Historiquement dominé par les batteries au nickel, lithium et cobalt, le marché des batteries électriques voit l’émergence d’un nouveau modèle à base de phosphate et de cathode de fer. Ce segment offre un nouveau débouché aux producteurs de phosphates, dont le leader mondial OCP.
Les batteries lithium-fer-phosphate (LFP) gagnent
du terrain sur le marché mondial des batteries électriques. Entre 2024 et 2034, le marché des batteries LFP devrait enregistrer un taux de croissance annuel composé de 16,9 %, atteignant 90,3 milliards de dollars en 2034. Ce boom annoncé par la firme Research and Markets conforte le géant marocain des phosphates OCP, dans sa stratégie visant à devenir d’ici 2027 l’un des fournisseurs du secteur.
Boom des batteries LFP
En 2022, les batteries lithium-nickel-manganèse-cobalt (NMC) ont de nouveau dominé le secteur des batteries électriques, avec une part de marché de 60 % selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE). La même année cependant, la même source a confirmé l’émergence de nouvelles alternatives comme les batteries LFP. Ces derniers ont atteint en 2022 leur part de marché la plus élevée au cours de la dernière décennie, soit 30 %. Derrière cette croissance, on retrouve surtout la Chine, qui fournit la majorité des batteries électriques du monde.
À titre d’exemple, la part des batteries LFP dans les ventes de véhicules électriques (VE) en Chine est passée de 62,4 % en 2022 à 74,6 % en 2024. Une tendance qui s’observe aussi dans l’Union européenne. Si les batteries à forte consommation de nickel dominent encore en 2024, avec 76,7 % des ventes de VE en 2024, les batteries LFP se font progressivement une place. Leur part de marché dans l’UE est passée de 2,9 % en 2022 à 10,5 % deux ans plus tard.
Selon le rapport « Lithium Iron Phosphate (LIP) Battery Market Opportunity, Growth Drivers, Industry Trend Analysis, and Forecast 2025-2034 » de Research and Markets, la montée en puissance des batteries LFP s’explique par au moins trois facteurs. Il s’agit de la demande croissante de solutions de stockage d’énergie, les prix plus bas des matières premières nécessaires pour ces batteries et les risques géopolitiques qui entourent les métaux utilisés dans les autres types de batteries.
«Contrairement aux batteries lithium-ion traditionnelles qui reposent sur des matériaux coûteux et sensibles sur le plan géopolitique, tels que le nickel et le cobalt, les batteries LFP utilisent le fer et le phosphate, qui sont plus rentables et largement disponibles. Cet avantage en termes de coûts favorise leur adoption à grande échelle dans diverses applications », indiquent les auteurs.
Une analyse confirmée par l’AIE, qui estime que des années de recherche et de développement par les producteurs chinois ont permis de perfectionner les batteries LFP et les rendre désormais environ 30 % moins chères que leur principal concurrent, les batteries NMC. Initialement jugées inadaptées aux voitures électriques, ces batteries couvrent aujourd’hui près de la moitié du marché mondial des véhicules électriques après avoir plus que triplé leur part de marché au cours des cinq dernières années.
OCP, fournisseur pour le marché LFP d’ici 2027
Cette dynamique devrait encourager le marocain OCP, premier producteur mondial de phosphates. De 0 tonne en 2021, l’OCP ambitionne de produire 30 000 tonnes de produits intermédiaires pour les batteries LFP d’ici 2027.
InnovX, le bras armé de l’OCP dédié notamment à l’innovation dans la transition énergétique, a ainsi annoncé en 2024 Mera Batteries, un projet dédié à la production de 1 GWh de batteries LFP « 100 % marocaines » d’ici 2026. En janvier 2025, le média marocain Barlamane a fait par ailleurs état de négociations entre l’OCP et le chinois Zhongwei pour fournir à ce dernier des phosphates raffinés pour la production de batteries LFP.
L’ambition de l’OCP sur le marché des batteries LFP s’inscrit dans une stratégie plus large de diversification de l’activité du groupe marocain, à la faveur de la transition énergétique. En 2022, l’OCP a dévoilé sa « stratégie d’investissement vert » 2023-2027, qui prévoit un investissement global d’environ 13 milliards de dollars. Outre le segment LFP, les fonds serviront surtout à augmenter la production d’engrais à 20 millions de tonnes d’ici 2027, contre 12 millions en 2021 ; à faire passer la production d’ammoniac vert de 0 à 1 million de tonnes, ou encore à produire 5 GW d’énergies renouvelables, contre 0 en 2021.
Notons que la stratégie de l’OCP ne précise pas quelle part les produits liés aux batteries LFP représenteront dans les revenus du groupe d’ici 2027. En 2024, le chiffre d’affaires de l’OCP a atteint 96,98 milliards de dirhams (10,5 milliards de dollars). Il est dominé par les engrais à 69 %, suivis des ventes de phosphates et d’acide phosphorique, qui représentent chacun 10 % des revenus.
Avec Agence Ecofin

