour éviter la dérive vers la tyrannie.

En conclusion, Machiavel donne les outils pour prendre et stabiliser le pouvoir, Platon donne la direction, la boussole pour l’exercer dans la dignité.

Fait à Raleigh (North Carolina, USA), le 23 mai 2025.

Didier Bokungu Ndjoli

Consultant stratégique indépendant. Economiste, pilote privé, expert en transports aériens, en intelligence & guerre économiques.