France : l’immigration au cœur de la présidentielle 2027

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S’il n’est pas le thème de préoccupation numéro un des Français, l’immigration est au cœur de la présidentielle 2027. Il s’impose déjà comme un sujet central et incontournable de cette élection, s’invitant d’une manière fracassante dans la campagne qui s’anime sitôt à travers les prises de position des candidats et l’intérêt grandissant des électeurs. Si tous les prétendants ne se sont pas encore déclarés officiellement, quasiment tous présentent des propositions variées sur cette question, reflétant des visions divergentes sur la manière de gérer ce phénomène complexe. 

Depuis que la France a ouvert ses portes à l’immigration, à la fin du XIXe siècle, l’« autre », qu’il s’agisse d’un nouveau venu ou d’un descendant de migrants, revêt nombre de visages. Mais tous, ou presque, sont négatifs. Les Italiens de 1880, les Polonais de 1930, les Algériens de 1960 ou les Maliens de 2020 sont souvent accusés de constituer une menace pour la cohésion sociale, une concurrence sur le marché du travail, voire un péril pour la patrie.

Les travailleurs nés au-delà des frontières de l’Hexagone sont, en effet, considérés comme des « trouble-fêtes identitaires et culturels », selon l’expression des chercheuses Hélène Bertheleu et Catherine Wihtol de Wenden. Dans les discours politiques, les ouvrages savants, les articles de presse ou les romans populaires, ces « déracinés », écrit l’historien Gérard Noiriel dans « Le Creuset français » (Le Seuil, 1988), sont souvent victimes des regards inquiets, moqueurs, condescendants, voire hostiles de ceux qui, de fait de leur naissance ou de la couleur de peau, se considèrent comme de « vrais Français ».

À huit mois de l’élection présidentielle, l’étranger, victime de l’indifférence d’un monde absurde, selon les mots d’Albert Camus, est replacé au cœur du débat politique, alors que la campagne électorale n’a même pas encore officiellement commencé. Ce, au grand bonheur de certains médias amplificateurs et au grand dam des personnes issues de l’immigration et des demandeurs d’asile. Ils se retrouvent ainsi au centre d’un tourbillon médiatico-politique alimentant ce malaise indicible qu’éprouve celui qui se sent regardé, scruté, parfois suspecté de profiter indûment de droits.

LA DROITE INÉBRANLABLE DANS SES CONVICTIONS

Comme bien souvent, les positions les plus dures se trouvent à droite et à l’extrême droite, où l’on entend faire de l’immigration un thème majeur, conformément aux attentes de leur électorat. À commencer par le Rassemblement national (RN), où le président de ce mouvement, Jordan Bardella, et la présidente du groupe à l’Assemblée nationale et candidate à la présidentielle, Marine Le Pen, évoquent déjà l’organisation d’un grand référendum sur le sujet en cas de victoire. Il s’agirait de sanctuariser, dans la Constitution, le fait que l’immigration relève exclusivement de la compétence nationale. S’y ajouteraient des mesures très classiques au RN : suppression du regroupement familial, instauration d’une priorité nationale pour le logement et les allocations. À chaque élection, l’extrême droite entend aller plus loin sur son terrain et s’affiche de plus en plus ouvertement xénophobe.

Le référendum est une promesse qui a aussi la cote chez les concurrents. Président du parti Les Républicains (LR), Bruno Retailleau, l’a également reprise. Il dit vouloir proposer un texte limitant drastiquement l’immigration, après avoir modifié la Constitution, qui ne permet pas en l’état de convoquer une consultation sur ce sujet. Il prône aussi le rapport de force avec certains pays de départ, notamment l’Algérie, comme il l’avait fait du temps où il était ministre de l’Intérieur. Outre ces propositions, Bruno Retailleau fait partie de ces responsables politiques qui établissent publiquement un lien entre immigration et insécurité.

Il existe des positions plus radicales encore. Chez l’autre parti d’extrême droite, Reconquête !, on entend, comme en 2022, faire campagne sur la théorie complotiste du « grand remplacement ». Le très probable candidat, Éric Zemmour, compte se passer d’un référendum et vante, lui, la « remigration », c’est-à-dire le renvoi, dans leur pays d’origine, d’une partie des immigrés déjà présents en France. L’ancien journaliste ne parle plus d’ « immigration zéro », mais d’« immigration négative ».

Le RN, les « durs » du parti LR, courant conservateur et identitaire (ayant une forte influence au sein du mouvement), et Reconquête ! restent inébranlables dans leurs convictions. Ils sont incontestablement en fusion parfaite.

LE CENTRE PRAGMATIQUE

Edouard Philippe s’était déjà démarqué, il y’a plusieurs années, en suggérant d’abroger les accords de 1968 avec l’Algérie, une proposition reprise depuis par d’autres candidats de droite. Pour autant, l’ancien Premier ministre ne vante pas le rapport de force, mais la normalisation avec Alger. Il se prononce aussi pour une immigration choisie et un regroupement familial limité.

