Du génocide rwandais au «génocide congolais» : 30 ans d’injustice internationale 

Le 6 avril 1994 à 20h27 (heure de l’Afrique de l’Est), l’avion ramenant le président Juvénal Habyarimana d’Arusha est abattu par un tir de missile à l’approche de l’aéroport de Kigali. Le président du Rwanda, son homologue burundais Cyprien Ntaryamira et de hauts responsables de l’armée rwandaise meurent sur le coup, parmi lesquels le chef d’état-major des Forces armées rwandaises (FAR). Cet événement est considéré comme le déclencheur du génocide rwandais qui, en cent jours à partir du 7 avril, allait faire plus 800.000 morts parmi les Tutsi et Hutu modérés, selon différents rapports des Nations Unies. Des invitations à la commémoration du trentième anniversaire du début du génocide ont été lancées aux chefs d’Etat africains et du monde, excepté les présidents congolais Félix Tshisekedi de la RDC et Evariste Ndayishimiye du Burundi avec lesquels le président rwandais Paul Kagamé entretient des rapports conflictuels. 

Vu de la République démocratique du Congo en général et de Kinshasa, siège des institutions en particulier, le génocide rwandais apparaît la source des violences ininterrompues sur le sol congolais depuis trois décennies.

L’afflux de centaines de réfugiés rwandais vers le Nord et le Sud-Kivu facilitée par le corps expéditionnaire français de l’Opération Turquoise dans une tentative infructueuse d’endiguer les massacres avait favorisé l’arrivée en République du Zaïre des restes de l’armée régulière rwandaise défaite par les rebelles du front patriotique rwandais (FPR) et des miliciens Interahamwe auteurs des atrocités dans leurs pays.

Dans sa quête d’une sortie de l’isolement diplomatique international consécutif à l’affaire dite du «Massacre de l’Université de Lubumbashi» soit disant par des forces spéciales de l’armée zaïroise en avril 1990, le Maréchal Mobutu permit l’installation des camps de réfugiés à proximité de la frontière rwandaise dans lesquels des hommes armés et des autorités du régime rwandais de Juvénal Habyarimana s’installaient et s’organisaient sous le regard impuissant des militaires français de l’Opération Turquoise.

ATTAQUES DES CAMPS DES RÉFUGIÉS

Les réfugiés en armes avaient engagé une stratégie de combat, menant des incursions meurtrières à l’intérieur du Rwanda. En octobre et novembre 1996, tous les camps établis dans l’est du Zaïre furent détruits par l’armée patriotique rwandaise (APR) et des rebelles zaïrois de l’AFDL.

A la mi-novembre, ces forces prirent le contrôle du camp de Mugunga au Nord-Kivu près de Goma, qui comptait alors plus de 500.000 réfugiés. L’attaque provoque un veste mouvement de retour. Des réfugiés canalisés vers Goma passèrent ensuite au Rwanda par Gisenyi.

Mais ceux qui n’avaient pas l’intention de retourner durent fuir à l’intérieur du Zaïre. Constatant la faiblesse de l’armée zaïroise, l’APR et l’AFDL ne se contentèrent plus d’établir un glacis protecteur aux frontières rwandaises. L’objectif était devenu celui de renverser le régime vacillant du Maréchal Mobutu. Entreprise réussie le 17 mai 1997 après la fuite du Maréchal du Zaïre et sa perte d’un pouvoir dont il s’était emparé lors du coup d’Etat du 24 novembre 1965.

«ILS NE SONT JAMAIS REPARTIS»

A compter de cette date, une lecture rétrospective démontre au regard des agissements du régime de Kigali que le Rwanda n’a pas quitté le territoire congolaise. «En réalité, les soldats de l’APR ne sont jamais partis depuis la prise du pouvoir à Kinshasa par l’AFDL qu’ils ont contribué à installer au pouvoir», explique un analyste politique. «Au cours des trois décennies écoulées, ils ont procédé par la création d’une multitude de groupes armés installés de préférence dans les zones minières du Kivu où le Rwanda se livre à une exploitation des ressources naturelles du Congo», ajoute-t-il.

L’argument régulièrement brandi par Kigali qui consiste à justifier sa présence en territoire congolais par la nuisance des rebelles rwandais des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) passe de moins en moins dans l’opinion nationale et internationale. En effet, en trente ans d’une instabilité sanglante dans l’est de la République démocratique du Congo, on ne compte pas moins de 10 millions de victimes et des centaines de milliers de réfugiés congolais dans les pays voisins et autant de déplacés internes. Une situation qui amène Kinshasa à dénoncer un autre génocide cette fois en terre congolaise.

La résurgence en novembre 2021 de la rébellion du M23 dans le Nord Kivu et ouvertement soutenue par Kigali a créé une nouvelle donne dans les relations tumultueuses entre la RDC et son voisin de l’Est. L’intransigeance des présidents congolais et rwandais ne sont qu’une lointaine conséquence du génocide rwandais et ses nébuleuses ramifications en RDC.

Mwin Murub Fel