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Incapable de faire passer son mensonge dans la région, Kigali claque la porte de la CEEAC

Le président rwandais Paul Kagame traverse une éclipse sans précédent. Celui qui se présentait comme le maître incontesté de la géopolitique de la région des Grands Lacs voit aujourd’hui son influence s’effriter dangereusement. Le retrait précipité de son pays du sommet de la CEEAC à Malabo (Guinée-Equatoriale) et la décision brutale de quitter cette organisation sous-régionale marquent le point culminant d’un isolement grandissant. Entre la double victoire diplomatique de la RDC à l’ONU et l’échec de sa stratégie dans l’Est congolais, le leader rwandais apparaît désormais comme un dirigeant acculé, dont les méthodes ne font plus recette. Son départ spectaculaire de Malabo, assorti d’explications jugées fallacieuses, révèle un homme en perte de contrôle, réduit à des postures de plus en plus désespérées. Jusqu’où ira cette descente aux enfers diplomatique pour celui qui se croyait intouchable ? Une chose est certaine : l’ère où Kagame imposait sa loi dans la région semble bel et bien révolue.

Le président rwandais, Paul Kagame, traverse une période de turbulences sans précédent, marquée par un isolement diplomatique grandissant et une perte d’influence dans la région des Grands Lacs comme sur la scène internationale. Longtemps perçu comme un stratège politique redoutable, celui qui justifiait ses interventions en République Démocratique du Congo (RDC) par le traumatisme du génocide de 1994 voit aujourd’hui son discours perdre de sa crédibilité.

Un isolement régional et international accru

Alors que la RDC enchaîne les succès diplomatiques – avec son élection comme vice-présidente de la prochaine Assemblée générale de l’ONU et son accession au Conseil de sécurité en tant que membre non permanent –, Kigali semble perdre pied. Ces victoires congolaises ont été perçues comme un coup dur pour Kagame, dont la stratégie régionale repose en grande partie sur l’affaiblissement de son voisin congolais.

Pire, lors du sommet de la CEEAC (Communauté économique des États de l’Afrique centrale) à Malabo, le Rwanda a claqué la porte de l’organisation, annonçant son retrait immédiat dans un communiqué du 7 juin. Le gouvernement rwandais a invoqué une «violation de ses droits » et un «fonctionnement contraire aux principes de la CEEAC », des arguments jugés faibles et prétextuels par plusieurs observateurs.

Selon des sources présentes à Malabo, Kagame aurait quitté la réunion de manière précipitée, refusant même de participer aux dernières discussions. Ce geste, perçu comme un acte de mauvaise foi, illustre la fragilité politique d’un dirigeant habitué à contrôler le jeu régional.

«C’est la réaction d’un homme acculé », analyse un diplomate congolais sous couvert d’anonymat. Et d’ajouter : «Le Rwanda ne parvient plus à imposer son récit, et Kagame se retrouve de plus en plus seul face à une communauté internationale qui exige des comptes sur son implication dans l’Est de la RDC.»

Sur son compte X, le porte-parole du Gouvernement congolais, Patrick Muyaya Katembwe, a remis une couche : «L’on ne peut pas continuellement et volontairement violer les principes qui fondent nos institutions régionales et prétendre vouloir les présider. Cette réaction inédite de la CEEAC devrait inspirer les autres organisations régionales pour adopter une posture plus ferme contre le Rwanda. Le narratif mensonger, les actions souterraines de lobbying ne pourront jamais prendre le dessus sur la vérité et les horreurs de l’agression rwandaise ».

La fin d’une stratégie ?

Pendant des années, Kagame a instrumentalisé le passé douloureux du Rwanda pour justifier ses interventions en RDC, tout en bénéficiant du silence complice de certains partenaires occidentaux. Mais aujourd’hui, les alliances se fissurent.

Sur le plan militaire : les récentes défaites du M23, soutenu par Kigali, face à l’armée congolaise et aux forces internationales, ont ébranlé son influence.

Sur le plan économique : les sanctions ciblées et les pressions accrues sur les minerais en provenance du Rwanda (soupçonnés d’être pillés en RDC) fragilisent son modèle.

Sur le plan diplomatique : le retrait de la CEEAC isole encore un peu plus le Rwanda, tandis que la RDC consolide ses partenariats régionaux et internationaux.

Quel avenir pour Kagame ?

Alors que son régime autoritaire fait face à des critiques internes et que sa légitimité internationale s’effrite, la question de la longévité politiquede Kagame se pose. Certains experts estiment qu’il pourrait durcir encore son pouvoir, tandis que d’autres envisagent un repli stratégique.

Le plus évident est que l’ère où Kagame dictait sa loi dans la région semble toucher à sa fin. Reste à savoir comment il réagira face à cette nouvelle donne – par la désescalade ou par la radicalisation.

Francis N.