Chez le candidat de Renaissance (le parti d’Emmanuel Macron), Gabriel Attal, le combat est celui d’une immigration mal gérée pendant les deux quinquennats. L’ancien chef du gouvernement souhaite instaurer des quotas, estimant que l’on ne peut pas se passer totalement d’immigration, notamment face aux besoins de main-d’œuvre.

LA GAUCHE HOSPITALIÈRE  

Évidemment, la perception n’est pas la même à gauche. Encore que le candidat de Place publique, Raphaël Glucksmann, évoque dans son dernier livre paru chez Allary Éditions, « Nous avons encore envie » (192 pages), la volonté de lancer une convention citoyenne sur la question migratoire. Il entend la traiter « sans tabou », à partir de données démographiques, économiques et sécuritaires.

Comme d’autres à gauche, l’eurodéputé de Place publique estime que la gauche ne doit pas échapper à ce débat, toujours inflammable sur ce bord de l’échiquier. Illustration récente avec la prise de position d’un autre candidat, chef du parti politique nommé Debout !, François Ruffin, a mis les pieds dans le plat en meeting en se déclarant hostile à l’immigration de travail. Une position qui lui vaut des critiques acerbes d’autres formations, notamment des écologistes, mais aussi des insoumis. Est-il réellement de gauche ? C’est effectivement la question que l’on peut, que l’on doit se poser !

La France insoumise (LFI), sans doute le parti le plus favorable à l’immigration, promet des régularisations massives de sans-papiers et la création d’un statut de réfugié climatique.

Le Parti socialiste (PS) prône une politique d’immigration « régulée » et humaine, qui refuse à la fois l’immigration zéro et l’ouverture totale des frontières. Dans son projet pour préparer l’élection présidentielle de 2027, le parti détaille ses principales mesures, notamment la régularisation par le travail, un accueil digne et une politique d’intégration. Et pour sa vision européenne, le PS souhaite modifier les règles européennes actuelles, et prône la solidarité entre pays, c’est-à-dire la gestion des demandes d’asile doit reposer sur la solidarité de tous les pays de l’Union européenne, et non plus seulement sur le premier pays d’arrivée.

LA FRANCE VA MAL, C’EST LA FAUTE DE L’IMMIGRÉ !

Au-delà du débat légitime de fond sur l’immigration qu’il ne s’agit pas d’écarter, ne faut-il pas une approche, plus réaliste et plus respectueuse de l’immigré, sans recourir aux clichés rétrogrades ? L’impact économique de l’immigration est un sujet de débat majeur. Si on veut en parler, on peut se poser la question suivante : de qui parle-t-on réellement ? Du travailleur immigré, non qualifié, tel le « plongeur » qui vient occuper le métier que « les Français refusent d’exercer », évoqué par Emmanuel Macron ?

Être juste et honnête n’est pas un défaut, bien au contraire. Que les anti-migrants réfléchissent d’abord à l’impact positif des gens venus d’ailleurs à l’économie française, notamment en termes de main-d’œuvre et de dynamisme entrepreneurial, au lieu de mettre en avant leur passion singulière des coûts potentiels liés à l’accueil et à l’intégration des immigrés.

Et aujourd’hui, les travailleurs étrangers sont aussi hautement qualifiés. Ils évoluent dans tous les secteurs économiques. Ils sont médecins, avocats, informaticiens, ingénieurs, enseignants, journalistes… Ils font partie intégrante du tissu économique du pays. Eux aussi, ils forment le ciment de la société française. Ils sont originaires du Maghreb, d’Afrique subsaharienne et d’ailleurs. Et dire que la France va mal, c’est la faute de l’immigré, c’est manquer le respect et la décence qui s’appliquent à tout être humain indépendamment de son origine ou de sa situation administrative. L’attitude de l’extrême droite (RN et Reconquête !) et les « durs » du parti LR face à l’immigré représente une faillite morale qui fait honte à la France.

Si seulement la France pouvait se souvenir que la migration concerne toute la planète, qu’elle a construit toute l’histoire de ce monde, car, dans les mots si justes de l’historien et politologue, Achille Mbembe, « il n’y a d’Histoire que dans la circulation des mondes, dans la relation avec Autrui ».

Les débats autour de l’immigration continueront de façonner la campagne présidentielle de 2027, influençant les discussions sur l’avenir économique, social et culturel de la France. Ce thème demeure un enjeu complexe et controversé dans le cadre de cette élection.

Les propositions des candidats reflètent des visions divergentes de l’avenir de la France. Les électeurs sont donc invités à s’informer et à comparer les programmes pour faire un choix éclairé lors du scrutin. L’avancement de la France, qui doit continuer d’exister, en dépend.

Robert Kongo (CP) 

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