Incendie à l’immeuble de l’ex-Onatra : des questions sans réponse !

C’était aux alentours de 2 heures dans la nuit du 25 au 26 juillet 2022 que le feu s’est déclaré au cinquième étage de l’aile sud de l’immeuble administratif de la Société congolaise des transports et des ports (SCTP, ex-Onatra), situé sur le boulevard du 30 Juin, à Kinshasa. Un témoin oculaire habitant le quartier des cadres au pied de l’immeuble affirme que l’incendie est parti du climatiseur encastré dans la fenêtre du secrétariat du Service de la Trésorerie situé à ce niveau. Des cendres incandescentes tombées par le puits d’évacuation des documents déclassés ont à leur tour embrasé, en tombant, le secrétariat général du ministère de l’Economie nationale au rez-de-chaussée. Ce qui explique que les 2è, 3è et 4è niveaux ont été épargnés. Dans tous les cas, cet incendie reste toujours entouré d’un grand mystère.
Ce lundi matin, pendant que les pompiers de la Brigade anti-incendie de l’hôtel de ville de Kinshasa luttent contre l’incendie, une foule incrédule regarde, les yeux levés, les murs noircis de l’imposant immeuble hérité de l’Otraco colonial, dont les fenêtres béantes vomissent encore des volutes d’une fumée noire. A travers les fenêtres éclatées des deux niveaux inférieurs, l’on devine les dégâts causés par le feu qui a entièrement consumé l’intérieur de cette partie de l’édifice.
Plus haut, les 2è et 6è étages ne sont pas mieux lotis. Des informations glanées de-ci de-là font état de la destruction complète de la Trésorerie de l’ex-Onatra et du Service informatique situé à l’étage supérieur. Une source bien informée déclare que le serveur central de l’entreprise, au rez-de-chaussée, a pu être sauvé et évacué, mais qu’il requiert des tests de vérification.

Un incendie criminel ?
Parmi les agents de la SCTP sont massés devant les barrières tenues par la police, certains n’hésitent pas à évoquer une piste criminelle. Un mauvais œil qui poursuivrait l’entreprise. Ils en veulent pour preuve un autre incendie survenu deux semaines plus tôt, et qui a entièrement consumé les marchandises d’un entrepôt loué par des particuliers à l’entrée du Beach Ngobila, sans la moindre intervention d’un service anti-incendie. Deux jours plus tard, ce sont des grumes entreposées au port qui ont pris feu. Ici, le feu a été rapidement maîtrisé.
Mais le fait que la SCTP ne dispose plus d’un service dédié à la lutte contre ce type de sinistre, alors que l’ex-Onatra dispose d’un corps de pompiers à la formation avérée laisse perplexe. Un syndicaliste indigné, parlant sous le sceau de l’anonymat, ne s’explique pas que le comité de gestion passe commande de véhicules destinés aux 15 directeurs de départements alors que ces derniers avaient déjà bénéficié du même avantage accordé par l’ancienne équipe dirigeante de cette entreprise publique : «Nous allons lutter de sorte que les fonds prévus pour l’achat de véhicules des directeurs soient affectés à l’acquisition de véhicules anti-incendie», indique-t-il.
Enfin, le fait que l’incendie se soit déclaré dans la nuit de dimanche à lundi, suivant deux jours non ouvrables, laisse la voie libre à toutes sortes de spéculations sur une piste criminelle.

La SCTP en «mort cérébrale»
Jadis l’un des fleurons de l’économie nationale avec la Gécamines, l’ex-Onatra n’est plus que l’ombre d’elle-même. Le port de Matadi est en train d’être vendu par portions entières ; ses unités navigantes rouillent à quai; son personnel accuse jusqu’à 40 mois d’arriérés de salaire ; ses retraités attendant leur décompte final, certains depuis plusieurs années.
Bien plus, les syndicats de la SCTP sont vent debout contre le recrutement récent de 3000 agents hors concours. « Ces agents ne sauront jamais assurer la relève des ingénieurs et autres techniciens de haut niveau recrutés dans les années 80, dont la plupart arrivent à l’âge de la retraite. Pour la simple raison que ce sont des diplômés en sciences humaines, alors que la SCTP est une entreprise à vocation technique », indique l’un d’eux.
Les tenants de la thèse criminelle dans l’incendie du service de la Trésorerie de la SCTP invoquent en plus une manœuvre destinée à effacer les traces des paiements d’avances sur salaires sélectives, acquittées directement à la caisse, sans que ne soit opérée une quelconque retenue au service de la paie qui, du reste, n’en est pas informée.
Le sinistre survenu à la SCTP coïncide avec le projet du gouvernement qui projette d’injecter quelque 260 millions de dollars US en investissements destinés à relever l’entreprise par l’acquisition d’une partie de son charroi ferroviaire et la remise à flot de quelques unités navigantes de type ITB à fond plat et des barges de transport de marchandises.
Criminel ou pas, l’incendie du Service de la Trésorerie n’est pas de nature à encourager les pouvoirs de tutelle, à moins de repenser de fond en comble la direction générale de l’entreprise.

M.M.F.

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